Santé: Une étoile est née... bordel!

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Carole Vallières
Édition du samedi 08 et du dimanche 09 février 2003

Mots clés :

Sylvie Desrosiers n'a pas peur des émotions fortes. Elle plonge. Elle est écrivain, elle écrit: le plus beau mot de la langue française, c'est «négatif». Comme dans «c'est négatif, madame» lorsque vous allez chercher le résultat d'une biopsie.

Ce coup-là, notre auteur appréciait le mot «négatif» après avoir vécu le calvaire du résultat positif pendant plusieurs mois, au cours desquels elle s'est aussi faite journaliste pour aller à la rencontre de celles qui, comme elle, ont développé un cancer du sein. Scénariste, elle théâtralise son aventure à travers le jeu de l'oie pour supporter l'inconnu, pour donner le contrôle... au hasard qu'elle imagine.

Elle vient de publier un livre si franc qu'en le refermant, j'ai connu une vraie panique. Je me pensais protégée par ma soeur, qui est morte des suites du cancer du sein. La fable : une par génération, ce n'est pas moi... s'est évaporée en lisant ses histoires de soeurs qui se faisaient traiter en même temps, chacune avec leur cancer. Puis je me suis demandé, terrorisée, si j'avais peur de la maladie ou de notre système de soins, les deux ensemble ou séparément?

On devrait publier une page de journal avec les noms des femmes connues qui ont hébergé une étoile en leur sein. Sur le modèle des Françaises qui avaient assumé publiquement leur avortement. On aurait des surprises... Et peut-être qu'en fouillant, comme l'a fait Sylvie Desrosiers, on finirait par comprendre ce que ces femmes ont en commun, en dehors d'une cellule difforme et gourmande.

Car dans Le Jeu de l'oie, il est question du sentiment de culpabilité, du peu de cas que l'on fait de ses besoins à soi et, par conséquent, de la négligence de notre vie intérieure qui se résume par : je donne trop. La culpabilité qui nous ronge, comme le cancer qui nous ronge... excusez-moi, je ne peux pas m'empêcher de me demander s'il y a un lien. D'autant plus que le lendemain de ma lecture, je reçois le manuscrit d'un infirmier qui démontre sur 50 pages que le cancer est... psychosomatique. Le résultat d'une bataille intérieure, d'un conflit psychique non résolu, d'attitudes de vie.

Ne hurlez pas si fort, je vous entends. Si tout le monde qui vit un conflit psychique avait le cancer, resterait-il quelqu'un de sain? On se sent déjà assez coupable de même, n'en jetez plus! Je sais. C'est sans doute la dernière chose qu'on veut entendre quand on a un cancer, que ça peut être psychosomatique. Allez vous faire voir, c'est mon corps qui a mal. Soignez mon corps et pas d'invasion dans mon âme, voulez-vous. Une agression à la fois, et mêlez-vous de vos affaires.

D'accord, d'accord, il faut se répéter qu'on a fait le mieux que l'on pouvait. Mais je soulève simplement que plusieurs personnes de bonne foi, avec les meilleures intentions, essaient de lier le corps et l'esprit face à la maladie. Il y a un courant de gens de bonne volonté qui cherchent des solutions spirituelles et psychiques au cancer : ce sont parfois des chercheurs ou ce sont des moines tibétains et leur cohorte de guides autoproclamés qui affirment que le pouvoir du mental peut restaurer la santé... Ce ne sont pas des médecins spécialistes du cancer, et ce sont ces médecins qui ont les capacités concrètes et reconnues pour nous aider.

Pourtant, c'est vous-même qui le dites, il faudra finir par être considéré comme un être humain malade, pas comme un morceau de corps débilisé. Mais comment faire ça, ah la la, comme faire ça? Ajouter à la médecine (et non remplacer) les soins de l'âme? Aller voir comment apaiser nos rancoeurs, nos désirs de vengeance, nos souffrances passées... apprendre comment trouver la paix en soi? Comme nécessaire complément à la médecine ?

En attendant, oui, les malades ont droit à de la compassion, de la considération, du respect pour leurs émotions. Sans aucun doute, et plus encore. Les malades ne devraient pas avoir de problèmes d'argent en même temps que les traitements -- je sais pas, moi, comment se fait-il qu'il n'y ait pas une caisse de l'assurance-cancer, alors que le cancer est la maladie du siècle? Ou pourquoi l'assurance-maladie n'a-t-elle jamais considéré cet aspect de l'aide financière à assurer aux malades qui n'ont pas de syndicat, ou d'assurances ou... il y a des gens qui n'ont pas droit à l'aide sociale, ni à l'assurance-chômage, que la maladie peut ruiner... parlez-moi d'un stress, quand on est aux prises avec une maladie mortelle! Tumeur, tu meurs, faut-il absolument que tout s'écroule en même temps?

Et puis... le mot cancer est devenu cette épouvante incarnée, comme autrefois le mot peste... Le cancer est si affolant, alors que nous avons de meilleurs traitements? La peur de la mort, certes, n'est pas légère... C'est là que la foi en quelque chose peut être d'un grand secours... Retour aux Tibétains!

- Lire: Sylvie Desrosiers, Le Jeu de l'oie, La Courte Échelle. Chaque vente procurera 1 $ à la Fondation québécoise du cancer, http://www.fqc.qc.ca.

- Le manuscrit de l'infirmier: poliquinp@videotron.ca.


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