Pénurie en région - Les jeunes médecins dénoncent les promesses libérales
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Une vieille solution aux résultats décevants
L'idée du Parti libéral de verser des bourses en échange d'un engagement des jeunes médecins à travailler en région non seulement n'est pas nouvelle, elle s'est de plus avérée d'une efficacité plus que restreinte pour combler les besoins médicaux dans les régions les moins bien pourvues du Québec.De tels programmes de bourses sont déjà offerts depuis 1976 par le ministère de la Santé et des Services sociaux aux étudiants en médecine et l'histoire démontre qu'un nombre limité d'étudiants s'y sont intéressés. Le programme actuel du ministère de la Santé prévoit le versement aux résidents en médecine familiale d'une bourse de 10 000 $ pour chaque année travaillée en région à la fin de leurs études, jusqu'à concurrence de 25 000 $ pour un contrat de trois ans.
22 % renoncent à leur contrat
Mais au bout du compte, selon une recherche menée par Le Devoir, environ 40 % des quelque 300 jeunes qui ont empoché ces bourses depuis 1993 ne sont pas encore ou ne sont jamais allés pratiquer dans la région où ils devaient aller en renfort, malgré le contrat qu'ils avaient signé.
Pas moins de 22 % ont même décidé de convertir leurs bourses en dette pour se libérer complètement de l'engagement pris pendant leurs études.
En campagne en Mauricie, le chef du PLQ, Jean Charest, promettait pourtant mardi d'investir 13 millions dans de tels programmes de bourses en échange de l'engagement des jeunes médecins à pratiquer sept ans dans une même région.
Or, hier, la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ), déjà peu impressionnée par le programme actuel, a qualifié la proposition libérale de complètement «farfelue». «Comment peut-on s'imaginer que les jeunes qui ont encore sept à dix années de formation devant eux peuvent s'engager pour aussi loin dans l'avenir? D'ici là, les besoins des régions auront changé, les intentions des jeunes aussi», a soutenu hier le Dr Stéphane P. Ahern, président de la FMRQ.
Selon ce dernier, cette solution élude totalement la réalité de la formation médicale, notamment le fait que les étudiants choisissent tardivement leur domaine de spécialisation. «C'est évident que quelqu'un qui est devenu un spécialiste de la neurochirurgie ne pourra pas respecter son engagement d'aller travailler à Gaspé», a poursuivi le Dr Ahern.
Sur le terrain hier, Jean Charest a répété que ces bourses auront «un effet marqué» dans les régions. Son candidat dans Mont-Royal, le Dr Philippe Couillard, directeur du département de chirurgie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS), a assimilé la divergence de vue des jeunes médecins à un malentendu. «De toute évidence, il y avait de l'information qui manquait. Ils n'avaient pas eu accès à l'ensemble du plan. Certains craignaient que ce soient des mesures coercitives où on obligerait les gens à aller en région alors que ce n'est pas du tout le cas», a-t-il défendu.
Mais hier, les jeunes médecins persistaient à dénoncer la suggestion libérale. À leur avis, le PLQ devrait plutôt s'attarder à la réorganisation des services et penser à implanter des corridors de services entre les régions pour remédier aux manques chroniques d'effectifs. Penser conscrire les jeunes médecins dix ans avant la fin de leurs études relève de l'utopie, pense le Dr Ahern.
En région, la pénurie?
Le remède libéral aux pénuries apparaît d'autant plus superflu que de l'avis de la FMRQ, ce sont davantage les régions périphériques et urbaines qui souffrent actuellement des plus graves manques d'effectifs. Les chiffres de la FMRQ font état d'un manque global de 802 médecins, dont 61 % sont requis dans les régions périphériques et universitaires. Pas moins de 24 % des nouveaux médecins vont déjà s'installer dans les régions éloignées, même si ces territoires n'englobent que 8 % de la population, a rappelé le Dr Ahern.
Avec la collaboration de Tommy Chouinard

