Santé: Une médecine dans mon intérêt

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Carole Vallières
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 mars 2003

Mots clés :

Gaétan Lefebvre a été le thérapeute sportif no 1 du club de hockey professionnel Le Canadien pendant 20 ans. Ado, il jouait à la crosse junior pour John Ferguson; avant la fin de ses études en thérapie sportive à Concordia, il avait une promesse d'embauche avec Le Canadien! À force de talent et de travail passionné, il est devenu responsable du retour au jeu des hockeyeurs, de concert avec les médecins. Il a voyagé avec les joueurs, a connu leurs petites misères et leurs grandes douleurs -- les joies, aussi, mais ça ne demande pas d'interventions de correction!

Maintenant, Gaétan est responsable de la clinique du Club sportif MAA; il soigne des athlètes de haut niveau -- qui voyagent -- et des gens comme vous et moi. Moi, justement, il m'aide à me sortir d'une vieille tendinite -- ça se corrige lentement, j'ai eu le temps de jaser avec Gaétan! Je vais vous parler de ses dadas: la coordination des soins et l'utilisation d'Internet pour obtenir des diagnostics et faire le suivi des dossiers médicaux. Vous avez bien compris que M. Lefebvre a beaucoup voyagé, et cela lui arrive encore.

Un sportif se blesse à Chicago, son médecin traitant est à Montréal. Un membre de votre famille fait un infarctus à Trois-Rivières où il vit et monte à l'Institut de cardiologie se faire soigner. Quel suivi fera-t-on de leur cas? Ou, pour reprendre les termes de Gaétan Lefebvre, qui est le chef d'orchestre? Le généraliste? Ce serait bien. Et tellement plus simple...

Le chef d'orchestre, vous pouvez toujours en rêver. Une personne va à l'urgence avec un terrible mal de dos. Son médecin de famille peut ne jamais le savoir. Cette personne a de l'embonpoint, une mauvaise posture, et se dirige vers des problèmes de cholestérol -- infarctus ou ACV à la clé. Ça nous fait d'impressionnantes statistiques. Mais que diriez-vous si on travaillait plutôt sur la cause d'un problème aigu? Ce ne sont pas les compétences qui manquent...

Quand un athlète est traité, m'explique Gaétan Lefebvre, il a droit à une approche holistique car il a à sa disposition un massothérapeute, un médecin, un ostéo, un thérapeute du sport, un psy... Une équipe, quoi, qui veut le garder au meilleur de sa forme. En 2003, on a les moyens pour que, virtuellement, tout le monde ait une équipe de soins.

Actuellement, il arrive qu'on refasse des tests, parfois coûteux; le système dédouble le travail. La communication entre les intervenants de la santé est déficiente. On attend les résultats de tests: ça coûte cher à l'employeur, et la qualité de vie du patient est affectée. Mais si vous receviez un courriel chez vous qui vous disait «pas de fracture», vous pourriez commencer la physio tout de suite. Le temps d'attente avant d'entreprendre les traitements et, donc, le temps de guérison sont raccourcis. Il y a moins de risques d'avoir des problèmes chroniques. Le taux de succès pour guérir est plus grand et c'est moins cher pour la société.

Oublions un instant les problèmes informatiques du gouvernement et tentons l'aventure d'Internet, entre nous. Prenons un exemple local: j'ai passé une radiographie de l'épaule, mon médecin a reçu une feuille par télécopie où se lisait le diagnostic du radiologiste et, plus bas, on lisait: «dicté non vérifié». Ce que ça signifie? Le spécialiste analyse les radiographies avec un petit magnéto en main, la secrétaire prend son dictaphone et tape tout ça avant de le faxer. La personne qui a parlé dans le bidule pourrait juste le brancher à son ordinateur -- si vous avez un Palm, vous saisissez la facilité --, ça se télécharge dans le dossier nominatif et on envoie le tout par Internet. On pousse un peu plus loin? On envoie l'analyse et la radiographie par Internet. La sécurité? Mais vous n'avez pas déjà votre argent dans Internet, vos achats «sécurisés» et tout le tralala? La sécurité, ça va de soi qu'il faut y accorder toute son attention, avec identité et mot de passe: cela se gère. Il ne s'agit pas ici d'inventer une carte à puce que vous pourriez perdre, il s'agit d'utiliser les outils déjà en place. Vous avez un accident à Paris et vous êtes inconscient; avec votre numéro de dossier, on saurait qui on soigne. Quand vous revenez au pays, votre médecin a tous les renseignements dont il a besoin, et les traitements se poursuivent: c'est le patient qui y gagne.

Gaétan Lefebvre est si convaincu de son idée qu'il a mis sous contrat des équipes de joueurs de hockey, Le Canadien de Montréal et les Pingouins de Pittsburgh -- son monde à lui. Si Stéphane Quintal se blesse à Pittsburgh, son dossier patient est accessible à distance.

Faut que ce soit simple, dit-il: il ne s'agit pas de réinventer la roue. Ce n'est pas pour remplacer des soins, c'est pour faciliter les soins. À l'heure actuelle, on a une carte d'hôpital de McGill, une autre pour Notre-Dame... Quel archaïsme! Pourquoi pas un numéro patient et un accès au dossier, pas un dossier par hôpital!

Hé... Ce n'est pas parce qu'une idée est bonne qu'elle trouve application. Ce n'est pas parce que vous avez raison que les gens vont modifier leur jugement ou leur comportement.

La vie en société ayant la complexité qu'on lui connaît, et les humains ayant une assez bonne résistance au changement merci, ce n'est pas parce que c'est meilleur qu'on va le faire.

Et c'est bien dommage.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


[an error occurred while processing this directive]

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com