Les mensonges de Mario Dumont

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Michel Venne
Édition du lundi 03 mars 2003

Mots clés : adq

Le programme de Mario Dumont s'appuie largement sur des mensonges dont le plus sérieux est que la classe moyenne sortirait gagnante de la révolution idéologique proposée par cet apprenti sorcier. Petit tour d'horizon.

Un État trop lourd: au Québec, 44 % des revenus sont versés en taxes et en impôts. Si ce fardeau fiscal est trop élevé, il correspond à la moyenne des pays de l'OCDE. Trop de fonctionnaires à Québec? Le nombre d'employés de la fonction publique a diminué de 8,9 % en dix ans.

Une fiscalité trop complexe: déjà, en 1988, le nombre de paliers d'imposition est passé de seize à cinq au Québec, puis de cinq à trois en 1998. Le chapitre fixant les taux d'imposition des particuliers ne fait qu'une douzaine de lignes dans les 2000 pages de la loi sur l'impôt. En outre, la simplification du régime fiscal par une diminution de l'impôt sur le revenu ne crée aucun avantage pour la classe moyenne. L'application du taux unique d'imposition en Alberta (soit la simplification poussée à l'extrême) a provoqué une augmentation de 59 à 64 % de la part des impôts payés par la classe moyenne tandis que la contribution des plus riches est restée inchangée.

La bureaucratie décide pour nous: Mario Dumont évoque le spectre du paternalisme étatique lorsqu'il parle des écoles et des services de garde. Contrairement à ce que prétend M. Dumont, l'offre de services est déjà très diversifiée, pour la garde des enfants comme pour l'école. Les parents ont le choix entre des services de garde régis par l'État, en garderie (CPE ou privée) ou en milieu familial, ou non régis par l'État, en milieu familial ou à domicile. Les parents ont, dans ce dernier cas, droit à une déduction d'impôt. L'école publique propose quant à elle une variété de projets éducatifs décidés par les parents et le personnel de l'école au sein du conseil d'établissement. Les volets et les écoles à vocation particulière (arts, sport, international, science, etc.) pullulent. Sans parler de l'école privée.

Pour régler ce problème de rigidité qui n'existe pas, l'ADQ préconise la distribution aux parents de bons de garde et de bons d'éducation afin que ceux-ci puissent choisir le service de garde ou l'école qui leur convient. De tels systèmes ne favoriseraient en rien la diversification des services mais leur commercialisation. Les bons de garde inciteraient en sus les familles à se replier sur elles-mêmes à la maison, niant ainsi ce que les études sérieuses ont démontré: un enfant qui fréquente les services de garde préscolaire accroît ses chances de réussite à l'école. Dans les milieux défavorisés, cette politique nuirait aux intérêts de l'enfant. Quant à la politique des bons d'éducation (que l'ADQ propose de mettre en oeuvre progressivement), voici ce qu'en disait, en 1992, la Carnegie Foundation for the Advancement of Learning après avoir fait la revue des programmes de libre-choix aux États-Unis: seuls les enfants de parents déjà plus scolarisés que la moyenne en tirent bénéfice, ils coûtent plus cher à exploiter, ils menacent d'élargir le fossé entre les districts scolaires riches et pauvres, et leur impact positif sur la réussite scolaire n'a jamais été établie.

Les groupes de pression nuisent aux citoyens: l'ADQ affirme qu'il faut placer les intérêts des usagers des services publics devant ceux des groupes de pression. Or, ne serait-ce qu'à cause de la complexité de l'État, les citoyens ordinaires peuvent difficilement acheminer leurs revendications sans se regrouper. En dévalorisant le recours des citoyens aux groupes organisés, l'ADQ rend les individus plus vulnérables face à la puissance du gouvernement. De même, le discours antisyndical véhiculé par le parti de Mario Dumont présume que chaque travailleur peut, individuellement, mieux défendre ses droits devant son employeur. L'ADQ, qui prétend combattre la précarisation du travail, véhicule une vision des relations de travail qui met la table à une précarisation encore plus poussée pour les travailleurs de la classe moyenne.

Les grands systèmes nuisent aux citoyens: l'ADQ prétend que les intérêts des grands systèmes (santé, éducation) priment sur ceux des citoyens. La privatisation des services publics préconisée par Mario Dumont n'aura pour conséquence que de remplacer les systèmes actuels par d'autres plus tatillons et plus coûteux. Comment appliquer, sans créer une nouvelle structure administrative vorace d'information personnelle et de contrôles, des bons d'éducation dont la valeur sera établie en fonction de chaque individu, en fonction de la région où il réside, et variable selon l'évolution de la démographie? Le ministère de l'Éducation devrait mettre en place un système d'évaluation des écoles et un système d'information sur les écoles pour permettre aux parents de faire un choix éclairé. Sans parler du transport scolaire.

Il en est de même, mais en pire, pour la santé. En encourageant le développement d'une médecine privée à côté de la médecine publique, l'ADQ nous prépare un bel enfer bureaucratique, et ce, comme le démontrent toutes les études sérieuses, sans réduire les listes d'attente (un autre mensonge adéquiste). Cette bureaucratie, ce sera celle des compagnies d'assurances privées, qui prendraient le relais de l'assurance-maladie publique lorsque quelqu'un décidera de payer pour se faire soigner. La bureaucratie des assureurs privés est tentaculaire et tatillonne, et coûte, en frais administratifs, le double de l'assurance publique.

Pour bien comprendre le catalogue des apprentis sorciers adéquistes: ADQ, à droite toute, un ouvrage collectif bien documenté, avec références aux expériences étrangères et bibliographie, publié sous la direction de Jean-Marc Piotte, chez HMH.

Michel Venne est directeur de L'annuaire du Québec, chez Fides.

vennem@fides.qc.ca.


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