Un budget rigoureux, svp!
Mots clés : rigueur
La vice-première ministre et ministre des Finances, Pauline Marois, est placée devant un choix difficile à quelques jours de la présentation de son budget, mardi. C'est un secret de Polichinelle que ce budget sera le dernier geste significatif du gouvernement Landry avant la campagne électorale. La tentation est forte pour en faire un outil politique destiné à plaire au plus grand nombre possible de groupes de pression. Mais agir ainsi se retournerait inévitablement contre lui. La seule attitude acceptable sera celle de la rigueur.
Avec la hausse du dollar canadien, qui a franchi la barre de 0,68 $US, et celle des taux d'intérêt, qui pourrait se répéter au cours des prochains mois, les deux sources de croissance les plus importantes de l'économie, exportations et consommation intérieure, seront affectées. Dans ce cas, les entreprises seront placées devant l'obligation de procéder à des mises à pied et les gouvernements devront réduire leur élan dépensier. Les 3000 mises à pied qui viennent d'être annoncées chez Bombardier et la situation difficile à laquelle fait face l'un des plus importants employeurs du Québec, Air Canada, pourraient n'être que les signes avant-coureurs d'un phénomène que nous connaissons bien mais que nous avons toujours tendance à oublier quand tout va pour le mieux.
Le budget que doit présenter Mme Marois ne peut pas faire abstraction de cette conjoncture incertaine. De jour en jour, les pressions se font toujours plus fortes sur le gouvernement pour l'inciter à ressortir la planche à billets. L'explosion des coûts du système de santé y est pour quelque chose, mais plus le temps passe, plus le nombre de ceux qui se disent victimes du «système» et qui exigent l'intervention de l'État augmente.
Or, contrairement à d'autres, la société québécoise n'a pas tiré toutes les leçons qui s'imposaient de l'épisode pourtant douloureux qu'elle a traversé au cours de la décennie précédente. Son gouvernement y est pour quelque chose. Aujourd'hui plus que jamais, les Québécois sont dépendants de leur État. Après quelques années de rigueur qui ont permis d'améliorer la compétitivité de la province sur les marchés mondiaux, le risque est grand que nous retombions pesamment dans nos ornières, sillons creusés dans les normes et les impôts, les programmes mur à mur et l'omniprésence d'organismes, de régies, d'instituts, de conseils et autres comités d'experts. Mais le plus dangereux, c'est que le gouvernement, fort de son pouvoir législatif et de sa propre situation financière avantageuse, se mette en tête d'impliquer les autres acteurs de la société civile, les entreprises surtout, dans la réalisation de ses promesses électorales, jusqu'à leur faire porter la majeure partie des coûts. Ceci risque de se produire si on donne suite au projet de semaine de quatre jours pour tous les parents, hommes et femmes d'un même couple, dont les enfants ont moins de 12 ans. Un projet dont le gouvernement devrait s'engager dès maintenant à assumer les coûts s'il le juge si intéressant pour relever le taux de fécondité de la nation, ce dont on peut sérieusement douter. Sans quoi ce sont les entreprises qui engagent le plus de jeunes qui paieront la note, les PME surtout, ou, pire, on assistera à une flambée sans précédent de cas de discrimination à l'embauche en raison de l'âge ou du sexe.
La période de calme qui a cours sur le front économique devrait être l'occasion de se prémunir contre les risques du lendemain en dégageant une marge de manoeuvre suffisante pour faire face aux coups durs. Mardi, Mme Marois devra donc viser avant tout la rigueur et la retenue.
Du même souffle, elle devra nous annoncer que son gouvernement entend réviser en profondeur le bien-fondé et l'efficacité des programmes et des organismes existants. Au lieu de continuer à financer des entreprises qui n'en ont pas besoin et des instituts qui n'existent que pour leurs employés, il faut relancer le programme de contrôle des dépenses et viser une plus grande compétitivité fiscale. C'est là une condition essentielle pour attirer et maintenir au Québec les entreprises créatrices d'emploi et la main-d'oeuvre spécialisée, indispensables à toute société de haut savoir.

