Bagdad attend l'assaut
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Début de soulèvement à Bassora ? Le sable enraye la machine de guerre

Photo: Agence Reuters
Sur le terrain, les alliés ont crié victoire dans le port d'Oum Qasr, seul débouché irakien sur la mer, désormais sous «le contrôle total» des forces de la coalition anglo-américaine après cinq jours de combats. Non sans peine, quelque 4000 Marines sont également parvenus à franchir l'Euphrate à la hauteur de Nasiriya, verrou crucial vers Bagdad. La progression des soldats a de bout en bout été accompagnée de combats à l'arme automatique, à la mitrailleuse, au lance-grenade antichar et au mortier.
Selon un correspondant de presse, plus de 100 cadavres d'Irakiens, dont il était impossible de déterminer s'il s'agissait de soldats ou de civils, étaient visibles sur la route allant vers Bagdad, à la sortie nord de Nasiriya, que les Marines venaient d'emprunter.
À Bassora, ville du sud de l'Irak à majorité chiite, un début de soulèvement populaire aurait commencé hier soir contre le président irakien Saddam Hussein, a indiqué la chaîne britannique d'informations en continu Sky News, quoique les informations demeuraient confuses. Ce soulèvement, confirmé par le principal mouvement de l'opposition chiite irakienne, dont le siège est à Téhéran (ASRII), aurait poussé les alliés à lancer une grande offensive sur la ville, utilisant de l'artillerie lourde, selon l'envoyé spécial de la chaîne. Les forces britanniques et américaines disent avoir détruit trois mortiers des troupes irakiennes qui tiraient sur la population. «Il y a eu un soulèvement populaire au nord de Bassora. Nous avons vu de grandes foules dans les rues. Les Irakiens leur tirent dessus avec de l'artillerie. Ça va être un carnage», a déclaré un officier britannique non identifié.
Près de un millier de militaires irakiens se sont repliés dans la ville avec leur matériel alors que les 1,2 million d'habitants sont menacés d'une grave crise humanitaire en raison des coupures d'eau et des combats. Sur les ondes de la télévision qatariote al-Jazira, dont le correspondant sur place a d'ailleurs affirmé n'avoir vu «aucun acte de révolte», le ministre irakien de l'Information, Mohammad Saïd al-Sahhaf, a démenti l'existence du soulèvement. En 1991, Bassora avait été le théâtre d'importants soulèvements populaires que le régime de Bagdad avait noyés dans le sang.
La marche sur Bagdad
La tempête de sable a bloqué la progression de centaines de chars et de véhicules des Marines à la sortie de Nasiriya (350 kilomètres au sud-est de Bagdad) et interrompu les opérations de la 101e division aéroportée américaine. À Bagdad, la périphérie de la capitale était soumise la nuit dernière à de violents bombardements aériens «concentrés sur des cibles clés du régime», ont répété les alliés, alors que la tempête recouvrait la capitale d'un épais brouillard limitant la visibilité à quelques dizaines de mètres. Les troupes anglo-américaines se trouveraient maintenant à moins de 70 kilomètres de Bagdad et se heurteraient à la division Madina de la Garde républicaine, troupe d'élite de Saddam Hussein.
Toutefois, des experts doutaient hier d'une entrée imminente des forces américano-britanniques dans la capitale irakienne. «Je ne suis pas sûr que les Américains aient envie d'entrer rapidement dans Bagdad. L'objectif serait plutôt d'encercler Bagdad, de faire en sorte que les poches de Bassora au sud et de Mossoul au nord soient nettoyées et, ensuite, d'aller sur Bagdad en espérant que, d'ici là, le pouvoir irakien se soit effondré», juge François Daguzan, maître de recherches à la Fédération pour la recherche stratégique (FRS) à Paris.
Plusieurs centaines de soldats des forces spéciales pourraient être déjà présents dans Bagdad. Ce sont eux qui s'emparent des voies d'accès et les déminent, repèrent les défenses antiaériennes irakiennes, recherchent d'éventuels sites d'armes de destruction massive et balisent les zones de largage des parachutistes. Ce sont également eux qui désignent les cibles aux bombardiers lors des frappes aériennes.
Le Pentagone a affirmé qu'à l'est d'An-Najaf, dans le centre du pays, des militaires américains, équipés de blindés, avaient tué entre 150 et 500 Irakiens lors de combats. Dans le nord de l'Irak, les forces américaines ont bombardé pendant toute la journée et de manière intensive la ville pétrolière de Kirkouk, possible indication de l'ouverture prochaine d'un second front.
Sur le plan diplomatique, le Conseil de sécurité de l'ONU a décidé de tenir aujourd'hui une réunion publique d'urgence sur la situation en Irak, à la demande de la Ligue arabe et du mouvement des non-alignés.
Plus près du début que de la fin
Malgré les «progrès» que disaient enregistrer les alliés dans leur marche sur la capitale, on se demande de plus en plus combien de temps durera le conflit. À la tempête de sable se jouxtent les difficultés militaires liées aux «poches de résistance irakienne» que la propagande des Britanniques et des Américains s'efforce toujours de minimiser. «Évidemment que nous rencontrons quelques problèmes», a déclaré le secrétaire d'État Colin Powell à une télévision française.
Contrairement au discours que tenait la Maison-Blanche il y a seulement une semaine, M. Rumsfeld a dit estimer que les forces américaines étaient «beaucoup plus près du début que de la fin» de la guerre. «Plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois, nous ne savons pas» combien de temps le conflit va durer, a-t-il encore indiqué. La guerre est une chose «complexe et imprévisible». Il croit néanmoins que les alliés font des progrès, affirmant hier en tenir pour preuve les 3500 prisonniers de guerre irakiens qu'ils ont faits jusqu'à maintenant.
Le plus dur est à venir pour les troupes anglo-américaines engagées sur le terrain, a de son côté reconnu le chef d'état-major interarmées américain, Richard Myers. «Les combats les plus durs nous attendent», a avoué le général dans une entrevue à la chaîne de télévision ABC. «Nous savions que ce serait une bataille très dure», mais «le plan se déroule à peu près comme nous le pensions», a encore estimé le général Myers. Il a noté que les mauvaises conditions atmosphériques «n'arrêteront pas» l'opération «Liberté de l'Irak».
En conférence de presse à Londres, le premier ministre britannique Tony Blair, qui se trouve aujourd'hui et demain aux États-Unis pour rencontrer son ami George Bush et le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, a dressé un tableau quasi idyllique de la situation militaire (où les pertes britanniques -- 18 morts -- sont déjà égales à celles enregistrées pendant la première guerre du Golfe, en 1991), affirmant que «jusqu'ici, nous avons progressé exactement comme nous l'avions prévu». Il a en outre promis aux Irakiens que, «cette fois, nous ne [les] laisserons pas tomber. On les a laissés tomber par le passé, alors qu'ils pensaient que les forces de la coalition allaient chasser Saddam», a-t-il poursuivi en référence à la première guerre du Golfe.
Le président George W. Bush avait déjà prévenu que la guerre pourrait être «plus longue et plus difficile». Plus coûteuse, aussi. La Maison-Blanche a officiellement demandé hier au Congrès d'approuver de nouveaux crédits, de 74,7 milliards $US, pour financer la guerre contre l'Irak, lutter contre le terrorisme aux États-Unis et reconstruire l'Irak. Selon des documents présentés par le Pentagone, 30,3 milliards vont être consacrés à l'envoi et à l'entretien des troupes dans divers pays de la région, 13,1 milliards pour «la phase majeure du conflit», 12 milliards pour la transition d'après-guerre et 7,2 milliards pour les coûts ultérieurs liés à la reconstitution des armements utilisés pendant le conflit. Cependant, selon ces sources, au bout du compte, ce sont les ressources pétrolières de l'Irak qui paieront la reconstruction du pays. Le président Bush a souligné que «la fourniture d'une assistance et d'autres moyens de financement pour l'Irak est importante pour la sécurité nationale des États-Unis».
Face aux forces anglo-américaines, le président irakien Saddam Hussein a appelé les combattants du corps paramilitaire des Fedayin de Saddam, dirigé par son fils aîné Oudaï, à frapper les forces américano-britanniques partout en Irak. Selon un bilan du ministère irakien de l'Information, les bombardements anglo-américains contre Bagdad et d'autres villes ont fait 16 morts et 95 blessés parmi les civils depuis lundi soir.
Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saoud al-Fayçal, a annoncé que son pays avait proposé à Washington et à Bagdad un plan de paix pour un règlement du conflit armé en Irak. En réponse, le département d'État américain a affirmé ne «pas être au courant» tandis que Bagdad a démenti avoir reçu une proposition de paix de l'Arabie Saoudite.
Avec l'Agence France-Presse, Le Monde et Associated Press
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