Opinion

Appel pour un Québec solidaire

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Françoise David, Porte-parole du collectif D'abord solidaires.

Édition du mardi 28 janvier 2003

Mots clés : adq

«Nous voulons casser la morosité»

Notre collectif regroupe une quinzaine de militants soucieux de la montée d'idées de droite au Québec et qui veulent agir dans la sphère politique de façon non partisane. Nous nous sommes regroupés à la suite des élections partielles de juin 2002, qui ont consacré la montée inattendue de l'ADQ, un parti qui fait souffler sur le Québec un vent de droite inquiétant. La dénonciation du «lobby misérabiliste de la pauvreté» par un ministre péquiste nous a indignés; la proposition libérale de geler tous les budgets ministériels, sauf la santé et l'éducation, nous a fait frémir.

Depuis quelques mois se multiplient les débats sur des sujets cruciaux comme le rôle de l'État, la solidarité sociale, le financement des services publics et la place des libertés individuelles. Une élection aura lieu bientôt au Québec et nous devrons trancher entre un Québec mobilisé par la recherche du bien commun ou résigné au repli du chacun pour soi. Pour nous, ce deuxième choix n'en est pas un.

Nous sommes partie prenante des luttes sociales pour le logement, le travail, la sauvegarde des rivières, les garderies, les coopératives, les cuisines collectives. Nous avons scandé «du pain et des roses» en 1995 et «solidarité avec les femmes du monde entier» en octobre 2000. Nous avons manifesté au Sommet des Amériques contre la ZLEA. Nous nous mobilisons contre une intervention militaire des États-Unis en Irak.

Nous voulons casser la morosité et crier haut et fort qu'«un autre monde est possible!»

Oui, possible, ici même au Québec. Même si ici, comme dans le reste du monde, certains tentent de nous convaincre que l'avenir appartient aux entrepreneurs, décideurs qui réussiront sans l'aide des autresÉ ou s'il le faut, en écrasant les autres! Il n'y aurait de salut que dans le repli sur soi et la défense des intérêts particuliers. Nous n'adhérons pas à ces raccourcis dangereux, mais plaidons, au contraire, pour un monde d'interdépendance, et de soutien mutuel. Bref pour un monde solidaire! Nous sommes profondément convaincus que seule la solidarité nous permettra de vivre ensemble égaux, libres et différents.

Le sens du bien commun fout le camp!

Lorsque des associations patronales dénoncent l'amélioration du salaire minimumÉ Lorsque des médecins spécialistes menacent de déménager si le gouvernement refuse d'augmenter leur revenu de 40 %É Lorsque l'industrie agricole se développe au détriment de la santé des cours d'eau, des boisés et de la fauneÉ Lorsque la population d'un quartier s'insurge contre la construction de logements sociauxÉ Lorsqu'une partie de la classe moyenne se dit prête à payer pour être soignée plus rapidement, ouvrant la porte toute grande à une médecine à deux vitessesÉ Il est alors plus que temps de retourner au sens véritable du vivre ensemble, donc, du bien commun!

Le bien commun, c'est la terre, patrimoine commun de l'humanité. C'est le respect des droits fondamentaux inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l'homme, dans les diverses conventions et protocoles internationaux et dans nos chartes québécoise et canadienne. C'est l'ensemble des valeurs, règles et institutions qu'une société se donne pour assurer le bien-être de tous. Le bien commun permet de lutter contre l'exclusion et de retisser les liens sociaux brisés. Il nous appelle à avoir le sens de l'autre, il nous convie à l'engagement pour la justice, l'égalité en droit et en fait, la solidarité et la liberté.

Certains nous proposent de mettre tous nos oeufs dans le panier de la responsabilité individuelle; de considérer l'État comme un mal parfois nécessaire, de remplacer la justice sociale par la charité, la solidarité par le seul intérêt privé.

Nous partageons les critiques souvent justifiées des gens qui en ont assez de la bureaucratie et du copinage dans un certain «Québec inc.» où des réseaux influents se partagent entre eux les pouvoirs économiques et politiques. Nous plaidons pour un État responsable, proche des gens, qui écoute et consulte, qui délègue sans se déresponsabiliser, qui propose, mobilise, facilite la participation des citoyennes et citoyens à diverses collectivités et associations.

Nous refusons de privatiser les services de santé, tel que le propose l'ADQ, de faire de l'éducation une marchandise, de déréglementer le marché du travail, de considérer la culture seulement comme un produit industriel. Nous votons pour des politiques de développement durable, respectueuses de l'environnement, pour un soutien aux familles, pour l'accès de tous à la culture et aux loisirs.

Plus globalement, nous reconnaissons vivre dans une société diversifiée où tous doivent jouir des mêmes droits dans la reconnaissance des différences. Tous les Québécois doivent se sentir acceptés à part entière quelle que soit leur origine. En cette période de débats et de tensions, nous estimons que seule la reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples autochtones peut mener à la signature d'ententes négociées et équitables pour toutes les parties en cause.

Nous voulons vivre dans un Québec ouvert au monde, et d'abord solidaire des peuples des Amériques.

Appel à l'action!

Le collectif D'abord solidaires invite la population québécoise à réfléchir à son avenir à la veille d'élections déterminantes! Et nous nous engageons à soutenir cette réflexion de diverses manières:
- nous analyserons les programmes, plateformes et prises de position de cinq partis politiques (PQ, PLQ, ADQ, UFP et Vert) en nous demandant s'ils renforcent le sens du bien commun au Québec. Nous aurons un site accessible aux internautes voulant appuyer D'abord solidaires et se renseigner sur nos activités. Nous serons présents dans tous les débats publics, dans les médias, dans les assemblées politiques. Nous ferons le tour du Québec d'ici aux élections, suscitant, nous l'espérons, un engouement pour la réflexion politique;
- nous soutiendrons la naissance de collectifs locaux ou régionaux D'abord solidaires, voulant interpeller leurs candidats ainsi que les médias, alerter leur communauté sur des enjeux spécifiques et réfléchir sur les choix possibles lors des prochaines élections.

Nous sommes pour l'heure un petit groupe, un collectif. Si vous embarquez, nous serons bientôt un mouvement! Qui sait jusqu'où nous pourrons aller ensemble?

Ont également signé ce texte: Michèle Asselin, Alexa Conradi, Linda Denis, André Gobeil, Lorraine Guay, Claudette Lambert, François Larose, Marc-André Larose, Véronique Levesque-Arguin, Manon Massé, Esther Paquet, Jean Proulx, François Saillant, Eric Shragge;

Ont appuyé ce texte: Gisèle Ampleman, Gregory Baum, Louise Beaudry, Renaud Beaudry, Sophie Bissonnette, Jacques Bordeleau, Amélie Bouchard, Camil Bouchard, Gisèle Bourret, France Castel, Yasmina Chouakri, Irène Demczuk, Richard Desjardins, Valérie Desrosiers, Louisette Dussault, Marcella Escribano, Philippe Falardeau, Sylvie Ferlatte, Jacques Fournier, Catherine Gadouas, Nathalie Gadouas, Lise Gervais, Mona Greenbaum, Suzanne Guay, Caroline Harvey, Nicole Jetté, Irene Kon, Andrée Lachapelle, Marie-Danielle Lapointe, Hugo Latulippe, Jocelyne Lavoie, Andrée Lévesque, Josephine Mackay, André Melançon, Johanne Nasstrom, Pascale Navarro, Françoise Nduwimana, William Ninacs, André Paradis, François Parenteau, Denys Paris, François Patenaude, Manon Perron, Stephan Reichhold, Monique Richard, Mikaël Rioux, Geneviève Rochette, Michèle Rouleau, Serge Roy, Frédéric Savard, Ana Maria Seghezzo D'Urbano, Marie-Claire Séguin, Linda Sorgini, Tanya Tree, Denis Trudel, Joujou Turenne, Bernard Vallée, Christian Vanasse, Nadine Vincent, Laure Waridel.


Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com