Primes au rendement pour les cadres de la santé

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Robert Dutrisac
Édition du jeudi 30 janvier 2003

Mots clés :

Performants ou pas, les directeurs généraux des établissements du réseau se sont partagé 4 % de leur masse salariale

Québec - Que leurs établissements soient déficitaires ou non et performants ou non aux yeux du ministère, les directeurs généraux dans le réseau de la santé ont reçu leur prime au rendement.

Dans le cas des cadres supérieurs et intermédiaires, 60 % du montant de ces primes leur a été versé sans égard à leur rendement personnel ou à celui de leur équipe.

L'an dernier, les directeurs généraux d'établissements de santé -- ce que, dans le jargon bureaucratique, on appelle les «hors-cadres» -- ainsi que les cadres supérieurs et les cadres intermédiaires se sont partagé 4 % de leur masse salariale respective en primes au rendement, soit un total de 23 millions, selon les données fournies par le cabinet du ministre d'État à la Santé et aux Services sociaux, François Legault. Cette somme couvrait les exercices 2000-01 et 2001-02, soit une prime de 2 % pour chacune de ces années. Le ministère avait réservé cette enveloppe de 4 % à cette fin dans le budget des établissements.

«La très grande majorité des directeurs généraux ont eu leur prime», a confirmé le président de l'Association des directeurs généraux de la santé et des services sociaux, Michel Denis. C'est au conseil d'administration des établissements que revient la décision de verser les primes ou non. Pour les cadres supérieurs et intermédiaires, cette décision est prise sur la recommandation des directeurs généraux.

Dans les hôpitaux déficitaires, une condition était fixée pour que les directeurs généraux obtiennent malgré tout une prime: il fallait que leur hôpital ait signé avec le ministère une entente de retour à l'équilibre budgétaire, comme l'exige la loi antidéficit dans le réseau de la santé. Or on sait que ces ententes n'ont pas été respectées.

«Le déficit n'est pas nécessairement lié à la performance du directeur général», a de son côté expliqué Christine Rouleau, directrice de la gestion et du développement de la main-d'oeuvre à la Régie régionale de la santé et des services sociaux de Montréal-Centre.

En 2001, le ministère a commandé un rapport à la firme Groupe-conseil Aon-Rémunération sur «l'application de la bonification au rendement» des cadres et des hors-cadres dans le réseau de la santé. Ce rapport présentait une méthode sophistiquée d'évaluation du rendement, basée sur des «zones de performance et d'amélioration», par exemple la satisfaction de la clientèle et les listes d'attente. Il prévoyait que les primes au rendement pourraient atteindre jusqu'à 10 % du salaire en raison d'un rendement exceptionnel. Il n'est pas rare, dans le secteur privé, que les primes au rendement atteignent 10 %, voire 15 % du salaire d'un cadre.

Puisque le ministère n'avait prévu qu'une somme de 4 % pour les deux années, toute prime plus élevée devait provenir du budget de fonctionnement -- extrêmement serré ou même déficitaire -- de l'établissement. Dans les faits, on s'en est tenu au 2 % par an et on l'a versé à tout le monde, à quelques exceptions près, a expliqué M. Denis. «Ce sont des montants trop petits pour valoir la peine de décevoir des gens pour en récompenser d'autres. À 2 % par année, c'est ridicule», a-t-il dit.

La culture dans le réseau de la santé est réfractaire aux primes au rendement individuelles. «Il y a une culture qui est opposée à cela dans la santé. C'est une formule ridicule», estime Robert Savard, président de l'Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux. Selon lui, le gouvernement devrait commencer par mieux rémunérer en salaire ses cadres de la santé avant de penser à les récompenser. «De toute façon, c'est inscrit dans le système: on distribue les primes à tout le monde», a-t-il fait observer. Le ministère vient amorcer des discussions avec le Conseil du trésor afin de hausser les primes au rendement pour les rendre un peu plus significatives. Il doit informer les établissements du pourcentage global qu'il réservera aux primes au rendement pour l'exercice 2002-03 qui s'achève. «Si c'est 2 %, ça va être vraiment ridicule, estime Michel Denis. Ce n'est pas avec ça qu'on fait virer un réseau de bout en bout.»


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