Santé: La peste des poisons

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Carole Vallières
Édition du samedi 22 et du dimanche 23 février 2003

Mots clés : pesticides, pollution

Il y a des conjonctures parfois, c'est étonnant. C'est peut-être les astres? La synchronicité chère à Carl Gustav Jung? Ou bien c'est soi-même; tout à coup, on prend conscience, et tout nous parle de cette nouveauté...

Quoi qu'il en soit, je me suis retrouvée avec une avalanche d'études et donc d'information circulant sur Internet à propos des pesticides que nous hébergeons à notre insu. Vous n'aimerez pas savoir à quoi ça ressemble à l'intérieur de nos jolis corps après ça! Ça ne doit pas être rose...

D'abord, l'histoire révélée par Karla Étienne, la rédactrice en chef du webzine EnJeu. Une femme qui mange des aliments biologiques depuis 20 ans a constaté la présence de 85 produits toxiques dans son corps... Le maquillage, la pollution atmosphérique, les pommes cirées, tout ce à quoi vous pensez, ce ne sera pas assez. Nous vivons dans un monde empoisonné. C'est le progrès, c'est la science qui ont amélioré nos vies. Les Américains appellent ça des hazards.

D'autres chercheurs américains sont ensuite allés dans une école maternelle à Seattle et ont demandé à des parents de donner des aliments biologiques à leurs enfants pendant trois jours. Ils avaient un groupe témoin, ils ont recueilli les pipis de tous les enfants, bio et pas bio. Ils sont allés faire l'inventaire de l'utilisation des pesticides dans chacune des 39 maisons. Le résultat est celui que vous imaginez en me lisant: dans leur urine, les enfants bio avaient de six à neuf fois moins de contaminants que les autres. On testait seulement cinq pesticides. L'une des conclusions de l'étude, c'est qu'en choisissant des légumes, des fruits et des jus de fruits biologiques, on réduit l'exposition des enfants aux pesticides -- c'est un choix relativement simple, disent les chercheurs.

Le réseau Proteus, qui rapportait aussi les conclusions de cette étude, ajoute que si on ne peut pas acheter bio parce que c'est trop cher ou non disponible, on évite les fruits et légumes comme le cantaloup, les pois verts, les poires, les fraises, les tomates du Mexique, les courges d'hiver... Ce sont ces aliments qui contiennent le plus de pesticides.

Ça m'a fait penser à cette autre étude de l'école de médecine du Mont Sinaï, à New York. Chez neuf personnes testées, on a trouvé 167 produits toxiques, dont 76 connus pour causer le cancer, 94 qui dérangent le cerveau et 79 liés à des malformations congénitales. Les chercheurs ajoutent ceci: les dangers d'exposition à ces produits toxiques combinés n'ont jamais été étudiés. C'est la première fois qu'on cherche à connaître les effets de la pollution sur un individu à ce niveau de détail-là, ajoutent-ils. Et on ne peut pas pousser plus loin pour l'instant: les compagnies de produits chimiques ne donnent pas d'information sur les conséquences environnementales, pas plus que sur les effets potentiels sur la santé.

Et on s'imagine qu'ils exagèrent, ce comité permanent de l'environnement et du développement durable de la Chambre des communes à Ottawa, ce groupe de réflexion sur les pesticides en milieu urbain, mandaté par Québec, qui disent unanimement la même chose: il faut sévir, c'est dangereux. Mais nous, aussi longtemps qu'on n'est pas malade -- et encore --, aussi longtemps qu'on ne fait pas la démonstration d'un lien hors de tout doute entre la maladie qu'on a et le poison qui nous l'a donnée depuis 20 ans... On fait l'autruche. C'est plus simple, c'est moins angoissant. Ça prend moins de temps, ça coûte moins cher.

Pendant ce temps, tout ce qu'on peut faire, c'est limiter les dégâts. Ou alors on devient militant. Mais quand on pense à tous les cris entendus pour l'étiquetage des OGM, on se dit qu'il en faudra, des pressions! On mobilise le monde entier pour avoir 150 000 Montréalais au square Dominion contre la guerre en Irak; imaginez pour les OGM!

Je ne choisis pas les OGM au hasard, vous pensez bien. Les OGM ont un lien très étroit avec les pesticides, c'est même leur première raison d'être. Ce n'est pas un succès, mais ça n'empêche pas les promoteurs de dire: attends, t'as pas tout vu. Et je le sais bien qu'on n'a pas tout vu, c'est bien ce qui m'inquiète.

Ajoutez à ça Greenpeace qui affirme que les bébés non allaités, au cours de ces six premiers mois cruciaux de leur vie, consomment généralement des préparations pour nourrissons qui contiennent des OGM... Les pesticides prendront la relève dès la purée de carottes! Mais vous êtes chanceux, il y a maintenant des purées bio.

Les pesticides sont des poisons, ils sont conçus pour tuer des organismes vivants. Ils ne nous tuent pas tout de suite, mais on sait qu'ils sont liés à des problèmes de santé. La fécondité des hommes, l'appétit sexuel, les cellules du système nerveux, la mémoire, les maux de tête, les troubles digestifs, les problèmes de peau, tout ça est documenté. Ce n'est pas pour rien que partout dans le monde, les États tentent de réduire l'utilisation de ces poisons hautement toxiques et qui, en plus, restent longtemps dans l'environnement et s'accumulent dans les tissus adipeux.

Moi, c'est cette semaine que j'ai l'impression de me réveiller. Mais le cauchemar, c'est les yeux ouverts qu'il faut le vivre.

Le portrait le plus complet sur les pesticides au Canada:
http://www.parl.gc.ca/InfoComDoc/36/2/ENVI/Studies/Reports/envi01/04-toc-f.html

La Coalition pour une alternative aux pesticides:
http://www.cap-quebec.com/accueil.html

L'effet de la pollution sur notre santé:
http://www.ewg.org/reports/bodyburden/


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