Procès de neuf Hells Angels - La Couronne expose la preuve qu'elle entend faire
Mots clés :
Les Hells Angels Nomads et leur filiale des Rockers opéraient comme de véritables entreprises, avec un système de promotion au cas par cas, des règles de conduite strictes, un grand respect des rapports hiérarchiques et un insatiable appétit pour le profit. Sauf que le business consistait à vendre de la drogue, toujours plus de drogue, dans une stratégie monopolistique qui laissait à la concurrence une toute petite place à la morgue.
Il s'agit de Richard Mayrand (membre des Nomads), de Luc Bordeleau et de Bruno Lefebvre («prospects» des Nomads), de Sébastien Beauchamps, d'André Couture, d'Éric Fournier et de Sylvain Moreau (Rockers), d'Alain Dubois et de Ronald Paulin (retraités des Rockers). C'est du moins le statut que leur attribue le ministère public. L'exposé d'introduction ne constitue pas une preuve, comme l'a rappelé hier le juge Pierre Béliveau au jury composé de huit hommes et quatre femmes. C'est à la Couronne que reviendra le fardeau de prouver chacune des accusations hors de tout doute raisonnable.
Le procès entraînera le jury et le grand public au coeur de la guerre des motards. Selon la théorie de la poursuite, tous les membres des Nomads et des Rockers ont participé à cet effort musclé, entre 1995 et 2001, afin d'éliminer la concurrence dans l'industrie lucrative de la vente de drogue. Les cibles, appelées cyniquement «des canards», comprenaient des membres des Rock Machines (devenus les Bandidos), de l'Alliance, du clan Pelletier et des Palmers, ainsi que des revendeurs indépendants.
«À la différence des compagnies légitimes, [les membres des Hells Angels Nomads et des Rockers] avaient choisi d'arriver au profit par des moyens illégaux», a lancé Madeleine Giauque, procureure de la Couronne. «En d'autres mots, ils ont choisi d'éliminer la concurrence.»
Les membres du gang n'ont pas tous appuyé sur la gâchette, mais ils ont tous participé à l'effort de guerre. À titre d'exemple, chacun d'entre eux versait 10 % des profits de ses activités criminelles dans un fonds commun servant à acquérir des armes, à payer les frais d'entretien du bunker, les honoraires d'avocats et les dépenses de leurs «frères» emprisonnés. Ils échangeaient également de l'information stratégique sur leurs ennemis.
Régnant en maîtres sur cet empire du crime, les Nomads dictaient leurs ordres aux Rockers, qui leur devaient respect, loyauté et obéissance. Les «mononcles» fixaient le prix de la cocaïne: 50 000 $ le kilo et 25 $ le quart de gramme, tandis que les Rockers étaient chargés de faire appliquer ces décisions d'affaires dans le monde interlope.
La Couronne invitera à la barre des témoins repentis (ou délateurs) qui évoluaient au sein de l'organisation, soit Stéphane Gagné, Serge Boutin et Stéphane Faucher. L'ex-membre des Rock Machine Peter Paradis, victime d'une tentative de meurtre, expliquera pour sa part comment il a perdu son territoire de vente aux mains des Hells. L'agent-source Stéphane Sirois racontera comment il a repris contact avec les Rockers pour venir en aide aux policiers, en portant des mouchards lors de ses rencontres avec des membres du gang. Dany Kane a effectué le même genre de travail, mais seuls des enregistrements seront présentés puisqu'il est aujourd'hui décédé. C'est Kane qui a permis aux policiers de capter sept messes des Rockers.
Le procès débute ce matin avec le bilan des perquisitions et saisies réalisées lors de l'opération Printemps 2001.

