«Ne me parlez pas des groupes de femmes...»

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Tommy Chouinard
Édition du lundi 10 mars 2003

Mots clés : landry, femme

Une déclaration embarrassante de Bernard Landry vient ternir un congrès d'orientation jusque-là radieux

Le premier ministre Bernard Landry s'adressant aux militants du Parti québécois lors de la clôture du congrès d'orientation, hier, à Montréal.

Photo: Agence Reuters

À quelques jours à peine du déclenchement probable des élections, le premier ministre Bernard Landry s'est mis dans l'embarras encore une fois en tenant des propos controversés. «Ne me parlez pas des groupes de femmes... J'aime mieux rencontrer le président de la Sun Life», a-t-il affirmé hier lors du Congrès d'orientation du Parti québécois, qui s'est tenu ce week-end au Palais des congrès de Montréal.

À l'issue d'un débat fort animé en séance plénière sur des propositions visant à introduire des mesures législatives pour parvenir à la parité entre les hommes et les femmes en politique, une membre de l'exécutif du PQ a suggéré à M. Landry de s'abstenir de voter sur cette question, comme la foule était fort partagée sur ce sujet. Une autre militante l'a plutôt invité à voter en faveur des propositions, puisque les groupes de femmes, directement touchées par ces mesures, font partie de l'électorat du Parti québécois.

C'est alors que M. Landry a rétorqué, tout en levant son carton de vote: «Ne me parlez pas des groupes de femmes... J'aime mieux rencontrer le président de la Sun Life.» M. Landry savait qu'il était alors filmé par une caméra de Radio-Canada, qui a capté toute la scène. Les propositions sur la parité ont toutes été rejetées, même si M. Landry a voté en leur faveur.

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Vivian Barbot, se dit troublée par les affirmations de Bernard Landry, qui surviennent le lendemain de la Journée internationale des femmes et le jour même du 66e anniversaire du chef péquiste. «J'aimerais bien comprendre son point de vue. Est-ce qu'il considère qu'en démocratie, les citoyens et les citoyennes ont leur mot à dire ou bien qu'il adhère entièrement aux propos néo-capitalistes où ce sont les compagnies qui ont voix au chapitre? Ça me trouble énormément», a-t-elle affirmé au Devoir.

«Je faisais allusion à des personnes qui n'ont pas été loyales envers moi et qui sont venues dans mes bureaux, il y a quelque temps et qui ont déformé mes paroles. [Je ne faisais référence qu'] à ces personnes-là seulement, ne généralisez pas», a expliqué Bernard Landry en conférence de presse, visiblement irrité.

Le mois dernier, M. Landry avait dû s'expliquer sur des propos jugés méprisants à l'égard des démunis et tenus lors d'une rencontre à huis clos avec des représentants de groupes sociaux, dont la Fédération des femmes du Québec. «Si les oiseaux, avec la cervelle qu'ils ont, nourrissent leurs enfants le matin, comment se fait-il qu'il y a encore du monde qui ne nourrissent pas leurs enfants? Se peut-il qu'il s'agisse d'un problème de société? Si c'est un problème d'argent, il faut le régler», avait-il déclaré. Ces paroles ont font bondir les représentants présents. M. Landry a refusé de s'excuser, prétextant que ses paroles avaient été mal interprétées.

«Je n'aime pas qu'on vienne dans mon bureau, qu'on en ressorte quelques jours après, qu'on travestisse mes paroles. C'est pour ça que j'ai refusé de m'excuser auprès de quiconque. J'ai regretté que certains aient travesti mes paroles», a dit M. Landry hier.

«Je trouve dommage que le premier ministre revienne là-dessus parce que pour moi, l'incident est clos, a indiqué Mme Barbot. C'est très clair que nous avons dit ce que nous avons entendu. Nous avons fait part de notre sentiment à ce sujet-là. Qu'il dise que ce n'est pas ce qu'il voulait dire, je veux bien. Mais, ça commence à faire pas mal de fois qu'il dit des choses contraires à ce qu'il voulait dire. Alors, s'il me demandait mon avis, je lui conseillerais, surtout dans la période pré-électorale de littéralement tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.»

Si le premier ministre a fait référence au président de la Sun Life, James Prieur, c'est que celui-ci avait été, lui, «loyal» envers sa personne, selon M. Landry. «Après une conversation avec moi, il a décidé de ramener son siège social [au Québec]. Il a agi loyalement. J'ai dialogué avec un président d'une multinationale qui a livré la marchandise», a-t-il expliqué. En 1978, la compagnie d'assurances avait quitté Montréal pour Toronto afin de protester contre la loi 101 sur la langue française.

Vivian Barbot dit «ne pas comprendre» la décision des militants du Parti québécois, qui fut fort partagée, de rejeter les propositions visant à assurer une parité entre les hommes et les femmes en politique. «Une jeune femme a expliqué au micro que les femmes n'ont pas besoin de ce support particulier juridique pour faire leur place. Et dans notre parti, c'est largement vrai. Sans support juridique particulier, on a fait élire plus de femmes qu'à aucun moment dans l'histoire du Québec. Les deux positions [pour et contre les mesures] se défendent, et c'est ce qu'on a vu aujourd'hui», a souligné M. Landry.

Pour une constitution québécoise

Cet incident tombe bien mal pour Bernard Landry, d'autant plus que le Congrès d'orientation s'était déroulé jusque-là sans anicroche, réunissant un millier de militants péquistes gonflés à bloc et galvanisés par les sondages qui montrent une nette remontée du PQ. Les délégués présents ont jeté les bases de la plate-forme électorale du parti, qui sera achevée lors d'un conseil national spécial samedi prochain, à Saint-Hyacinthe.

Les militants ont fait de l'élaboration d'une constitution québécoise un élément majeur de cette plate-forme. Comme Bernard Landry l'avait révélé au Devoir vendredi lors d'une rencontre éditoriale, elle consacrerait le caractère national distinct du Québec, regrouperait les grands principes du modèle québécois et proclamerait les valeurs qui portent la nation québécoise. Si le PQ est élu, cette constitution sera élaborée «le plus vite possible», a précisé M. Landry hier.

De plus, le Parti québécois propose maintenant la création d'une caisse-santé. Cette proposition a été avancée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, François Legault, afin de financer adéquatement le système de santé et pallier la hausse des coûts due au vieillissement de la population. Bernard Landry a noté que, si une telle caisse était créée, son financement n'entraînerait pas une augmentation du fardeau fiscal des Québécois.

La souveraineté sera au coeur de la campagne, a dit M. Landry dans son discours de clôture. Ce week-end, il a d'ailleurs mis au défi le Parti libéral et l'Action démocratique du Québec de parler de la question nationale et «d'expliquer pourquoi notre nation n'est pas encore égale aux autres nations», «pourquoi elle est une simple province d'une autre nation». Les délégués ont voté en faveur de la tenue d'un référendum d'ici 2005.

Les militants ont aussi porté la mise en place d'un mode de scrutin avec un élément de représentation proportionnelle à la plate-forme électorale. M. Landry a souligné que l'on allait probablement assister à la dernière élection avec un mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour.

Avec la collaboration de Kathleen Lévesque.


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