La France immorale
Mots clés : guerre
Dans les heures qui ont précédé le plaidoyer du premier ministre britannique Tony Blair en faveur de la guerre, trois membres de son cabinet ont démissionné. Si deux d'entre eux occupaient des postes qualifiés de juniors, le troisième était quant à lui une figure de proue des travaillistes. Il s'agit de l'ex-ministre aux Affaires étrangères et ex-leader aux Communes, Robin Cook. L'essentiel de l'argumentation de M. Cook tient en un mot: unilatéralisme. Que son pays se soit rallié au principe de la guerre préventive l'a donc convaincu de tirer sa révérence. Selon lui, la Grande-Bretagne va souffrir durablement de la position adoptée par son premier ministre.
Lorsqu'on s'attarde quelque peu aux discours de Blair et des siens, on ne peut constater qu'une chose: c'est la faute des Français. Oubliés, les Allemands, les Russes, les Chinois et tous ces membres du Conseil de sécurité des Nations unies qui souhaitaient tout simplement que le temps demandé par les inspecteurs pour poursuivre leur mandat soit accordé. Oubliées, les opinions publiques, surtout la britannique, opposées à une guerre aux objectifs brumeux. Oubliées, les exigences inhérentes au droit international. Oublions tout cela: la France est coupable. La preuve, Blair et Bush la partagent, relève de la morale. Fallait y penser!
La morale... Nous, c'est-à-dire les Britanniques et les Américains, nous avons «la force morale pour agir». C'est dit, et cela induit que la France en est totalement dépourvue. C'est bien possible. Mais faute d'en avoir la preuve ou la conviction, il vaut mieux s'attarder à cette évocation de la pureté. En effet, dans la foulée de ces élucubrations toutes fondues dans le sacré, on n'a pas manqué de glisser que la France avait des intérêts économiques particuliers. Ce qu'il y a de curieux, voire de sidérant, avec ce type d'affirmations, c'est qu'il suppose que la justice est exclusive à tel pays, que la liberté est exclusive à tel autre, que l'intérêt, l'économique s'entend, est exclusif à telle nationalité ou... religion! Il y a pire.
Si on comprend bien, nous allons être témoins de la guerre pure. Bigre! Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, nous allons assister à la guerre faite par altruisme, par grandeur d'âme. Depuis deux ou trois jours, Blair et Bush nous le disent et nous le redisent: on ne fait pas cela par intérêt. C'est très curieux, cela, car si on saisit bien le propos de ces messieurs, la France est trop amorale pour faire la guerre au dictateur Hussein parce que cela serait contraire à ses vastes intérêts commerciaux.
Tant qu'à être dans les questions d'intérêts, restons-y. Est-ce qu'en s'opposant à deux des cinq puissances économiques les plus importantes au monde, la France ne va pas perdre bien davantage? La réponse? Tout un chacun la connaît.

