Projet d'exploration gazière dans le golfe Saint-Laurent - L'UQCN réclame des audiences publiques conjointes
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L'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN) a demandé en fin de semaine aux gouvernements fédéral et provincial d'enclencher un processus d'audiences publiques conjointes pour évaluer préalablement la pertinence et les impacts potentiels d'un important projet d'exploration gazière et pétrolière dans le fleuve et le golfe Saint-Laurent.
Québec accuse depuis des mois Ottawa de traîner les pieds dans ce dossier et de refuser de signer une entente administrative en vertu de laquelle le permis d'exploration serait accordé à Hydro-Québec sans que cela ne constitue une admission tacite des droits de propriété du sous-sol marin qu'Ottawa prétend avoir. Le fédéral a signé des ententes «administratives» similaires avec d'autres provinces maritimes. Ces provinces, comme le Québec, soutiennent que les eaux maritimes leur appartiennent jusqu'à un point équidistant entre leurs rives respectives. Ottawa prétend au contraire que la propriété des provinces s'arrête au rivage.
Refusant d'entrer dans ce débat constitutionnel, l'UQCN a demandé aux deux gouvernements d'évaluer ensemble le projet d'exploration gazière, comme ils l'ont fait dans les années 80 pour la transformation, par exemple, du port de Gros Cacouna en terminal méthanier. Les deux gouvernements avaient aussi convenu de tenir une audience conjointe sur le projet d'Hydro-Québec d'exploiter le potentiel hydro-électrique de la Grande Rivière de la Baleine à la Baie d'Hudson.
Québec s'estime victime de discrimination parce que, contrairement aux accords plus rapides passés avec d'autres provinces, le dossier stagnerait depuis plus de deux ans. À Ottawa, on invoque la complexité du dossier à l'étude, l'importance des enjeux environnementaux et les répercussions du projet sur les espèces fluviales et du golfe.
Les baleines, absentes en été du secteur du projet, pourraient néanmoins à d'autres moments voir le cours de leur migration perturbé par les puissantes détonations des canons à air, utilisés pour sonder le sous-sol marin. Curieusement, au lieu d'affirmer sa compétence constitutionnelle et administrative dans le dossier en prenant le leadership d'un examen environnemental, Québec a plutôt donné à entendre, selon le mot de la ministre déléguée aux Ressources naturelles, Rita-Dionne Marsolais, que les critères économiques devraient ici primer sur les critères environnementaux.
Pour le président de l'UQCN, Harvey Mead, les deux gouvernements ont toutefois modifié profondément le décor politique en arrière-plan de ce dossier en adoptant chacun de nouvelles politiques qui les engagent et les forcent à le gérer sur la base des critères différents de ceux utilisés antérieurement dans d'autres provinces.
Ottawa, explique Harvey Mead, a publié l'été dernier sa Stratégie nationale sur les océans dans laquelle il s'engage à procéder désormais dans un cadre de gestion intégrée. Plus récemment, dit-il, la nouvelle Politique nationale de l'eau impose aussi un cadre de gestion intégrée, ce qui engage à examiner ensemble tous les aspects sociaux, économiques et biophysiques. Cette politique fait aussi du Saint-Laurent la pièce maîtresse du patrimoine écologique québécois. Il serait «pour le moins incohérent», selon Harvey Mead, que le premier test des deux nouvelles politiques se solde par une esquive...
En plus des impacts liés à l'utilisation des puissants canons à air, dont les détonations de 200-250 décibels peuvent être perçues par les mammifères marins à des dizaines de kilomètres, plusieurs spécialistes ont noté que certains types de foreuses marines utilisent des boues contenant du mercure pour réduire la friction. Mais le plus préoccupant, à terme, ce sont les fuites incontrôlables de gaz ou, pire, de pétrole d'un projet d'exploitation permanent, qui pourraient engluer le golfe, ses rives, ses espèces vivantes et son industrie touristique riveraine, craignent ceux qui se sont fait entendre dans ce dossier jusqu'à présent.

