La coalition Échec à la guerre refuse de baisser pavillon

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Fabien Deglise
Édition du vendredi 21 mars 2003

Mots clés : boycott

Le mouvement pacifiste propose de boycotter des produits et services américains

Déception et détermination. Leurs cris lancés depuis plusieurs semaines pour entraver la marche belliqueuse de George W. Bush sur Bagdad ont été enterrés mercredi soir dernier, à 21h35, sous le bruit des missiles de croisière américains. Mais les pacifistes persistent. Hier, à l'appel de la coalition Échec à la guerre, ils sont de nouveau descendus dans les rues de Montréal. L'objectif? Dénoncer «l'agression» en cours au Moyen-Orient et appeler la population au boycottage d'une poignée de produits ou services d'origine américaine, en signe de protestation. À défaut de mieux.

Devant le fait accompli, les pourfendeurs de la «violence gratuite» ne veulent pas, de toute évidence, lâcher prise. «Nos actions passées ont porté fruits auprès de l'ONU, a commenté le comédien Luc Picard, qui avec une cinquantaine d'autres pacifistes a investi le parvis du Complexe Guy-Favreau à midi, hier, pour protester contre le déclenchement des hostilités au Moyen-Orient. La guerre a débuté. C'était prévisible, mais c'est malheureux. Il faut toutefois continuer à la dénoncer, sans relâche, car l'alliance américano-britannique vient, en attaquant l'Irak, d'ouvrir la porte au chaos total. C'est

très grave. Si on arrête de dénoncer cette agression, là, nous allons vraiment nous retrouver dans la merde.»

Les yeux rougis par le manque de sommeil et l'exposition prolongée à la lumière d'un tube cathodique, les manifestants affichaient tous, sous la pluie fine de ce premier jour de printemps, la même désolation. La même rancoeur aussi à l'endroit des États-Unis, coupables selon eux d'avoir unilatéralement amorcé une guerre illégale contre l'Irak. Et ils souhaitent aujourd'hui que le Canada l'affirme haut et fort, en rapatriant sur-le-champ ses navires et soldats qui participent actuellement à la lutte au terrorisme du côté de l'Afghanistan.

«Nous sommes contents que le gouvernement fédéral ait décidé de ne pas prendre part au conflit contre l'Irak, a expliqué Raymond Legault, porte-parole de la coalition. Mais sa position actuelle nous laisse un peu sur notre faim. On aimerait bien vivre dans un pays qui dénonce plus clairement que cela l'acte illégal commis par les Américains. Le Canada doit avoir le courage de ses opinions.»

Des vigiles prévues

À défaut d'un discours politique au diapason avec les slogans de leurs pancartes, les partisans de la paix, sous la houlette de la coalition, ont appelé hier les citoyens à prendre part aux nombreuses manifestations à venir pour s'objecter aux «frappes chirurgicales» de l'armée américaine sur le territoire irakien. Au programme: deux vigiles, qui se tiendront aujourd'hui devant le Complexe Guy-Favreau à midi et à 17h, une sorte de prélude à la grande marche pour la paix de demain, qui se tiendra à Montréal -- départ du square Dominion -- tout comme d'ailleurs dans plusieurs villes du pays.

Et ce n'est pas tout. La coalition Échec

à la guerre en appelle également, pour toute la durée des combats, au boycottage de la pétrolière Esso et des restaurants McDonald's, symboles selon eux de l'impérialisme et de l'arrogance américains. «L'Irak doit composer depuis des années avec l'embargo et un programme d'échange de pétrole contre de la nourriture, résume M. Legault. Nous, on a décidé de ne plus soutenir le pétrole et la nourriture des Américains.»

De manière moins prosaïque, l'appel à la paix et à la raison a été repris en choeur

hier par les syndicats, tout comme par une poignée d'organismes environnementaux ou religieux. Car les bombes étant désormais lancées, c'est aux populations civiles, coupées du monde, qu'il faut penser, selon eux. Oxfam-Québec a d'ailleurs mis en place depuis quelques jours sa collecte de dons pour les victimes à venir.

Quant à l'archevêché de Montréal, c'est aujourd'hui qu'il devrait, lors d'une conférence de presse, faire appel à la générosité des gens en compagnie de Médecins du monde et de l'organisme caritatif Développement et paix.

La paix. Certains membres de la communauté islamique, comme Omar Koné, assistant imam du Centre Soufi de Montréal, en rêvait encore hier. Selon M. Koné, la destitution de Saddam Hussein ne peut que mener le peuple irakien sur cette voie. Le hic, «nous ne sommes plus à un stade de l'humanité où l'on peut se permettre d'entreprendre une guerre tout seul, en dépit de ce qu'essayent de nous faire croire les Américains, dit-il. George W. Bush n'a pas l'autorité expresse pour ça et les intérêts derrière cette guerre ne sont pas propres. Qui plus est, la majeure partie des victimes risquent d'être des civils. C'est malheureux d'en arriver là.»


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