Irak - Washington et Londres rongent leur frein

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AFP
Édition du mardi 21 janvier 2003

Mots clés : onu

Les divergences s'étalent au Conseil de sécurité

Le Secrétaire d'État américain, Colin Powell, se penche pour entendre le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, au cours d'une réunion du Conseil de sécurité sur le terrorisme. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont exprimé leur scepticisme devant la promesse de Bagdad de coopérer avec les inspecteurs de l'ONU et ont répété leur détermination à faire céder Saddam Hussein.

Photo: Agence Reuters

New York -- Le Conseil de sécurité de l'ONU a étalé ses divergences sur l'Irak hier à New York, où Américains et Britanniques ont minimisé la promesse de coopérer donnée par Bagdad aux inspecteurs, alors que Français, Chinois et Allemands jugeaient prématurée toute option militaire.

À une semaine du rapport crucial des chefs de la mission d'inspection des Nations unies, l'Irak a promis de renforcer sa coopération dans un accord en dix points à Bagdad, mais Washington et Londres ont estimé que «le temps est compté» et que l'option diplomatique était quasi épuisée. Dans le même temps, la Grande-Bretagne a indiqué par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jack Straw, qu'elle serait prête à ce qu'aucune poursuite judiciaire ne soit entreprise à l'encontre du président irakien Saddam Hussein si celui-ci acceptait de s'exiler.

Des responsables irakiens ont convenu avec les chefs des inspecteurs venus à Bagdad, Hans Blix et Mohamed ElBaradei, de laisser un accès à tous les sites, d'encourager les scientifiques irakiens à être interrogés en privé et de fournir à l'ONU une liste complète des scientifiques dans les différents domaines d'armement.

M. Blix a cependant noté que «des questions essentielles», liées au bacille de charbon, à l'agent neurotoxique VX et aux missiles Su, étaient toujours en suspens. Bagdad a en outre refusé le survol du territoire irakien par des avions espions U2 opérant sous mandat de l'ONU.

Mais à New York, profitant d'une réunion ministérielle des pays du Conseil de sécurité sur la lutte antiterroriste, les États-Unis et la Grande-Bretagne ont exprimé leur scepticisme et répété leur détermination à faire céder Saddam Hussein.

L'ONU ne peut pas rester «impuissante» devant un refus de coopérer de la part de l'Irak, a déclaré le secrétaire d'État américain Colin Powell, en appelant l'organisation à «ne pas se dérober devant ses responsabilités», allusion à une éventuelle opération armée.

Le chef de la diplomatie britannique Jack Straw a affirmé que «le temps de la patience touchait à sa fin» envers le régime de Bagdad et que «le jeu de cache-cache» devait cesser.

MM. Powell et Straw ont également jugé insignifiant l'accord conclu à Bagdad entre les chefs des inspecteurs et l'Irak. «C'est toujours plus ou moins la même chose», a estimé l'Américain. «Je suis pas impressionné», a dit le Britannique.

La Maison-Blanche attend des «actes concrets» et non des paroles, a affirmé son porte-parole Ari Fleischer: «Seules les actions nous intéressent, après onze ou douze ans passés à voir Saddam Hussein faire des promesses et ne pas les tenir.»

Mais devant cette ligne dure pouvant annoncer l'ouverture d'un conflit même sans le soutien de l'ONU, avant l'été, plusieurs pays n'ont pas mâché leurs mots.

«Rien ne justifie de rompre le fil des inspections pour entrer dans le temps de la guerre et de l'incertitude», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin.

Le chef de la diplomatie allemande, Joschka Fischer, a fermement défendu l'opposition résolue de Berlin à un conflit. Selon lui, une telle guerre ne manquerait pas de déstabiliser davantage le Proche-Orient et de détourner l'attention de la lutte contre le terrorisme international.

La Chine, discrète jusqu'ici sur le dossier irakien et qui comme la France dispose d'un droit de veto, a aussi pris position pour donner du temps aux inspecteurs de l'ONU.

Le rapport du 27 janvier «ne met pas un point final» et doit être «un nouveau départ» pour les inspections, a déclaré le chef de la diplomatie chinoise, Tang Jiaxuan.

L'accord conclu à Bagdad lève «certains accrocs» qui empêchaient «un processus d'inspection efficace et crédible», a estimé Hans Blix. L'Irak, accusé par les États-Unis et la Grande-Bretagne de détenir ou de développer des armes de destruction massive, va en outre former une commission pour enquêter sur la récente découverte d'ogives chimiques vides et rechercher si d'autres existent dans ses dépôts. MM. Blix et ElBaradei doivent présenter lundi prochain au Conseil de sécurité leur rapport très attendu sur le déroulement des deux premiers mois des inspections, qui ont repris le 27 novembre après quatre ans d'interruption.

Pour la conseillère du président George W. Bush pour les affaires de sécurité, Condoleezza Rice, cette date marquera le «début de la dernière phase» de la crise irakienne.

L'Irak semble néanmoins être conscient que le processus d'inspection est sa dernière chance pour éviter une intervention militaire américaine. Son vice-président Taha Yassine Ramadan, un dur du régime, a offert «tout le soutien nécessaire à l'accomplissement de la mission des inspecteurs».

En parlant à la BBC d'une possible immunité pour Saddam Hussein, Jack Straw a dit penser que «devant un tel choix, les gens finiraient par difficilement admettre que cela vaut la peine de lui offrir une sorte d'immunité si cela permet de résoudre [la crise] de manière pacifique et, pour le peuple irakien, d'avoir un bien meilleur régime qui, le moment venu, pourrait être un gouvernement démocratique». Le ministre britannique faisait ainsi écho à des propos tenus dimanche par le secrétaire américain à la Défense. M. Straw a souligné qu'il n'y avait, pour le moment, aucun signe montrant que le président irakien serait disposé à accepter un tel départ en exil en ajoutant cependant que l'expérience montrait qu'il prenait «des décisions plus sensées» lorsque l'on exerçait assez de pression sur lui.

Auparavant, le ministre britannique, à New York, avait affirmé à des journalistes qu'il n'avait pas été «impressionné» par l'engagement irakien à coopérer davantage avec les experts en désarmement.

Washington et Londres accentuent en tout cas leur pression militaire.

Londres a annoncé le déploiement de 26 000 soldats et 120 chars dans le Golfe.

37 000 soldats américains de la redoutable 4e division d'infanterie mécanisée de l'armée de Terre vont être déployés vers la région du Golfe, selon un porte-parole militaire à Fort Hood (Texas, sud).

Il n'a pas précisé si ces renforts s'inscrivaient dans une série d'ordres signés récemment par le secrétaire à la Défense, qui doivent porter à plus de 150 000 le nombre de soldats américains vers la mi-février dans la région du Golfe.

Les alliés anglo-américains préconisent un exil de Saddam Hussein sans poursuites judiciaires pour éviter une guerre. Mais l'Irak continue de rejeter une telle idée, que le ministre de l'Information, Mohammad Saïd al-Sahhaf, a qualifiée de «stupidité».

Sur le front diplomatique, la Jordanie, l'Arabie saoudite, l'Égypte, la Syrie, et l'Iran ont donné hier leur accord pour une réunion régionale visant à trouver une issue pacifique à la crise, jeudi prochain à Istanbul.


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