La scène du jazz montréalaise perd un pilier: Charles Biddle
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Photo: Le Devoir
Son premier engagement dans une boite du centre-ville nommée Ciro’s tout comme ses débuts dans les clubs de Montréal comme membre du Three Jacks and a Jill, de Vernon Isaac, sont très vite remarqués. Vendeur d’automobiles le jour pendant 18 ans, il multiplie les collaborations musicales le soir, «habillant» pendant de nombreuses années, avec son doigté à la contrebasse, les notes des pianistes Collie Ramsey, Milt Sealey, Stan Patrick ou encore celles du guitariste Nelson Symonds, avec qui il fonde en 1958 la boite à jazz, le Black Bottom. Il partage également à plusieurs reprises au Penthouse l’affiche avec Oscar Peterson, Art Tatum, Charlie Parker ou encore Lionel Hampton avant de se présenter en 1967 devant un auditoire international au Pavillon de la jeunesse à l’occasion de l’Expo 67 aux côtés de John Coltrane, Thad Jones et Pepper Adams.
Musicien passionné et passionnant, Charles Biddle était un fervent défenseur du jazz à Montréal. Un art pour lequel il n’a jamais cessé de se battre en organisant entre autre en 1979 un premier festival de trois jours qui, pour un grand nombre d’observateurs, a ouvert la voie au célèbre Festival International de Jazz de Montréal, dont la réputation aujourd’hui n’est plus à faire.
Deux ans plus tard, c’est au coeur du centre-ville qu’il décide d’ouvrir un club à son nom, le Biddle’s Jazz and Ribs. L’endroit a vu défiler en 20 ans plusieurs grands noms du jazz mais a aussi permis l’émergence de plusieurs jeunes talents. Ces dernières années, avant que la maladie ne le prive de ses forces, Charlie s’y produisait toujours quatre soirs par semaine.
Cette empreinte indélébile laissée sur la scène culturelle montréalaise en particulier et québécoise en général a valu à Charles Biddle d’être honoré le 18 janvier par le prix Calixa-Lavallée, remis annuellement par la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB). Le lendemain, dans sa résidence montréalaise où il est resté cantonné pour des raisons de santé, le jazzman a reçu également l’ordre du Canada. Ces deux cérémonies ont été devancées à la demande de la famille en raison de l’état de santé précaire du musicien.
Devenu citoyen canadien en 2000, ce Québécois d’adoption, qui a toujours salué l’accueil et la tolérance des gens de ce pays, n’a jamais dans sa carrière envisagé prendre sa retraite. «On ne se retire pas de la musique, disait-il. Dieu vous donne un don pour la musique, alors, tant que vous pouvez jouer, vous jouez.»
Le décès de ce grand Montréalais a été annoncé par voie de communiqué émis par sa famille hier en fin de journée. Les détails sur les funérailles seront rendus publics dans les prochains jours.

