Ferveur pacifiste
Mots clés : antiguerre
Des manifestations d'une ampleur sans précédent ont eu lieu samedi dans quelque 600 villes à travers le monde, afin de dire non à la guerre en Irak. Jamais depuis le mouvement contre la guerre au Vietnam, dans les années soixante, et encore, n'avait-on vu un tel déferlement humain. Unis dans leur opposition à une intervention militaire américaine unilatérale, des millions de citoyens tentent ainsi de faire pression sur leurs gouvernements afin qu'ils résistent aux appels de George W. Bush.
Les manifestants représentaient dans la plupart des villes un large éventail de la population. Si le mouvement contre la guerre au Vietnam fut celui d'une génération, du moins jusqu'au retour des soldats américains qui ébranlèrent leurs parents restés jusque-là fidèles à leur gouvernement, celui qui prend forme avec une force grandissante contre la guerre en Irak, est beaucoup plus diversifié. Pour l'instant, cette diversité ne compromet aucunement l'unité de l'opposition. Le vrai test viendra plus tard, peut-être, si jamais le Conseil de sécurité donne son aval à une intervention militaire. Par exemple, ici même, plusieurs groupes ont déjà fait savoir qu'ils n'accordaient aucune légitimité à l'ONU. Mais cette position n'est pas généralisée.
Pour l'heure cependant, la première question qui se pose nous ramène aux gouvernements qui appuient Bush et dont les électeurs ont fait savoir samedi qu'ils s'opposaient massivement à cet appui. Que feront les dirigeants anglais, italien, espagnol face à cette profonde déconnexion entre leurs choix et ceux de leurs citoyens? Enfin, par-dessus tout, il faut se demander si les pacifistes peuvent faire bouger Washington. Les Américains sont eux-mêmes chaque jour plus critiques envers leur président. Mais il est encore trop tôt pour verser dans l'optimisme. Hier, Condoleezza Rice, la conseillère du président pour la sécurité, est restée de glace, continuant d'afficher la ligne dure.
pdrivières@ledevoir.ca

