Santé: Femme... maximum

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Carole Vallières
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 mars 2003

Mots clés : mapaq

Je me suis invitée dans sa cuisine. Je voulais voir où se mitonnent les recettes qu'elle enseigne et si elle applique ses principes écolo à sa vie. Je n'ai pas été déçue -- il faisait soleil, en plus ! Devant la porte-fenêtre, un gros plant de romarin, un autre de thym. Inspirant.

Elle m'a expliqué que les morceaux d'écorce d'orange sur la plaque en aluminium, elle les fait sécher et les met en pots. Au besoin, elle les écrase pour les intégrer quand elle veut du zeste. Des oranges bio, précise-t-elle. « J'essaie de manger toute la pulpe car elle contient des bioflavonoïdes -- un antioxydant, très bonne prévention contre le cancer du sein. » À l'autre bout du comptoir, des coquilles d'oeufs : « Je les lave et les laisse à sécher. Je les réduirai en poudre... c'est alcalanisant, très bon engrais pour les plantes. Et touche comme les coquilles des oeufs bio sont plus épaisses... » À côté, dans un contenant de plastique, du marc de café : un engrais aussi. Elle m'a ouvert sa porte -- sous l'évier, trois poubelles : déchets, récupération et compost. « Depuis sept ans que nous sommes ici, on n'a jamais jeté de matière organique. Ça deviendra de la belle terre noire qu'on met dans le jardin. »

Voici Renée Frappier, une success story ambulante, sans tambour ni trompette. À compte d'auteur, elle a vendu 100 000 exemplaires de son Guide de l'alimentation saine et naturelle ; sans subvention, elle organise depuis six ans un événement rassembleur qu'elle intitule Expo Manger Santé et qui se tient ce week-end au Palais des congrès. 150 exposants qui paient leur kiosque si peu cher que le Palais des congrès a demandé à Mme Frappier comment elle arrivait ! Quelques commanditaires, un kiosque du MAPAQ en guise d'encouragement gouvernemental. « Le ministère de la Santé et le ministère de l'Environnement me disent chaque fois : on n'a pas d'argent. » On n'a pas d'argent pour la prévention, on n'a pas d'argent pour l'éducation ?

« On vit dans un environnement assez toxique, reprend Renée Frappier en m'invitant à la conférence du Dr Melançon sur les pesticides (à 10h ce matin), et je suis toujours étonnée que les ministres de la Santé, les membres du gouvernement qui sont des gens éduqués, ne se demandent pas pourquoi on a tant de gens malades. Pourquoi le gouvernement ne met-il pas en place des programmes de prévention ? Par exemple dans les milieux de travail, l'employé est payé s'il fait son heure d'éducation physique ; il ne la fait pas, on lui coupe une heure de salaire...

«En médecine où ma fille étudie, on ne montre aux étudiants aucun facteur de santé à appliquer. Ils ne parlent que de maladie. Je pense qu'il faudrait non seulement parler santé mais inciter les étudiants à appliquer ce qu'ils apprennent dans le cours. La respiration, la posture, boire de l'eau. C'est simple, simple. Mais intégrer la simplicité, c'est compliqué. Quand tu es cinq heures devant une table d'opération, tu dois te préoccuper de ta posture, sinon tu développes des maux de dos -- si tu l'apprends dans ton cours, ce sera acquis. » Renée Frappier tique particulièrement quand il est question d'éducation ; l'enseignement est le fil conducteur de sa vie. Après avoir enseigné la chimie pendant des années, elle a bifurqué vers le yoga et s'est formée pour l'enseigner. Le yoga lui a donné une philosophie de vie qu'elle a fait rayonner dans tous ses intérêts. « C'est là que j'ai entendu : on est ce qu'on mange. Et je mangeais mal ! J'ai compris que le défi de notre époque, c'est de faire des liens : tu manges ça, il y a telle répercussion possible sur ta santé, ensuite sur ton environnement, sur des animaux, peut-être sur d'autres peuples. Cette conscience de faire des liens, je l'ai trouvée en faisant du yoga. Le yoga t'amène à la conscience ; et l'élément déclencheur de toute évolution est la conscience. »

Elle enseigne donc l'alimentation naturelle -- elle donne encore des cours, régulièrement. Écrire des livres, organiser une expo, ce n'est au fond que le prolongement de son goût de partager ses connaissances. « Mais j'ai hésité longtemps avant de me lancer dans l'organisation de cette expo ; je savais que ça demanderait une énorme somme de travail. Mais combien de fois des gens sont venus me dire : vous m'avez sauvé la vie, vous avez changé ma vie. C'est le levier pour l'énergie que nous déployons. »

On s'est installées dans un petit salon vitré donnant sur un boisé ; les plantes, le chat qui se promène dans le soleil... Renée a repris : « Je dis souvent : la souplesse est de rigueur. Nous faisons la promotion de l'alimentation saine de plus en plus biologique, de plus en plus végétarienne. Ce n'est pas de dire : il faut être végétarien et ne manger que bio. Ça, c'est l'idéal. Si tel était le cas, on serait en santé, les animaux seraient bien. Mais il y a une progression. On fait de notre mieux.»

Voilà, faire notre possible pour être en santé, pour prévenir la maladie, ça commence dans l'assiette et ça trouve sa source dans la terre. Le printemps s'en vient, le 8 mars souligne la contribution des femmes à l'amélioration des conditions de vie dans notre société. Des femmes comme Renée Frappier, à travers l'histoire, sont des phares qui nous éclairent.

- www.expomangersante.com


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