Portrait - Fusionner pour mieux régner

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Claude Turcotte
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 mars 2003

Mots clés :

La fusion des trois caisses d'économie Hydro a permis la création d'une institution dont l'actif atteint 95 millions

Sylvie Soulard, directrice générale de la Caisse d'économie Desjardins Hydro, explique que la fusion a permis de renforcer les liens et de dégager une unité d'action auprès de tous les employés d'Hydro-Québec.

Photo: Jacques Grenier

Pendant le long débat qui a précédé la création d'une fédération unique au Mouvement Desjardins, il y a eu un courant de résistance au sein de la Fédération des caisses d'économie. Certains soutenaient alors que les caisses d'économie allaient y perdre leur âme. Mais cela n'a certainement pas été le cas des sociétaires des trois caisses d'économie des employés d'Hydro-Québec.

En plus de la création de cette fédération unique chez Desjardins, il y a eu deux autres fusions. Les caisses d'économie Hydro de Saint-Jérôme et de Québec, toutes deux fondées en 1964, ont d'abord uni leurs forces, et il a ensuite fallu une année de négociations pour compléter, le 1er avril 2002, la fusion avec la plus grande des trois, soit celle de Montréal, qui a quant à elle vu le jour en 1957. La Caisse d'économie Desjardins Hydro, désormais son nom officiel, a ouvert ses nouveaux livres avec un actif de 95 millions, des prêts de 84 millions, des dépôts de ses membres de 79 millions et un volume d'affaires de 187 millions.

À la fin de l'année 2002, soit neuf mois plus tard, cette même caisse avait enregistré une croissance de 14 % de son actif, de 16 % de ses prêts et de 11 % des dépôts et de son volume d'affaires, qui atteignait alors 208 millions. En fusionnant, ces trois entités ont formé une nouvelle institution qui compte maintenant parmi les dix caisses d'économie Desjardins les plus importantes.

Sylvie Soulard, directrice générale de cette caisse, explique que la fusion a permis de renforcer les liens et de dégager une unité d'action auprès de tous les employés d'Hydro-Québec. Avant la fusion, les trois caisses étaient jusqu'à un certain point en concurrence.

Au service des retraités

La Caisse d'économie Desjardins Hydro a son bureau principal au siège social d'Hydro-Québec, à Montréal, et des succursales à Saint-Jérôme et à Québec. Elle vient en outre d'ouvrir à Montréal une succursale spécialisée en services financiers pour la retraite, un positionnement tout à fait stratégique dont Mme Soulard a eu l'idée et qui pourrait sans doute servir de modèle pour d'autres caisses et institutions financières.

En fait, les 20 000 employés d'Hydro-Québec constituent un formidable bassin de clients, notamment en ce qui concerne le marché des retraités. On compte actuellement 10 000 Hydro-Québécois retraités. En outre, d'ici deux ans, 3000 employés prendront leur retraite; dans dix ans, ils seront 8000 à l'avoir fait. La moyenne d'âge des employés de cette société d'État est présentement de 47 ans et le salaire moyen est de 50 000 $. Un employé qui a 30 ans de service reçoit 70 % de son salaire une fois à la retraite. «Tous les employés d'Hydro sont des gens bien informés et très sollicités», note Mme Soulard, dont l'objectif est de conserver au moins 15 % des 3000 employés qui prendront bientôt leur retraite.

Il va sans dire que toutes les institutions financières manifestent un vif intérêt pour cette clientèle. C'est particulièrement le cas au centre-ville de Montréal, où la concurrence est très forte, d'où le plan d'attaque mis en avant par Mme Soulard, qui bénéficie de l'appui de la haute direction de l'entreprise et des cinq syndicats à Hydro-Québec. Il faut que l'employeur ait la volonté de contribuer, souligne Mme Soulard, puisqu'il a un représentant au conseil d'administration de la caisse et que sa collaboration est nécessaire pour l'utilisation de locaux qui lui appartiennent afin de tenir des réunions avec les retraités et ceux qui le deviendront bientôt.

Pour sa première année, la succursale spécialisée pour la retraite cible son offensive sur 20 endroits ou bâtiments où se retrouvent les plus fortes concentrations d'employés d'Hydro-Québec partout sur le territoire. Sur les 20 000 employés, on en trouve 14 000 dans la région montréalaise, dont 2000 au siège social; il y en a 6000 en région, dont 2000 à Québec. D'ici quelques mois, la caisse aura développé un site Internet qui permettra de maintenir un lien constant et rapide avec toute la clientèle. Mais d'ores et déjà, la caisse profite de la ligne directe d'Hydro-Québec pour rejoindre ses 10 000 sociétaires.

Avec cette succursale pour les retraités qui a ouvert ses portes il y a deux semaines, la caisse n'offre pas des produits financiers différents de tous ceux qui sont disponibles ailleurs. On compte plutôt sur le travail de quatre experts-conseils en planification financière, en préparation à la retraite et en diversification de portefeuille. «Ce sont des conseillers qui ne sont pas payés à commission afin qu'ils puissent garder leur objectivité», ajoute Mme Soulard. Il s'agit en somme d'offrir le produit qui convient le mieux à chacun, d'où le slogan accrocheur suivant: «On s'occupe de vous comme personne». En d'autres mots, prendre le temps d'écouter la personne, ce que les retraités recherchent souvent.

Peut-être encore plus que la plupart des retraités, ceux d'Hydro-Québec forment une grande famille. Ils aiment se retrouver ensemble pour causer, faire des voyages ou jouer aux cartes. La caisse d'économie veut donc créer des lieux de rencontre afin que les retraités se sentent chez eux, pour y parler notamment de la retraite, de santé, d'impôts, de succession et, bien sûr, de produits financiers. Consulter un fiscaliste privément peut coûter cher; la caisse peut offrir un service comparable à moindre coût en y regroupant une cinquantaine de personnes. Même chose pour la santé, en collaboration avec des services gouvernementaux.

C'est de toute évidence une formule de marketing séduisante et qui arrive au bon moment, c'est-à-dire à quelques années de la grosse vague des baby-boomers à la retraite. Mme Soulard avoue avoir préparé cette façon de faire en consultation étroite avec des retraités et avec l'appui unanime de son conseil d'administration.

Et l'embauche

Par ailleurs, elle pense au marché de l'embauche, car il faudra remplacer ceux qui partiront. Elle souhaite établir un bel équilibre entre les jeunes et nouveaux membres et les plus âgés qui, à leur retraite, seront ou deviendront membres de la caisse.

Cette directrice générale qui travaille au sein du Mouvement Desjardins depuis 25 ans est originaire du Bas-Saint-Laurent. Elle a commencé sa carrière à l'âge de 20 ans comme caissière à temps partiel, puis a été conseillère aux prêts avant de se spécialiser en ressources humaines. C'est d'ailleurs son expertise en ce domaine qui l'a menée à la Caisse d'économie Hydro de Montréal, il y a huit ans, alors que le personnel syndiqué était en grève et que la caisse ne connaissait pas de développement. Il y a quatre ans, elle est devenue directrice générale.

Dans le grand débat sur la création d'une fédération unique chez Desjardins, la Caisse d'économie Hydro favorisait l'option proposée par le Mouvement, laquelle a été finalement acceptée par tous. Avec la fédération unique est venue l'uniformisation des taux d'intérêt, des produits et des salaires pour les employés. Pour les 35 employés de la Caisse d'économie Hydro, cela a signifié une augmentation de 60 000 $ de la masse salariale, qui est maintenant de 1,3 million. «C'est une motivation», souligne Mme Soulard.


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