Les 45 «alliés» de Washington - La fausse coalition de Bush
Mots clés : guerre
Cette alliance, qui ne rassemble ni volontaires ni téméraires, illustre avant tout l'isolement américain
Washington -- Les États-Unis ne sont pas seuls pour faire la guerre à l'Irak: ils peuvent compter sur l'Érythrée, l'Albanie, l'Islande, la Lettonie. Cherchant à contrer les accusations d'unilatéralisme, le département d'État a publié mardi une liste des «alliés» de la coalition contre l'Irak. Mais la lecture de celle-ci donne, en creux, une image cruelle de l'isolement américain: on n'y trouve qu'une trentaine de pays, sans envergure politique ou militaire, à l'exception d'une poignée d'entre eux: la Grande-Bretagne, le Japon, l'Australie ou l'Espagne. Pour faire bon poids, le secrétaire d'État Colin Powell a évoqué «quinze autres nations qui, pour une raison ou pour une autre, ne veulent pas être publiquement nommées mais qui soutiendront la coalition». Cet ajout d'«atlantistes anonymes» (parmi lesquels on suppose que doivent figurer les pays arabes, comme la Jordanie, le Koweït, le Qatar ou l'Arabie Saoudite... ) n'a fait que confirmer l'impression de fragilité de la coalition rassemblée par George W. Bush.Elle n'est pas davantage une «coalition des téméraires». À l'exception de la Grande-Bretagne (seule nation qui compte militairement), de l'Australie, de la Pologne et du Danemark, aucun «allié» n'a accepté d'envoyer des troupes combattre en Irak. Même l'Espagne, qui avait, au Conseil de sécurité de l'ONU, coparrainé le projet avorté de résolution légitimant la guerre, a renoncé mardi, tout comme l'Italie, à envoyer des troupes sur le terrain. Pour Bush, l'intérêt de bâtir une coalition solide n'était pas tant militaire que politique. Il est essentiel, vis-à-vis de sa propre opinion publique, de ne pas paraître isolé. Le refus de la Turquie de participer à la guerre, malgré la promesse de milliards de dollars en aide économique, a frappé les esprits, de même que les réserves exprimées par le Mexique et le Canada, deux voisins et amis des États-Unis. Pour Bush, il est désormais très difficile de faire croire que seule la France est opposée à la guerre...
Comme prévu pourtant, les Américains se sont rangés derrière leur président et commandant en chef après le discours de ce dernier, lundi soir. Selon un sondage Washington Post-ABC publié hier, 71 % d'entre eux approuvent la guerre. Mais James Lindsay, expert à la Brookings Institution, souligne que les sondages publiés depuis des mois montrent clairement que «les Américains n'entrent pas dans cette guerre avec enthousiasme». Leur soutien à Bush, prédit-il, s'effondrera si les choses tournent mal. Certains démocrates se préparent d'ailleurs à ce scénario. Dans des termes inhabituellement polémiques à la veille d'une guerre, Tom Daschle, le leader de la minorité démocrate au Sénat, s'est déclaré «attristé du fait que ce président ait si misérablement échoué sur le plan diplomatique», phrase qui lui a valu hier une ignoble insulte de la part du Wall Street Journal qui l'a traité de «Français».
Les responsables américains ont la conviction que le tableau peu rutilant de leur «coalition» s'améliorera dès le commencement de la guerre. L'écrasante supériorité des forces américaines sera évidente dès les premiers bombardements, que le Pentagone a promis massifs et d'une extrême précision; les pays du Golfe feront alors leur outing et de nombreux pays choisiront le bon camp dans une guerre qui vise à écraser une des pires dictatures de la planète.
Leur optimisme n'est pas partagé par tout le monde. Pour Josh Spero, la coalition de Bush risque au contraire de voler en éclats si la guerre dégénère, comme il le craint, en conflits ethniques en Irak.
Au Cato Institute, centre de recherches conservateur mais hostile à la guerre, Christopher Preble redoute pour sa part que les États-Unis terminent la guerre tout aussi isolés qu'ils l'ont commencée: «Le sentiment dominant à la Maison-Blanche depuis l'échec à l'ONU, c'est la frustration, note-t-il. La tentation est forte, chez certains, de finir le travail sans plus s'embarrasser de pays qui n'ont pas voulu suivre.»

