Pneumonie atypique - Le corps doit se défendre seul

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Pauline Gravel
Édition du mardi 18 mars 2003

Mots clés : pneumonie

L'OMS a sollicité les meilleurs laboratoires du monde pour démasquer le coupable

Une jeune voyageuse en attente dans un aéroport de Guangdong en Chine porte un masque afin de se protéger contre la maladie dont on ignore à peu près tout.

Photo: Agence Reuters

L'agent infectieux à l'origine de cette mystérieuse pneumonie aiguë qui se répand sur la planète n'a toujours pas été identifié. Et l'arsenal antibactérien et antiviral semble impuissant à terrasser ce microbe inconnu, qui a déjà infecté près de 200 personnes à travers le monde, dont huit Canadiens.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a sollicité l'expertise de onze laboratoires, parmi les plus renommés du globe, pour démasquer au plus vite le coupable de cette maladie qui semble avoir pris naissance dans la province chinoise du Guangdong en novembre dernier. Et qui, à ce jour, a gagné le Vietnam, Singapour, les Philippines, la Thaïlande, l'Indonésie, mais aussi le Canada, les États-Unis, l'Allemagne et la Slovénie.

Les symptômes de ce «syndrome respiratoire aigu sévère» (SARS) -- comme l'a dénommé l'OMS -- ressemblent à ceux d'une grippe. Ils débutent par une fièvre supérieure à 38 degrés Celsius et incluent notamment une toux, une difficulté respiratoire et des maux de tête. Selon les premiers résultats obtenus en laboratoire, il ne s'agirait toutefois ni du virus de l'influenza responsable de la grippe ni d'une bactérie, a indiqué le Dr Howard Nijoo, directeur général du Centre de prévention et de contrôle des maladies infectieuses à Ottawa.

«Il se pourrait bien que l'on ait affaire soit à un nouveau virus que nous n'avons encore jamais rencontré et identifié, soit à un vieux virus qui échappe à la détection des techniques que nous utilisons actuellement, soit à un agent infectieux mixte comme la bactérie à chlamydia qui se comporte comme un virus», a expliqué le Dr Yves Robert du département de santé publique de Montréal.

La transmission de la maladie semble nécessiter un contact rapproché (moins d'un mètre) et relativement prolongé avec une personne atteinte, comme entre les membres d'une même famille ou avec le personnel soignant. En l'occurrence, parmi les sept cas qui ont été signalés en Ontario, six concernaient une même famille -- qui a été éprouvée par deux décès -- et les proches de leur médecin traitant. Le huitième Canadien infecté réside en Colombie-Britannique. Les autres provinces ont jusqu'à maintenant été épargnées.

Pour le moment, la population générale ne semble pas visée par cette épidémie, a souligné le Dr Nijoo. Seules les personnes ayant voyagé ou séjourné récemment dans une des régions d'Asie où des cas ont été relevés, ainsi que les individus qui les côtoient ou les soignent seraient à risque de contracter le pathogène.

Compte tenu qu'aucun traitement médicamenteux ne s'est avéré efficace jusqu'à maintenant, une alerte a donc été lancée à travers le monde afin d'inciter les voyageurs en provenance d'Asie et les habitants de ces régions à consulter un médecin le plus tôt possible s'ils éprouvent les divers symptômes décrits par l'OMS. «Le personnel médical pourrait alors leur offrir un traitement de support, tel qu'une mise sous respirateur, qui pourrait les aider à traverser l'épisode aigu, a précisé le Dr Robert. Toutefois, l'organisme devra se débarrasser lui-même de l'agent pathogène. Et en l'absence de traitements plus spécifiques, on peut craindre pour les personnes âgées et les jeunes enfants, qui ont souvent besoin d'une plus grande assistance.»

Santé Canada a pour sa part mobilisé les autorités sanitaires provinciales et a mis en branle un programme de surveillance particulier dans les aéroports de Toronto et de Vancouver, qui sont les seuls au Canada à desservir les destinations touchées par la maladie. L'organisme fédéral a dépêché dans ces aéroports du personnel supplémentaire pour assurer la prise en charge des passagers qui pourraient être infectés. Par ailleurs, Santé Canada recommandera à tous les voyageurs en provenance des régions d'Asie où des cas ont été rapportés de surveiller leur santé et de consulter un médecin s'ils éprouvaient dans les dix jours suivant leur retour les symptômes respiratoires du SARS.

Dans la plupart des pays du monde, les compagnies aériennes ont été invitées à prendre des mesures de précaution, notamment à traiter les filtres à air dans lesquels les germes de la pneumonie peuvent trouver refuge et à prêter une attention accrue à l'état de santé de leurs passagers et du personnel de bord.

Pour le moment, l'OMS n'émet aucune restriction aux voyageurs qui s'apprêtent à partir vers ces contrées orientales. Le Dr Frank Plummer, directeur des programmes scientifiques au laboratoire national de microbiologie de Winnipeg prévient seulement qu'ils doivent éviter les contacts rapprochés avec les individus présentant les symptômes du SARS. Et il rappelle l'importance d'une bonne hygiène personnelle.

Avec l'AFP


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