La Maison-Blanche fait fi des manifs

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AFP , AP
Édition du lundi 17 février 2003

Mots clés : antiguerre, guerre, bush

Paris et Washington calment le jeu, tandis que l'OTAN sort de l'impasse

Le caractère  distinct du Québec s'est manifesté une fois de plus samedi lors de la marche pacifiste contre la guerre en Irak. Quelque 150 000 personnes ont bravé le froid mordant qui glaçait l'air montréalais pour s'opposer à une intervention militaire au Moyen-Orient. En comparaison, ils étaient 10 000 à Toronto et 20 000 à Vancouver.

Photo: Patrick Sanfaçon

Washington/Bruxelles -- Refusant de se laisser «ébranler» par la vague de fond antiguerre qui s'est manifestée ce week-end dans le monde, y compris aux États-Unis, Washington a maintenu la pression hier sur l'Irak sans abandonner l'idée d'une seconde résolution à l'ONU pour désarmer Saddam Hussein.

Parallèlement à Bruxelles, l'OTAN parvenait finalement tard hier soir, après une semaine de blocage aigu, à un compromis sur le principe d'une aide militaire préventive à la Turquie en cas de guerre en Irak.

Dans une entrevue dans le dernier numéro du magazine américain Time, le président Jacques Chirac tente par ailleurs de calmer le jeu face à Washington en se présentant en ami des Américains et en «supporter de la solidarité transatlantique».

Interrogée hier sur les gigantesques manifestations antiguerre qui ont mobilisé des millions de personnes à travers le monde et aux États-Unis, la conseillère du président Bush pour la sécurité, Condoleezza Rice, a réfuté sur les ondes de la chaîne Fox l'idée qu'elles puissent «ébranler les États-Unis».

«Il serait totalement faux de dire cela», a-t-elle affirmé. «Il faut maintenir la pression sur Saddam Hussein», a ajouté Mme Rice, déplorant que les divisions, notamment diplomatiques, «fassent le jeu» de Bagdad.

«Nous sommes dans une fenêtre diplomatique, mais cela ne peut pas durer encore très longtemps», a-t-elle déclaré. Elle a déclaré qu'il ne fallait pas perdre de vue la nature du pouvoir de Saddam Hussein, qu'elle a qualifié de «tyran». «Les gens ont le droit de manifester, mais ce n'est pas le cas à Bagdad» où «on coupe la langue des gens qui disent ce qu'ils pensent.»

Chirac offre une porte de sortie à Bush

Pour preuve de sa «solidarité transatlantique», M. Chirac n'a pas hésité dans son entrevue au Time à rejoindre Londres et Washington en invitant à son tour le numéro un irakien à quitter le pouvoir. «Si Saddam Hussein pouvait disparaître, ce serait certainement le meilleur service qu'il pourrait rendre à son peuple et au monde.»

Toutefois, s'il dément tout anti-américanisme de la part de la France, qui «n'est pas un pays pacifiste», M. Chirac est resté ferme sur le fond du dossier irakien.

Une guerre aurait des conséquences «considérables» et créerait «des vocations pour un grand nombre de petits Ben Laden», a-t-il dit.

Et il a récusé l'idée d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies que réclame toujours Washington. «Nous sommes dans le cadre de la résolution 1441, poursuivons.»

Cependant, si les inspecteurs constataient «des blocages de la part de l'Irak», il reviendrait au Conseil de sécurité de «prendre sa décision». Et, dans cette hypothèse, la France n'exclut «naturellement aucune option», réaffirme Jacques Chirac.

Le président français est allé jusqu'à saluer le rôle prépondérant des États-Unis pour amener Bagdad à mieux coopérer avec l'ONU. M. Chirac fournit, à sa manière, une sorte d'argumentaire à M. Bush pour lui permettre de faire machine arrière sur la guerre sans perdre la face. Le président américain pourra dire que c'est «grâce à [son] intervention que l'Irak a été désarmé» et qu'il l'a fait «sans faire couler le sang».

Tout en réaffirmant son opposition à l'axe Paris-Berlin, Mme Rice a elle aussi fait un petit effort pour calmer le jeu entre les deux capitales, déclarant que Washington continuait de discuter «avec les Français, avec nos amis et alliés». «Nous n'avons pas besoin de laisser cette crise devenir une bagarre de rues entre Français et Américains», a-t-elle affirmé.

La bagarre risque néanmoins de se poursuivre: Washington, a-t-elle répété, souhaite toujours une deuxième résolution au Conseil de sécurité.

Mais uniquement, a-t-elle dit, si ce texte «montrait cette fois très clairement que le Conseil veut appliquer la résolution 1441», adoptée le 8 novembre dernier pour contraindre l'Irak à désarmer.

Selon le New York Times, Washington veut soumettre l'Irak à une série de tests afin d'évaluer dans les quinze prochains jours la volonté de Saddam Hussein de désarmer, et devrait présenter dès demain un projet de résolution devant le Conseil de sécurité de l'ONU autorisant le recours à la force militaire.

Dénouement à l'OTAN

Après une semaine de blocage créé jusqu'à la dernière minute par la Belgique, l'OTAN a finalement approuvé le principe d'une aide militaire préventive à la Turquie en cas de guerre en Irak.

En début de semaine, la France, la Belgique et l'Allemagne avaient opposé leur veto à cette proposition au motif qu'elle inscrivait l'OTAN dans une «logique de guerre» et qu'elle préjugeait de décisions n'appartenant qu'au Conseil de sécurité de l'ONU.

Grâce au compromis trouvé au siège de l'Alliance atlantique à Bruxelles, le Comité des plans de Défense, auquel la France ne participe plus depuis 1966, a approuvé l'aide préventive, tout en disant «continuer de soutenir les efforts des Nations unies dans la recherche d'une solution pacifique à la crise».

Dans un communiqué commun diffusé peu après l'annonce du compromis, Paris, Bruxelles et Berlin ont d'ailleurs souligné que cette décision «ne préjuge en rien des efforts en cours» à l'ONU pour un règlement pacifique de la crise irakienne, notant que toutes les alternatives n'ont pas été pleinement exploitées.

Chacun a donc trouvé chaussure à son pied dans cet accord: d'un côté, le trio peut se satisfaire du fait que l'OTAN ne s'engage pas explicitement dans une «logique de guerre». De l'autre, les États-Unis et plusieurs autres pays ont triomphé dans leur défense du principe qui veut qu'on ne peut lier les décisions de l'Alliance atlantique à celles d'une autre institution internationale.


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