Charest devient la nouvelle cible de Landry

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 mars 2003

Mots clés :

Sherbrooke - À la dixième journée de la campagne électorale, le Parti québécois a adopté une nouvelle stratégie en chargeant Jean Charest, devenu la nouvelle cible.

Alors qu'il faisait campagne pour la deuxième fois aux frontières de la circonscription du chef du Parti libéral, Bernard Landry ne s'est pas privé pour égratigner son adversaire, lui qui, quelques minutes plus tôt, critiquait les invectives «à la limite de l'insulte» de Mario Dumont. Interrompant sa collègue des Finances, Pauline Marois, qui l'accompagnait pour présenter «la vision intégrée» du PQ en matière de développement économique, M. Landry a lancé sur un ton presque badin que la région des Cantons-de-l'Est n'est peut-être pas celle de M. Charest.

«Sa région? Il habite Westmount, une des villes qui pourraient être défusionnées si jamais une politique aussi absurde était mise de l'avant, mais il est député de Sherbrooke pour l'instant», a affirmé M. Landry.

Invité par la suite à préciser sa pensée, le premier ministre s'est défendu de vouloir prêter des intentions à Jean Charest, cherchant tout de même à relancer l'épineux dossier des défusions municipales. Il a laissé entendre que M. Charest est en faveur des défusions parce qu'il habite l'arrondissement de Westmount, farouchement opposé aux fusions forcées du gouvernement du Parti québécois. «Cela aura une influence sur son compte de taxes et sa vie personnelle», a-t-il indiqué.

Devant l'ambiguïté que les paroles de M. Landry ont soulevée, son entourage politique a tenté, après la conférence de presse, de convaincre les journalistes qu'il ne s'agissait surtout pas d'attaques personnelles. On a alors expliqué que M. Landry avait surtout souligné que Jean Charest se trouve dans une situation malaisée, entre l'arbre et l'écorce. Il faut se rappeler que le chef libéral est député d'une ville où la fusion était souhaitée (Sherbrooke) mais qu'il réside à Westmount, qui veut recouvrer son autonomie municipale. Dans la caravane péquiste, on a même ajouté que M. Charest fait l'objet de pressions qui le tiraillent, notamment de la part de l'ancien maire Peter Trent, qui a commandé l'étude Poitras établissant les coûts d'une volte-face juridique.

Ce changement de stratégie n'est vraisemblablement pas étranger aux résultats des multiples sondages de la firme Léger Marketing. Le Parti libéral serait en remontée, prenant la tête. Le dernier coup de sonde diffusé par TVA ainsi que dans Le Journal de Montréal et The Gazette donne 41 % de l'appui populaire au PLQ, contre 38 % au PQ. L'Action démocratique de Mario Dumont ferme la marche dans une descente constante depuis des semaines, atteignant le plancher psychologique des 20 % d'intentions de vote.

Même du côté de la popularité des chefs, Jean Charest talonnerait Bernard Landry. Ce dernier récolterait 34 % de l'appui alors que M. Charest recueillerait 30 %, laissant Mario Dumont loin derrière avec 21 %.

Ce changement de ton s'est fait lors d'un point de presse dont le thème économique avait tout du prétexte. En fait, le Parti québécois avait préparé un scénario qui tournait autour des biotechnologies. Concrètement, Mme Marois et M. Landry ont fait une révision des mesures présentées la semaine dernière lors du budget. Tout au plus a-t-on ajouté une somme annuelle de un million de dollars dans deux ans pour renforcer le réseau de démarchage international, principalement pointé sur New York et Boston.

«L'annonce est très substantielle parce qu'elle indique le sens de notre action pour les cinq prochaines années en matière de développement des biotechnologies au Québec, s'est défendue Mme Marois. [...] Ce que nous vous présentons montre comment nous avons une vision intégrée de ce que nous souhaitons faire avec les investisseurs locaux, régionaux et nationaux. Elle ne comporte pas l'ajout de nouvelles dépenses, mais elle comporte cependant une vision et une perspective, et j'ose croire que c'est cela qu'attend aussi de nous la population.»

Dans ses attaques contre les politiques du Parti libéral, Bernard Landry s'est montré grinçant. «Je comprends pourquoi nos adversaires ne parlent guère d'économie. À leur place, je n'en parlerais pas non plus parce qu'ils sont d'une vulnérabilité incroyable: l'économie du Québec n'a jamais été aussi prospère», a-t-il souligné.


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