Selon une étude à paraître dans le Journal de l'Association médicale - La lutte anti-drogue serait sans effet
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Les héroïnomanes n'ont jamais été en manque de drogue en dépit d'une saisie record à Vancouver
Peu importe leur ampleur, les saisies de drogue n'influent en rien sur le profil de la consommation dans les communautés visées par les opérations de police. Et les bénéfices pour la santé publique sont nuls, conclut une étude publiée aujourd'hui dans le Journal de l'Association médicale canadienne.Un mois après une saisie de 99 kilos d'héroïne dans le port de Vancouver, pour une valeur de 104 millions de dollars, la poudre était aussi accessible qu'avant. Les héroïnomanes payaient même un peu moins cher -- 16 $ la dose au lieu de 20 $. L'opération de la GRC n'a fait trembler personne. Le profil de la consommation est demeuré stable, tant au chapitre des injections courantes qu'à celui des surdoses bénignes.
Résultat? La razzia policière n'a généré aucun impact positif pour la santé publique. C'est du moins la conclusion des chercheurs du Centre pour l'excellence dans le VIH/sida de la Colombie-Britannique. L'équipe de recherche a interviewé une cohorte de quelque 120 utilisateurs d'héroïne avant et après cette fameuse saisie qui devait, selon les policiers de la GRC, engendrer un recul du marché de drogue. «Nos données indiquent que le marché de l'héroïne de l'est de Vancouver n'a pas du tout été affecté par la saisie, a déclaré par voie de communiqué Evan Wood, le chercheur principal. En fait, le prix de l'héroïne a légèrement diminué et le nombre de surdoses a légèrement augmenté après la décente, ce qui laisse croire qu'il y a eu plusieurs arrivages supplémentaires d'héroïne.»
L'étude, publiée aujourd'hui dans le Journal de l'Association médicale canadienne, en arrive à des conclusions similaires à celles des recherches américaines. De récents travaux ont montré que les stupéfiants sont plus purs et moins dispendieux que jamais, malgré des investissements annuels de 18 milliards US dans la guerre antidrogue.
De son côté, le Canada investit bon an mal an 454 millions de dollars dans la lutte contre ce «fléau». Neuf dollars sur dix sont consacrés aux hommes de loi. «Les décideurs politiques continuent d'investir une écrasante proportion des ressources dans des stratégies de réduction de l'offre ratées, en dépit de l'abondance de preuve scientifique démontrant leur inefficacité», a commenté le Dr Martin Schechter, coauteur de l'étude et responsable du Service de santé et épidémiologie de l'Université de Colombie-Britannique.
La saisie de 99 kilos d'héroïne dans le port de Vancouver fait figure d'exception, et c'est pourquoi les chercheurs ont voulu mesurer ses impacts. À titre de comparaison, les douanes américaines ont saisi 113 kilos d'héroïne... pour toute l'année en 2000. La Gendarmerie royale du Canada a clamé dans les médias que cet impressionnant coup de filet allait bouleverser le paysage de Vancouver. Les chercheurs ont comparé la situation des adeptes de l'héroïne un mois avant et après la saisie, ainsi que deux mois avant et après afin de s'assurer de la validité de leurs résultats. «La saisie ne semble pas avoir suscité d'impact sur l'injection d'héroïne, ni sur les perceptions quant à sa disponibilité», écrivent-ils.
Selon l'équipe de M. Wood, ces conclusions soulèvent de nombreuses questions sur la stratégie antidrogue nationale, qui fait présentement l'objet d'une révision. Selon eux, il est impératif de mettre l'accent sur des stratégies de réduction des méfaits, le traitement et la prévention afin d'éliminer les surdoses mortelles et de freiner l'épidémie du VIH/sida.

