Vos placements: Stagflation, un retour aux années 70?

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Claude Chiasson
Édition du mardi 04 mars 2003

Mots clés : stagflation

D'entrée de jeu, le marché boursier a mal commencé la semaine du 24 février avec l'effondrement constaté de la confiance du consommateur américain. L'indice de confiance du Conference Board a pris en fait toute une débarque, chutant à 64 en février, contre 78,8 en janvier. Il s'agit du plus bas niveau jamais atteint depuis octobre 1993. Souvent, lorsqu'il se trouve sous le seuil de 70, cet indice signale un ralentissement important de l'activité économique, voire une récession. Ce ralentissement n'est pas le propre de l'économie américaine. Nombreux sont les indices montrant que ralentissement économique il y a aussi dans les autres grands pays industrialisés.

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Au Canada, le PIB du quatrième trimestre n'a crû que de 1,6 % sur une base annuelle, le gros de la faiblesse provenant d'une chute de 17,4 % des exportations d'automobiles vers les États-Unis. Aux États-Unis, même s'il a été révisé à la hausse, le taux de croissance du PIB s'est chiffré à seulement 1,4 % pour la même période. Au Japon, rien ne va alors que la production industrielle décline, que le taux de chômage atteint de nouveaux sommets et que la déflation consolide son emprise. En Europe, l'Allemagne flirte dangereusement avec la récession alors que son gouvernement concocte un plan de sauvetage des banques aux prises avec d'importants prêts en défaut. La France constate aussi un ralentissement de son économie, son PIB n'ayant crû que de 0,2 % au quatrième trimestre. L'année 2002 fut sur ce plan décevante alors que le PIB a grimpé de seulement 1,2 %.

Cette atonie des économies industrielles survient alors que les taux d'intérêt sont à des planchers historiques. Pour prendre le relais des baisses de taux d'intérêt qui ne suffisent pas, semble-t-il, à revigorer les économies, les gouvernements ont recours aux stimulants fiscaux, d'où le retour des déficits budgétaires. Exception faite du gouvernement canadien, ceux de tous les autres pays industriels importants accusent des déficits budgétaires, des déficits à la hausse de surcroît. C'est ainsi que les déficits de l'Allemagne et de la France s'apprêtent à défoncer le plafond imposé dans le cadre de l'Union européenne, soit 3 % du PIB. Aux États-Unis, le déficit prévu pour 2003 oscillera à près de 300 milliards $US. Le Canada fait bande à part en affichant des surplus, sauf qu'il augmentera tout de même ses dépenses de 11 % en 2003.

Enfin, question de ne rien ménager pour relancer leur économie, les Américains ont recours à une troisième avenue, celle de la dévaluation de leur devise. La forte baisse du dollar attise les exportations américaines, ce qui devrait renforcer à terme l'activité économique interne. En contrepartie, une baisse importante du dollar américain freinera la croissance économique de l'Europe et du Japon.

Force est d'admettre que les autorités monétaires et fiscales des pays industriels mettent toute la sauce pour fouetter leurs économies et pour éviter la déflation. Peut-être parviendront-ils à éviter la déflation. Mais ils ne parviendront peut-être pas à redonner la vigueur désirée à la croissance économique car leurs efforts sont en bonne partie neutralisés par la hausse assez spectaculaire des prix de l'énergie. Depuis les black out survenus en Californie en 2000, notre monde industriel est en panne, côté énergie. Ni les réserves de pétrole ni celles du gaz naturel n'augmentent suffisamment pour répondre à nos besoins dans un contexte de forte croissance économique. Autrement dit, finie la croissance économique avec des coûts faibles de l'énergie.

Voilà tout un cocktail favorable au scénario suivant: une lente croissance économique accompagnée de nouvelles pressions inflationnistes. C'est le cas présentement. Les économies tournent au ralenti alors que l'inflation montre le bout de son nez. Aux États-Unis, les prix des produits aux manufacturiers ont bondi en janvier, de 1,6 %. Même en excluant les prix de l'énergie, le PPI affiche une hausse notable de 0,9 % pour ce seul mois, soit la plus forte progression mensuelle enregistrée depuis décembre 1998. Au Canada, l'indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 4,5 % sur une base annuelle en janvier. Même en excluant les prix de l'énergie et de la nourriture, l'indice des prix affiche une progression de 3,3 %, soit au-dessus de la borne supérieure des cibles fixées par la Banque du Canada.

Ce scénario s'appelle la stagflation. C'est-à-dire que l'inflation est égale ou supérieure à la croissance économique de sorte que la collectivité s'appauvrit en termes réels. Ce serait en quelque sorte le retour aux années 70.

cchiasson@proplacement.qc.ca


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