Technologie: Pause défouloir
Mots clés : microsoft
Des commentaires passionnés, chasuble qu'il y en a eu, suite à mon petit coup de gueule de la semaine dernière. Des disciples de la Pomme aux supporters de tonton Billou, en passant par les inconditionnels du Pingouin. Pause défouloir pour permettre aux lecteurs de se vider le coeur, et on revient la semaine prochaine avec Palladium.
D'autres toutefois, fidèles disciples de l'oncle Bill, prophétisant un succès phénoménal, pensent au contraire qu'Office 11 sera le «killer-app» des années 2000 et qu'évidemment, je n'y connaissais rien. Je vous signale que je n'y connais rien non plus aux pichenottes, à la lutte gréco-romaine pratiquée en string (tout en étant enduit d'huile parce que ça fait joli) ainsi qu'à la recette de morue aux fraises avec de la crème chantilly, classique de cuisine lagaffienne. On ne se refait pas.
Des officines
Cependant, entre les deux, outre celui d'un inconditionnel de Word Perfect, plusieurs courriels plus raisonnables par la teneur de leur propos, ne faisaient que constater l'évidence, à avoir de l'inutilité de procéder à une telle mise à jour. Et étonnamment, ces quelques courriels provenaient justement des officines gouvernementales. D'ailleurs, permettez ces quelques commentaires, tous empreints du respect de l'anonymat demandé par l'expéditeur, vaillant travailleur au service de l'État.
«Pour répondre de manière courte à votre question: il n'existe aucune justification pratique et économique d'acquérir les nouvelles versions d'Office. Et j'ajouterai même que ce raisonnement devrait être appliqué depuis Office 97. Absolument rien de ce qui fut ajouté par la suite n'est utile, et utilisé, sauf peut-être par 1 à 3 % des usagers (les producteurs d'applications).»
«Faisant partie au sens large des officines gouvernementales, je ne peux que déplorer le snobisme (ou les pots-de-vin, aux plus hauts niveaux) qui amène des administrations publiques à s'offrir les programmes les plus nouveaux: c'est un gaspillage éhonté de ressources communes. Il est d'ailleurs scandaleux que tous les ordres de gouvernement ne standardisent pas sur OpenOffice par exemple, gratuit et tout à fait suffisant pour 97 % des usagers. Juste au Québec, l'économie des frais de licences prohibitifs imposés par Microsoft permettrait sans doute de réduire sinon faire disparaître les besoins de santé non comblés. Il est difficile d'obtenir des chiffres officiels, mais projetons 200 000 licences Windows à 100 $ annuellement et Office à 200 $/an (en moyenne par poste de travail). On obtient une jolie économie provinciale de 60 000 000 $ en passant à OpenOffice sous Linux. Et nous ne parlons pas des autres provinces ni du gouvernement fédéral. Où est la logique économique là-dedans?»
Je ne vous le fais pas dire, ô très cher anonyme connu de moi-même et de mon chef de section uniquement.
Les pro-Microsoft réagissent
En toute équité, je n'allais quand même pas passer sous silence quelques réactions provenant des inconditionnels de l'oncle Bill. Répondant au curieux sobriquet de «FukkzMaCoSX», ce charmant correspondant, à la plume bien articulée et un tantinet acérée, me faisait parvenir les propos suivants (expurgés de leurs expressions triviales et de leurs quelques phôtes d'ortograffe, il va s'en dire) :
«Vous ne savez pas ce que vous dites dans votre article. Si Microsoft exige que les futurs utilisateurs d'Office 11 passent à Windows XP ou Windows 2000, c'est que les autres Windows ne sont pas sécuritaires. La nouvelle mission de Microsoft, c'est sécurité avant tout. Comment voulez-vous que celle-ci se concrétise si tout le monde demeure sous les anciennes versions de Windows? D'ailleurs, tout le monde parle des problèmes de Windows et d'Office, mais je n'entends jamais rien sur le Mac OS X et encore Linux. Pourtant, le saviez-vous, Linux, supposément plus sécuritaire que Windows, a aussi des problèmes à ce niveau.»
Malheureusement, j'eusse bien aimé vous faire part de propos plusÉ zen dirions-nous, mais sur les sept messages reçus de pro-Microsoft, celui-ci était le plus publiable.
Toutefois, ce coquin de lecteur pose malgré tout de bonnes questions, et nous révèle un fait peu connu, il est vrai, à savoir que Linux n'est pas infaillible, loin de là.
En effet, Microsoft a fait sienne cette philosophie de la sécurité à tout prix, surtout après la surmédiatisation (bien méritée toutefois) de leurs problèmes avec Windows, Internet Explorer ou Office. Tonton Billou lui-même ayant pris cet engagement, tête de cochon comme il est, il faut s'attendre à des versions beaucoup costaudes et résistantes à l'avenir.
Cependant, je ne peux que me poser la question : pourquoi soudainement aujourd'hui et non pas lorsque c'était le temps lors du lancement des versions précédentes de Windows? Avons-nous été un tantinet berné? Et de plus, lorsque nous reparlerons de Palladium, je ne suis pas sûr que je tiens tant que ça à la vision de tonton Billou sur ce que devrait être la prochaine version de son système d'exploitation.
Un mot sur Linux: authentique, il a raison le lecteur. Il est possible aussi de faire des petits dommages dans un système Linux, malgré tout ce que pourront dire les aficionados du Pingouin. D'ailleurs, existe-t-il un système d'exploitation vraiment sécuritaire? Par exemple, plusieurs failles sérieuses ont été recensées sur le navigateur Konqueror intégré au système de fenêtrage KDE. Nous en reparlerons sûrement dans peu de temps, histoire de remettre les choses en perspective.
mdumais@ledevoir.com

