Prudence dans la dépense

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Robert Dutrisac
Édition du mercredi 12 mars 2003

Mots clés : finances

De nouvelles mesures de 400 millions financées par des compressions

La vice-première ministre du Québec et ministre des Finances, Pauline Marois, a reçu les applaudissements de ses collègues à l'occasion de la lecture de son troisième budget, hier à l'Assemblée nationale. C'est le secteur de la santé, dont le budget passe de 17,7 à 19,1 milliards, qui accapare le gros de l'accroissement des dépenses gouvernementales.

Photo: Agence Reuters

Québec -- La vice-première ministre et ministre des Finances, Pauline Marois, a présenté hier un budget de 56,65 milliards comprenant des dépenses en hausse de 5,8 %, une augmentation dont 90 % sera consacrée à l'ouverture de nouvelles places en garderie et à des mesures déjà connues en santé et en éducation.

Le troisième budget Marois prévoit en outre une série de nouvelles petites mesures dont les coûts, qui totalisent 400 millions, seront financés par des compressions touchant l'ensemble de l'appareil gouvernemental. Mais la semaine de quatre jours, pièce centrale de la stratégie électorale du Parti québécois, axée sur la conciliation travail-famille, n'est pas au rendez-vous, sauf sous forme de projets-pilotes. En ce qui concerne la lutte contre la pauvreté, l'effort consenti se situe bien en deçà de l'engagement gouvernemental. «Le budget que je présente aujourd'hui est prudent», a souligné Mme Marois dans son discours à l'Assemblée nationale.

C'est le secteur de la santé qui accapare la part de lion de l'accroissement des dépenses gouvernementales: son budget passe de 17,7 à 19,1 milliards, une augmentation de près de 8 %. La part du budget du Québec consacrée à la santé dépassera le seuil de 40 %, atteignant 41 %. Si on exclut la santé, les dépenses de l'État connaîtront une croissance de 3,7 %. Mme Marois consacre 838 millions des nouvelles sommes reçues du gouvernement fédéral pour la santé dès cette année et crée une réserve de 809 millions pour les deux années subséquentes.

Pour la sixième année consécutive, le gouvernement atteint sa cible du déficit zéro pour ce qui est de la dette directe de 84 milliards. Entre 1998 et 2003, la part du produit intérieur brut (PIB) de cette dette issue des déficits antérieurs a été réduite de 43,8 % à 35,1 %, a souligné Mme Marois dans son discours du budget. Mais si on compte les dépenses en immobilisations, la dette totale du Québec s'élève à 108,7 milliards, soit 3,6 milliards de plus que l'an dernier. L'accélération des dépenses publiques d'immobilisations, décrétée par Mme Marois à la suite des attentats du 11 septembre 2001, explique en grande partie cette augmentation.

Le budget Marois ne prévoit aucune baisse d'impôts ou de taxes, que ce soit pour les individus ou pour les entreprises. «Nous avons été le gouvernement qui a le plus réduit les impôts», soit un cumul de 15 milliards en cinq ans, ou 20 % de moins pour les particuliers, a rappelé Mme Marois au cours de la conférence de presse pendant le huis clos.

«Les finances publiques restent fragiles», a prévenu le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, qui accompagnait Mme Marois, indiquant que le gouvernement avait heureusement pu compter sur «une croissance économique exceptionnelle». Des pressions «considérables» s'exercent sur les finances publiques: évolution démographique, déséquilibre fiscal et croissance des dépenses en santé, a expliqué le député, qui ne se représentera pas aux prochaines élections.

De fait, la croissance économique a atteint 3,8 % au Québec alors que la ministre des Finances, dans son énoncé budgétaire de mars 2002, prévoyait une croissance de 1,7 %. En 2003-04, la ministre table sur une croissance de 3,5 %. La guerre en Irak, si elle est déclenchée, ne devrait pas influer de façon sensible sur les revenus de l'État compte tenu d'une conjoncture interne solide, alimentée par les mises en chantier et de grands projets industriels, a-t-elle expliqué.

En matière de développement économique, Pauline Marois n'a pas mis en oeuvre un élément essentiel de son plan d'action pour le plein emploi, dévoilé en décembre, soit la réduction des subventions et des crédits d'impôt destinés aux entreprises pour les remplacer par une baisse de la taxe sur le capital. Rien de tel dans le budget, ce qui n'a pas manqué de décevoir les représentants du patronat.

À la lutte contre la pauvreté, le gouvernement consacre 51 millions et à peu près la même somme pour les deux années suivantes alors qu'il s'est engagé à dépenser 1,5 milliard en cinq ans.

Au chapitre de la conciliation travail-famille, le gouvernement consent 225 millions en trois ans, dont l'essentiel va à l'ouverture de 50 000 places en garderie pour atteindre l'objectif de 200 000 places en 2005, un an avant l'échéance fixée. Québec allouera dix millions cette année et 20 millions l'an prochain à des projets-pilotes dans des PME disposées à offrir la semaine de quatre jours ou des horaires flexibles aux parents.

Pauline Marois n'attendra plus Ottawa pour accorder un crédit d'impôt pour congé parental aux travailleurs autonomes, équivalant à 55 % du revenu net pendant 12 semaines jusqu'à concurrence de 5070 $, une mesure évaluée à un million cette année et dix millions l'an prochain. De plus, la ministre crée un nouveau crédit d'impôt de 600 $ pour les 80 000 aidants naturels qui prennent soin d'un proche.

Dans le but de réduire les gaz à effet de serre, le gouvernement permet aux salariés qui utilisent les transports en commun de déduire de leurs revenus le coût de leurs laissez-passer, ce qui représente une dépense fiscale de sept millions cette année et de 29 millions l'an prochain.

Afin de favoriser le retour des jeunes en région, le budget prévoit un crédit d'impôt d'un maximum de 8000 $ pour les jeunes diplômés qui travaillent en région ainsi qu'un crédit d'impôt doublé pour les intérêts payés sur leur prêt étudiant.

En matière d'aide au logement, le gouvernement ajoute 270 millions à son engagement de 500 millions répartis sur cinq ans, annoncé en novembre 2001. Pour 2003-04, il s'agit d'une dépense supplémentaire de 16,5 millions et de 29 millions l'année suivante.

Pour stimuler la croissance économique, Mme Marois annonce l'injection de 190 millions de plus cette année et de 265 millions en 2004-05. Pour trois ans, Emploi-Québec disposera de 60 millions de plus. La ministre crée un fonds de 300 millions pour soutenir les entreprises de biotechnologies, dont 100 millions proviendront de l'État. Le budget contient en outre diverses autres mesures réservées aux régions.

Pauline Marois a lancé une nouvelle politique de développement des coopératives à laquelle elle accorde 20 millions au cours des trois prochaines années. De plus, les entreprises en économie sociale bénéficieront de la même somme pour assurer leur développement.

À la culture, le budget Marois accorde 38 millions de plus. La nouvelle politique sur le cinéma, promise par Québec depuis quelques années, donne lieu à des crédits additionnels de 20 millions tandis que le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) disposera de cinq millions de plus. La Place des Arts et le Grand Théâtre de Québec recevront des sommes afin de se moderniser. Enfin, des événements culturels majeurs toucheront 12 millions par année.

Contrairement à d'autres exercices budgétaires qu'elle a signés, Pauline Marois a parlé de souveraineté dans son discours. «Imaginez seulement ce que nous pourrions faire si nous disposions de tous les moyens et de tous les outils qui nous reviennent, dont la moitié est entre les mains d'un autre gouvernement,. Cela s'appelle la souveraineté, et elle constitue, j'en suis convaincue, la véritable clef de nos développements futurs», a dit Mme Marois dans sa conclusion.


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