L'opposition irakienne souhaite une action rapide

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Christian Rioux
Édition du jeudi 20 mars 2003

Mots clés : guerre

Pendant que l'opposition irakienne en exil soutient unanimement l'intervention américaine, des milliers de manifestants sont descendus hier dans les rues de Bagdad pour apporter leur soutien à Saddam Hussein.

Photo: Agence Reuters

Paris -- Que ça se déclenche au plus vite, et que ça ne traîne pas! Tel est, à peu de chose près, le message de l'opposition irakienne en exil, qui soutient unanimement une action américaine en Irak. C'est du moins celui que ses représentants en France ont livré à la presse cette semaine.

«Nous sommes les grands oubliés de cette guerre», dit Safia al-Souhail, membre du Comité de suivi et de coordination de l'opposition irakienne, formé lors de la conférence tenue à Londres en décembre dernier. «90 % de la population irakienne est contre le régime de Saddam Hussein, qui nous assassine depuis déjà trois décennies. Malheureusement, la communauté internationale n'a pas beaucoup parlé de la situation de notre peuple.»

À l'aube des bombardements américains, Safia al-Souhail n'est peut-être pas entièrement d'accord avec les motifs et les plans américains pour la région, mais elle souhaite une action rapide et immédiate.

«On aurait bien voulu se libérer des persécutions de ce régime avec l'aide de toute la communauté internationale et sous le parapluie de l'ONU, dit-elle. Mais l'ONU n'en semble pas capable. Alors, ce sera les Américains. Pour l'instant, nous croyons qu'ils viennent en Irak pour nous libérer. Nous refusons le colonialisme.»

Le comité de suivi créé à Londres s'est entendu sur la création d'une fédération irakienne qui garantirait une forme d'autonomie régionale à la minorité kurde et à la majorité chiite, complètement écartées du pouvoir à l'heure actuelle. Mais les Américains ont promis tout et son contraire à tout le monde, si bien que personne ne sait vraiment à quoi ressemblerait une telle fédération.

Pour l'instant, Safia al-Souhail craint surtout une intervention turque ou iranienne, qui viendrait compliquer un peu plus la reconstruction du pays.

Bakhtiar Amin, directeur d'un petit groupe d'opposition appelé l'Alliance internationale pour la justice, réclame quant à lui la création d'un tribunal spécial international, comme ceux du Kosovo et du Rwanda, pour juger les crimes de Saddam Hussein.

«On n'a vu personne protester contre les crimes de Saddam Hussein, qui a depuis longtemps violé la convention de Genève contre les génocides. Personne n'a rien dit lorsque 5000 personnes ont été gazées à Halabja. Même la Commission des droits de l'homme de l'ONU n'a rien dit.»

Bakhtiar Amin en a particulièrement contre la France, qui s'est opposée à l'intervention américaine. Selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), Saddam Hussein aurait déplacé plusieurs millions d'individus et serait responsable de l'exécution de plusieurs dizaines de milliers d'autres personnes. La révolte populaire de 1991, réprimée dans le sang après la première guerre du Golfe, aurait à elle seule fait 250 000 victimes. Selon la FIDH, de trois à quatre millions d'Irakiens sont aujourd'hui dispersés à travers le monde.

«Même si les Irakiens ont peur d'être frappés par les bombes, ils ont au moins l'espoir d'une vie meilleure, affirme Bakhtiar Amin. Ils veulent qu'on mette fin à ce film d'horreur. Les victimes de Saddam sont plus nombreuses que les manifestants contre la guerre», dit-il sur un ton amer.

L'écrivain Ismail Kamandar-Fattah est aujourd'hui réfugié en France. C'est un Kurde kayli, comme les

200 000 que Saddam Hussein a fait déporter vers l'Iran en avril 1980, prenant bien soin au préalable de les dépouiller de tout ce qu'ils possédaient. Seuls les jeunes hommes ont été épargnés. Les familles ont perdu leur trace et croient qu'on les a les envoyés au front pour servir de chair à canon.

«Depuis des mois, on ne parle que des armes de destruction massive sans parler des crimes de ce régime, dit-il. En 1991, il y avait 600 000 soldats dans la région, et on a commis l'erreur de laisser Saddam au pouvoir. Il ne faut pas refaire les erreurs du passé. La France ne propose pas autre chose que le statut quo. Tous les gouvernements français ont toujours préféré préserver leur relation privilégiée avec le régime irakien.»

Selon Kendal Nezan, directeur de l'Institut kurde de Paris, les Kurdes sont aujourd'hui déchirés entre deux maux: «la perpétuation de la dictature et une intervention dans laquelle les Américains, n'ayant plus que les Turcs comme alliés, seront contraints d'accepter les conditions d'Ankara».

Bakhtiar Amin croit que le renversement du régime pourrait donner lieu à des révélations sur les liens économiques que l'Irak a continué à entretenir avec la France et la Russie malgré l'embargo de l'ONU. Il accuse même Hussein d'avoir utilisé ses pétrodollars pour s'attirer les faveurs de certains partis politiques européens.

Lorsque Saddam sera tombé, dit Safia al-Souhail, les victimes des armes de destruction massive utilisées par Saddam Hussein pourraient demander réparation aux sociétés internationales qui ont vendu ces engins à l'Irak.


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