Technologie: Inquiétant Palladium
Mots clés : technologie, microsoft, windows
Jamais un concept technologique comme celui que Microsoft se propose d'introduire dans ses prochaines versions de Windows n'a fait couler autant d'encre. Big Brother pour les uns, Palladium est pour d'autres, une innovation technologique impossible à contourner. Mais qu'en est-il vraiment?
Le diable en personne
Selon les défenseurs des questions de vie privée et de confidentialité des données personnelles, Palladium n'est ni plus ni moins que le diable en personne. Il faut dire que plusieurs des caractéristiques de Palladium laissent songeur. Par exemple, en fournissant une plateforme informatique sur laquelle il serait impossible de toucher, modifier ou altérer de quelque façon que ce soit les logiciels, et où ceux-ci communiquent de manière totalement sécurisée avec son éditeur, il est évident que Microsoft s'attaque de front à toute la question de la gestion numérique des droits d'utilisation de ces logiciels. Et je subodore que plusieurs éditeurs applaudissent à cette initiative. Mais en contrepartie, Palladium, ce coquin, s'il est effectivement intégré aux prochaines versions de Windows, pourrait être à la base de toute une censure en ligne.
En effet, certains processus implantés au sein de Palladium pourraient faire en sorte que des documents qu'une décision de justice aurait déclarés illégaux, injurieux, ou portant atteinte à une réputation pourraient être effacés à distance sur votre disque dur sans que vous n'ayez rien à dire. Évidemment, rien ne nous empêche de faire un peu de politique-fiction et d'imaginer des gouvernements qui décident de faire disparaître des documents critiques sur leur administration.
Les éditeurs de logiciels pourraient aussi décider de rendre leurs formats de fichiers impossibles à ouvrir par d'autres logiciels que le leur. Imaginons, par exemple, la situation où Microsoft décide que le format de fichier .DOC ne pourrait plus être lu et converti par d'autres applications. Un petit tour de clé, et hop!, votre document Word est verrouillé, et aucune autre application ne pourrait l'ouvrir.
Logiciels à louer
De même, Palladium sera à même de faciliter la location de logiciels. Location? Tout à fait, c'est d'ailleurs le rêve de nombreux éditeurs de ne pas vous vendre leurs produits, mais plutôt de vous les louer. Vous pourriez ainsi souscrire à un droit d'utilisation d'une année d'un logiciel X. Après cette période, en supposant que vous ne désiriez pas reconduire votre contrat de location, l'éditeur pourrait tout simplement décider de vous empêcher d'utiliser son logiciel, et, par le fait même, vous empêcher d'ouvrir tous les documents que vous avez produits au cours de cette année. Pratique, légitime, mais en même un tantinet irritant si l'éditeur décide de vous empêcher d'ouvrir vos documents. Mais, encore une fois, disons-le, bien que ceci soit théoriquement possible, verrons-nous ce genre de pratique commerciale se matérialiser?
Et que dire de la question des logiciels illégaux? Avec Palladium, ceux-ci pourraient êtres détectés et effacés de votre disque dur sans que vous n'ayez rien à dire ou à faire.
Il y a aussi toute la question de la gestion numérique des droits qui ravira les associations comme la RIAA ou la Motion Picture Association of America. Hypothésons, encore une fois, que vous achetiez un DVD de Sony ou de Disney. Ceux-ci pourraient vous vendre alors un produit qui, théoriquement toujours, pourrait être lu sur une plateforme Palladium mais qui ne pourrait pas être copié. Les maisons de disques pourraient vous refiler des fichiers musicaux que vous ne pourriez pas échanger ou qui vous limiteraient à cinq écoutes consécutives.
Enveloppes brunes
Et parlons donc de l'enveloppe brune, cette façon qu'ont certains journalistes de recevoir des informations «susceptibles d'intéresser votre public». Aujourd'hui, l'enveloppe brune est remplacée en grande partie par le courriel anonyme. Courriel qui contient à l'occasion ces mêmes documents, mais sous forme numérique.
Imaginons que les gouvernements ou une corporation quelconque implantent la plateforme Palladium. Rien n'empêcherait ceux-ci de mettre en place un mécanisme qui proscrirait toute lecture de fichiers issus des ordinateurs de la société ou du gouvernement en question. Adios l'enveloppe brune. Il serait aussi possible de mettre sur un document ou un courriel une date de péremption. Après 120 jours par exemple, disparu le courriel compromettant. Et amuse-toi avec la Loi d'accès à l'information mon lapin, tu ne trouveras jamais ce fameux courriel. Et avant que certains z'amis issus des cabinets ministériels se mettent à applaudir, dites-vous bien que ces fonctionnalités pourraient aussi profiter à ceux que vous traquez.
Par exemple, le crime organisé pourrait aussi en profiter des caractéristiques de Palladium. Imaginez que toute la gestion d'une organisation mafieuse soit sur un ou plusieurs ordinateurs. Avec Palladium, que les corps policiers fassent leur deuil d'avoir accès au contenu des PC. Pour ouvrir et consulter ces fichiers, seule l'accréditation 100 % mafia pourrait en permettre l'accès.
Bref, comme vous pouvez le constater, il y a du bon, mais aussi du terrifiant dans Palladium. Pour l'industrie du divertissement qui mange littéralement ses bas depuis l'arrivée des MP3 et des systèmes d'encodage et de lecture de fichiers vidéos, Palladium est peut-être la solution à leurs problèmes. Il en est de même pour l'industrie du logiciel qui se demande depuis toujours comment enrayer le piratage de progiciels.
Mais pour les simples citoyens, Palladium a le potentiel de transformer son gouvernement ou de puissantes corporations en de très indiscret Big Brother. Et vous, amis lecteurs, Palladium, ça vous dit quoi?
mdumais@ledevoir.com

