Blix tient tête à Powell
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Bush continue de menacer l'Irak. L'Amérique et la «vieille Europe» croisent le fer au Conseil de sécurité

Photo: Agence France-Presse
Le secrétaire d'État américain Colin Powell a dit au cours de son intervention que l'objectif de la résolution 1441 «ne concerne pas les inspections» mais bien le «désarmement de l'Irak», désarmement qui, à ses yeux, ne se fait pas.
Il a affirmé que le Conseil de sécurité devait être prêt à examiner «dans un avenir très proche» de possibles «graves conséquences» pour l'Irak de son refus de se conformer aux décisions de l'ONU. «À ce jour, nous n'avons pas constaté le niveau de coopération attendu» de la part de Bagdad, a déclaré le chef de la diplomatie américaine en accusant l'Irak d'utiliser des «subterfuges» pour tromper la communauté internationale.
Interrogé sur le temps qu'il reste avant qu'une décision ne soit prise, M. Powell a répondu qu'il s'agit d'une affaire de «semaines». Lors d'une entrevue sur CNN, il a toutefois indiqué que Washington va continuer de discuter de l'Irak à l'ONU.
M. Blix avait mis en doute plusieurs points de l'exposé présenté par le secrétaire d'État américain le 5 février devant le Conseil de sécurité, notamment en matière de déplacement de matériel suspect. «En fait de mouvement de munitions sur ce site, il peut aussi bien s'agir d'une activité de routine que d'un mouvement de munitions prohibées à l'approche d'une inspection imminente», a dit M. Blix. «Depuis que nous sommes arrivés en Irak, nous avons mené plus de 400 inspections couvrant plus de 300 sites, a également soutenu M. Blix. Toutes les inspections ont été effectuées sans préavis, et l'accès a été presque toujours fourni rapidement. Dans aucun cas nous n'avons vu de preuve convaincante que la partie irakienne savait d'avance que les inspecteurs allaient arriver.» Et il a souligné que la coopération de Bagdad avait progressé ces dernières semaines, notamment en matière d'accès aux scientifiques irakiens et d'utilisation d'avions U2.
«Une autre question -- très significative -- est que l'Irak n'a pas rendu compte de nombreux armements prohibés et de matériel, a cependant relevé Hans Blix. S'ils existent, ils doivent être présentés pour être détruits. S'ils n'existent pas, la preuve doit en être présentée. L'Irak a raté l'occasion de fournir du matériel et des preuves nécessaires pour répondre à ces questions. C'est peut-être le problème le plus important auquel nous faisons face.» M. Blix a également confirmé que l'Irak possède des missiles d'une portée supérieure à celle autorisée.
Mohamed el-Baradeï, pour sa part, a dit que «nous n'avons à ce jour découvert aucune preuve d'activité nucléaire ou d'activité liée au nucléaire interdite en cours en Irak. L'expérience de l'AIEA en matière de vérification nucléaire prouve qu'il est possible, particulièrement avec un système intrusif de vérification, d'évaluer la présence ou l'absence d'un programme nucléaire, même sans la coopération totale des autorités du pays inspecté.»
Peu après la réunion du Conseil de sécurité, le président Bush a lui-même affirmé, dans un discours prononcé à Washington au siège du FBI, que Saddam Hussein sera désarmé «d'une façon ou d'une autre». Le président américain, à cette occasion, a affirmé que la lutte contre le terrorisme concerne autant le démantèlement de l'organisation terroriste al-Qaïda que le désarmement de l'Irak.
Les États-Unis sont apparus en minorité hier à l'ONU, où la plupart des 15 membres du Conseil de sécurité se sont dits en faveur d'une poursuite des inspections. La France, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil et à ce titre détenteurs d'un droit de veto, ont appelé à la poursuite des inspections, tout comme l'Allemagne, le Cameroun, le Mexique, le Chili, la Syrie, l'Angola, la Guinée et le Pakistan. La Grande-Bretagne et l'Espagne sont les deux seuls pays à avoir appuyé les États-Unis.
Devant l'impasse persistante au Conseil de sécurité, aucune nouvelle résolution autorisant explicitement le recours à la force contre l'Irak n'a été présentée, résolution dont des sources britanniques, italiennes et espagnoles ont laissé entrevoir la possibilité au cours des dernières semaines. La Russie et la France ont indiqué qu'elles se réservent le droit d'utiliser leur droit de veto pour bloquer une telle résolution. Après une nouvelle réunion à huis clos du Conseil de sécurité hier, Colin Powell a cependant déclaré que Washington continuera de débattre d'une éventuelle résolution autorisant l'usage de la force contre Bagdad.
Le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, a prononcé un discours qui a pris la forme d'un plaidoyer en faveur du processus onusien et qui lui a valu des applaudissements nourris dans une enceinte pourtant réputée pour son sens de la retenue.
Dans une réponse aux récents propos de Donald Rumsfeld, le ministre de la Défense des États-Unis, qui avait accusé la France et l'Allemagne d'appartenir «à la vieille Europe», M. de Villepin a conclu son intervention au nom «d'un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe, [qui] se tient debout face à l'histoire et devant les hommes». «Aujourd'hui, a-t-il dit, ce vieux pays, ce vieux continent n'a pas peur. Il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale.» M. de Villepin a demandé que se tienne le 14 mars prochain au niveau ministériel une nouvelle séance du Conseil de sécurité destinée à «évaluer la situation» sur l'Irak.
Selon le calendrier établi par le Conseil de sécurité, MM. Blix et el-Baradeï doivent présenter tous les 15 jours un rapport sur les inspections, en général au niveau des ambassadeurs. Le ministre français des Affaires étrangères a estimé qu'il «y a une alternative à la guerre: désarmer l'Irak par les inspections». «L'usage de la force ne se justifie pas aujourd'hui» et, «de plus, un recours prématuré à l'option militaire serait lourd de conséquences», a-t-il déclaré.
Peu avant la réunion de l'ONU, le président Saddam Hussein avait fait une concession de dernière minute en annonçant l'interdiction par décret des armes de destruction massive dans son pays.

