Vos finances: Malgré la morosité boursière - La campagne REER a été bonne pour les fonds de travailleurs

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Gérard Bérubé
Édition du lundi 10 mars 2003

Mots clés : reer

Malgré la morosité boursière persistante, les fonds de travailleurs n'ont pas trop souffert en cette campagne REER. Les données préliminaires font ressortir une croissance dans le cas du Fondaction de la CSN, une prudence pour un Fonds de solidarité FTQ soumis à un plafond.

Malgré trois réductions semestrielles de la valeur de ses parts, le Fonds de solidarité des travailleurs FTQ, pour sa part, n'a pas eu à faire face à une désertion. «Les actionnaires ont posé des questions, plus de questions qu'auparavant, mais ils comprenaient la situation», a expliqué le p.-d.g. de l'institution, Pierre Genest. Avec 270 millions de dollars amassés entre le 1er janvier et le 3 mars 2003, cette campagne REER se classe la troisième de l'histoire du Fonds, vieille de quelque 20 ans maintenant. Pour l'ensemble de l'exercice 2002-2003, la collecte atteindra les 750 millions.

Les 270 millions se comparent aux 429 millions prélevés lors de la période correspondante de 2002. Au cours de la campagne ayant pris fin la semaine dernière, le Fonds de solidarité FTQ aura également recruté 20 000 nouveaux actionnaires. C'est près de 60 % inférieur aux 47 000 nouveaux souscripteurs de la campagne précédente «mais encore faut-il aller les chercher», a lancé Pierre Genest. Il a rappelé que cette campagne a été placée sous le sceau des restrictions, d'un plafond. En vertu de sa loi constitutive, la valeur totale des actions que le Fonds peut émettre au cours de son exercice 2002-2003, prenant fin le 30 juin prochain, est de l'ordre de 775 millions, soit 100 millions de moins que pour l'exercice précédent.

«Nous avons fait moins de publicité cette année. Pour la période du 1er janvier au 3 mars 2003, il nous restait un maximum de 290 millions. Nous avons émis pour 270 millions de dollars de nouvelles actions, il nous reste 20 millions pour la période suivante prenant fin le 30 juin 2003», a résumé Pierre Genest.

Voilà pour la mathématique. Pour cet enchaînement de chiffres qu'il faut placer dans le contexte d'un débordement de cette longue correction boursière, devenue l'une des plus sérieuses depuis la Grande Dépression des années 30. Une contraction -- amorcée en mars 2000 aux États-Unis -- vieille de trois ans maintenant qui n'a pas été sans influencer le profil de cette campagne REER. C'est ainsi que l'industrie des fonds communs d'investissement a continué à enregistrer des ventes (nettes) chétives en février. Et que l'on observe des cotisations records chez Placements Québec, l'organisme gouvernemental ayant connu sa meilleure campagne depuis sa création en 1996 avec une progression attendue de quelque 30 % des cotisations sur les 202 millions prélevés au cours de la campagne de l'an dernier. «Le climat boursier a eu un effet. On a assisté à un transfert vers les produits garantis, voire les CPG indiciels», a renchéri Pierre Genest, pour qui le timing actuel serait pourtant plus propice à un retour à l'investissement boursier.

Car les fonds de travailleurs ne sont pas isolés, dissociés ou immunisés contre les aléas boursiers. À titre d'illustration, le portefeuille du Fonds de solidarité est constitué à 66 % d'investissements privés et d'actions inscrites à la cote d'une Bourse, contre 34 % en obligations. Ce faisant, le Fonds a été contraint à trois dévaluations en autant de semestres. La valeur est passée, en trois temps, de 24,98 $ à 20,26 $, pour un ajustement total de la valeur des parts de -19 % en 18 mois. Dans l'intervalle, l'institution aura mis un terme à son exercice financier 2002 avec du -11,4 %. Elle inscrivait, du coup, le premier rendement négatif depuis sa création, en 1983. Et ramenait son rendement annuel moyen des 10 dernières années à 4,6 %. Avant 2002, le rendement annuel moyen du Fonds se chiffrait à 7,2 % sur une période de dix ans, et à 6,9 % depuis sa naissance.

Le Fondaction de la CSN, plus jeune, n'a pas été épargné par la conjoncture. Il a également dû ajuster, à deux reprises, le prix d'émission de ses parts. Cette institution, créée en 1996, a fait passer la valeur de ses parts de 12,38 $ à 11,34 $ pour un recul, en deux temps, totalisant 8,4 % sur un an. Depuis sa création, le rendement annuel moyen de Fondaction se situe à 3 %.

Mais une campagne publicitaire plus dynamique cette année, combinée à l'ajout de points de vente, aura permis au Fondaction de comptabiliser une hausse de 18,5 % des contributions reçues. À la CSN, on retient que la campagne REER s'étend de novembre à mars. Selon des données préliminaires, Fondaction a ainsi recueilli quelque 33 millions lors de la campagne, contre 28 millions un an plus tôt, et recruté près de 5000 nouveaux actionnaires, à 47 000. Pour l'ensemble de l'exercice prenant fin le 31 mai, Fondaction croit être en mesure d'amasser 80 millions et d'atteindre la cible des 300 millions de dollars d'actif, selon le p.-d.g. de l'institution, Léopold Beaulieu.

Au Fonds de solidarité, outre l'arrivée de quelque 20 000 nouveaux souscripteurs, M. Genest a précisé que «ceux qui étaient déjà nos actionnaires ont renouvelé leur confiance cette année, avec des réinvestissements semblables à ceux de l'an passé». La contribution personnelle moyenne a oscillé autour des 2850 $. Elle s'est chiffrée à 2266 $ au Fondaction.

Au total le Fonds de solidarité, dont l'actif dépasse les 4,5 milliards, sera en mesure d'atteindre son objectif de 750 millions pour l'ensemble de l'exercice 2002-2003. Un rythme que son p.-d.g. qualifie de soutenable. «Notre actionnariat est également composé de baby-boomers. Les départs pour la retraite entraîneront des sorties de 275 millions de dollars cette année, de 375 millions l'an prochain. Nous, c'est le net que l'on doit investir, à 60 %. C'est un rythme que l'on peut aisément maintenir.»

Facteur d'enrichissement

Et Pierre Genest de faire, au passage, la promotion du mode de contribution par retenue sur le salaire. «En supposant une rémunération tous les 15 jours, le coût net d'impôt d'une contribution de 100 $ par paie est de 31,60 $, pour amasser 2600 $ en fin d'année. Le capital-retraite s'accumule ainsi rapidement, sans qu'il n'y paraisse réellement.» Il est estimé que quelque 140 000 des 535 000 actionnaires du Fonds se prévalent de ce mode de contribution.

Chez Fondaction, on a atteint le rythme du cinq millions de dollars par mois de cotisation sous la forme de retenue sur le salaire avec déductions à la source. «C'est fidèle à notre plan d'affaires», a résumé M. Beaulieu.

Le p.-d.g. du fonds de travailleurs de la CSN en rajoute. Il fait remarquer que, compte tenu de l'avantage fiscal associé aux fonds de travailleurs québécois (crédit d'impôt de 30 %), un investissement net de 1400 $ (après prise en compte du report d'impôt lié au REER) devient 4426 $ dans un REER-fonds de travailleurs, contre 2272 $ dans un REER conventionnel. Il a poussé l'exercice plus loin. Toujours pour un revenu imposable de 40 000 $, en supposant un rendement annuel de 7 % sur le REER conventionnel et de 4 % sur le REER-fonds de travailleurs, un placement annuel de 1400 $ net devient 82 653 $ après 18 ans dans le premier cas, et 118 047 $ dans le second. «Inversons le regard. Pour obtenir le deuxième montant accumulé, il faudrait un rendement annuel de 10,32 % sur cette période de 18 mois. Ou, si vous préférez, pour arriver au premier montant, le fonds de travailleurs n'aura à réaliser qu'un rendement annuel de 0,39 %.»

«C'est vrai que le rendement importe. Mais ce qu'il faut regarder, c'est ce que l'on peut accumuler à la retraite avec les moyens dont nous disposons. On le voit, les parts de fonds de travailleurs demeurent un placement privilégié à l'intérieur d'un portefeuille», a résumé Léopold Beaulieu.


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