Bombardier: vers un risque accru pour Québec

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Kathleen Lévesque
Édition du mardi 21 janvier 2003

Mots clés : bombardier

Des garanties de prêts pourraient atteindre les trois milliards

Québec discute avec Bombardier pour épauler les acheteurs étrangers de jets régionaux.

Photo: Le Devoir

Bombardier est actuellement en discussion avec Québec pour obtenir une augmentation substantielle du programme de soutien à la vente d'avions à des entreprises étrangères. L'aide pourrait atteindre trois milliards selon ce qu'a appris Le Devoir.

Les pourparlers entre Investissement-Québec et Bombardier ont démarré avant les Fêtes et concernent les jets régionaux construits au Québec, pour lesquels les acheteurs ont besoin d'un coup de pouce financier afin de pouvoir en prendre livraison. Depuis 1996, Investissement-Québec a consenti à des clients de Bombardier des garanties de prêts successives totalisant 976 millions. À ce jour, il n'y a eu aucune perte et «Bombardier assume le risque de premier rang dans toutes ces transactions-là», a souligné la vice-présidente aux relations publiques et aux communications de Bombardier, Dominique Dionne.

Sans préciser l'ampleur des sommes qui sont discutées, le porte-parole d'Investissement-Québec, Jean-Marc Dessureault, a expliqué qu'«il s'agit d'augmenter l'enveloppe de 976 millions. Mais il serait difficile de donner un chiffre, parce que ça dépend de la période sur laquelle on s'entend. L'enveloppe sera en fonction de l'horizon de temps».

Mme Dionne a affirmé que Bombardier et Investissement-Québec discutaient en regardant le volume de ventes et de livraisons d'avions qui sont dans le collimateur pour les deux ou trois prochaines années. «Il pourrait y avoir aussi de nouvelles transactions qui pourraient se matérialiser. Mais c'est vraiment Investissement-Québec qui détermine la taille de l'enveloppe», a-t-elle ajouté.

Selon des sources fiables, il serait question de trois milliards. L'aide prendrait la forme d'une addition de décrets gouvernementaux selon les besoins, comme par le passé. Cette balise de trois milliards pourrait permettre à Bombardier de maintenir sa position commerciale et de freiner la pression actuelle.

Bombardier soutient toutefois qu'il n'y aucun parallèle à faire entre les discussions en cours et les difficultés que connaît l'entreprise à cause de la faiblesse du marché aéronautique. Les problèmes de Bombardier, qui ont d'ailleurs conduit à une réduction de sa cote de crédit auprès de la firme Moody's la semaine dernière, sont principalement liés au secteur des avions d'affaires en chute depuis les événements du 11 septembre 2001 et les scandales financiers de grandes entreprises américaines (Enron, entre autres). Les problèmes financiers de certaines sociétés aériennes américaines, dont United Airlines, pourraient toutefois influer sur le carnet de commandes de Bombardier.

Au 31 décembre dernier, Bombardier avait construit 792 jets régionaux et 423 restent à livrer. Parmi les clients, on retrouve les compagnies américaines Delta Connection qui a acheté 57 avions, Northwest Airlines qui en attend 78, et deux filiales de United Airlines, Atlantic Coast Airlines qui a prévu 47 avions et SkyWest (41 avions). Un jet de 50 passagers coûte quelque 22 millions de dollars américains et un de 86 passagers, 30 millions.

Le financement des avions vendus par Bombardier se fait toujours en partenariat. Investissement-Québec y est associé pour ce qui est des avions construits au Québec. L'agence fédérale Exportation et développement Canada (EDC) intervient également dans certains dossiers. EDC assure certains contrats, mais peut également être banquier. C'est le cas pour Atlantic Coast Airlines. Cette forme d'aide n'est pas sans créer des remous. Le Canada et le Brésil n'ont pas résolu leur différend devant l'Organisation mondiale du commerce concernant des prêts consentis par EDC.

Le titre de Bombardier a connu un creux l'automne dernier à environ 3 $ après avoir atteint un sommet de quelque 25 $ avant les attentats du 11 septembre 2001. À la mi-décembre, Bombardier a réagi en remplaçant son président et chef de direction par Paul Tellier, qui avait procédé à un redressement du Canadien National par des congédiements massifs il y a plus d'une dizaine d'années.


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