Fragile Serbie
Mots clés : assassinat
L'assassinat du premier ministre serbe Zoran Djindjic vient rappeler à la communauté internationale, tout occupée par la situation irakienne, combien le processus de démocratisation des Balkans demeure extrêmement fragile. Principal artisan de la chute de Slobodan Milosevic, Djindjic s'était fait beaucoup d'ennemis dans presque tous les cercles d'influence ou de pouvoir, y compris, voire surtout, au sein de ces groupes mafieux qui, selon la police, seraient à l'origine de cet assassinat.
L'autre scénario évoqué a les nostalgiques de Milosevic comme sujets. Pour ces derniers, Djindjic est le traître qui a «vendu» Milo aux Occidentaux sans avoir récolté les engagements financiers qui avaient été formulés par ces derniers. Son principal adversaire politique, soit l'ex-président Vojislav Kostunica, a fréquemment agité la corde patriotique des Serbes en rappelant que c'est lui qui avait conclu ce troc avec les Occidentaux.
Cela étant, Djindjic tué, il faut évidemment se demander si cette région ne va pas encore sombrer dans la tragédie. De tous les côtés où on regarde, on ne voit que faiblesse démocratique, économie poussive, tensions ethniques exacerbées, clientélisme comme philosophie politique, sans oublier cette culture de la revanche si prononcée dans cette région du monde.
Qu'on y songe: l'expérience d'une république fédérale de Yougoslavie n'ayant pas freiné les aspirations des indépendantistes du Monténégro, on tente depuis février dernier une nouvelle expérience. Celle de l'association, pendant trois ans, de la Serbie et du Monténégro. Et le Kosovo? Toujours dans les limbes. En effet, cette région a beau s'être dotée d'un cadre constitutionnel en mai 2001, elle n'a toujours pas de lien institutionnel avec l'État de Serbie-Monténégro.
Au cours des deux dernières années, le gouvernement Djindjic avait procédé au retour progressif de ce pays au sein de la communauté internationale. Dans presque toutes les instances, la Serbie est désormais représentée. Tellement qu'on commençait à entrevoir l'entrée, lointaine il est vrai, de cette nation au sein de l'Union européenne. Il est probable que l'assassinat de Djindjic va freiner durablement cette réintégration de la Serbie dans les histoires du monde.

