Recensement 2001 - Un Canadien sur cinq est né à l'étranger
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Photo: Jacques Nadeau
Dans le monde industrialisé, seule l'Australie fait mieux que le Canada, avec 22 % de ses habitants qui sont nés ailleurs que dans la mère patrie. Et le mythe américain a beau avoir la vie dure, les États-Unis ne comptent que 11 % de leur population née à l'étranger -- et c'est, pour eux aussi, la proportion la plus élevée en 70 ans.
Mieux encore, au cours de la dernière décennie, le Canada «a reçu, par habitant, plus d'immigrants que ces deux importants pays d'accueil», souligne Statistique Canada.
Près de la moitié de ces récents arrivants (43 %) ont par ailleurs pris la route de Toronto, confirmant son statut de ville multiethnique par excellence. En mai 2001, 44 % de la population torontoise était née à l'étranger. Toronto, à ce chapitre, devance largement des villes aussi cosmopolites que Miami (40 % de gens nés à l'étranger), Sydney ou Los Angeles (toutes deux à 31 %) et New York (à 24 %).
Par ailleurs, la place toujours plus grande que prend l'immigration au sein de la population canadienne s'explique tant par la faiblesse du taux de natalité que par le nombre croissant de gens qui, en vertu des politiques d'immigration, sont accueillis au pays.
Ainsi, les années 90 ont vu arriver 2,2 millions de nouveaux Canadiens, «le nombre le plus élevé de toute décennie au cours du dernier siècle», souligne Statistique Canada. Dans les années 80, il n'y avait eu que 1,3 million d'immigrants et 1,4 million pour chacune des deux décennies précédentes.
Proportionnellement, le Canada a toutefois déjà connu de plus grandes vagues d'immigration. Entre 1911 et 1931, 22 % de la population du pays n'était pas née ici: on avait alors ouvert grandes les portes à la main-d'oeuvre venue coloniser l'Ouest canadien et construire le chemin de fer. La crise des années 30 et la guerre refermeront les frontières.
Le nouveau visage de l'immigration
Ces immigrants du début du siècle n'avaient pas le même visage que ceux d'aujourd'hui. Entre 1900 et 1960, l'immigration au Canada était à 90 % de souche européenne. Le recensement de 2001 nous apprend plutôt que les immigrants de la dernière décennie sont asiatiques à 58 % (les Chinois eux-mêmes viennent de franchir la barre du million de personnes au Canada) et européens à 20 %.
Du coup, ces immigrants récents se fondent encore moins que ceux d'autrefois dans la masse: ils rejoignent ce que Statistique Canada appelle les minorités visibles. Il y a 20 ans, ces minorités représentaient 4,7 % de la population totale. Aujourd'hui, elles comptent pour 13,4 % des Canadiens: une proportion qui a tout simplement triplé depuis 1981.
Statistique Canada souligne encore que «la population des minorités visibles croît beaucoup plus rapidement que l'ensemble de la population», soit six fois plus vite entre 1996 et 2001. En fait, 73 % des immigrants des années 90 faisaient partie de minorités visibles, contre la moitié dans les années 70. Et Statistique Canada prévoit que ces minorités représenteront un cinquième de la population canadienne d'ici 2016.
Mais comme au début du siècle, à la glorieuse époque des terres à défricher et des rails à poser, c'est le travail qui motive les nouveaux arrivants. La majorité des immigrants récents ont entre 25 et 64 ans, soit l'âge de travailler. Avec leurs 25 à 44 ans, près de la moitié des immigrants (46 %) sont même dans la force de l'âge. Et ils ont fortement contribué à la croissance de la population active au pays, compensant ainsi les faibles taux d'accroissement naturel.

