Souverainiste, bloquiste, et candidat de l'ADQ
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Le député fédéral Pierre Brien se joint à l'équipe de Mario Dumont

Photo: Jacques Grenier
«Mon geste est assez éloquent à cet égard-là. Je ne crois pas que, dans un avenir prévisible, cette question va dominer l'échiquier politique. La souveraineté ne va pas disparaître du décor politique pour autant. Mais il m'apparaît assez évident que lorsque l'on veut faire de l'action politique concrète, il faut l'inscrire dans le réel. Et moi, je me sens bien à l'aise avec une formation politique qui se lève chaque matin en se demandant comment on fait progresser le Québec», a déclaré Pierre Brien.
À ses côtés, Mario Dumont tout sourire, a souligné que l'arrivée de M. Brien montrait bien à quel point l'ADQ est devenue «un point de convergence» pour ceux qui souhaitent du changement. M. Dumont est d'autant plus heureux d'accueillir M. Brien dans ses rangs que ce dernier, à 32 ans, a une longue feuille de route politique marquée par trois victoires électorales. Il confiera d'ailleurs à son nouveau collègue le rôle de porte-parole en matière de développement régional. Pierre Brien demeurera tout de même député de Témiscamingue à la Chambre des communes jusqu'aux prochaines élections provinciales. Il se retire du caucus du Bloc québécois tout en conservant sa carte de membre. Le Bloc doit demeurer une large coalition, croit-il.
C'est une «erreur stratégique», a affirmé le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, en commentant le départ de son collègue. «Quand on a des convictions, c'est normal d'en faire la promotion. Or, pour en faire la promotion, encore faut-il être dans un parti qui partage son point de vue, et ce n'est pas le cas de l'ADQ. [...] Ce parti ne reflète pas les intérêts du Québec tant en termes socio-économiques qu'en termes d'avenir et de constitution», estime M. Duceppe.
«L'ADQ est rendue ailleurs», a rappelé Mario Dumont. Empruntant cette voie, Pierre Brien a dit refuser de faire semblant de croire et rejette donc «l'échéancier artificiel» d'un référendum dans 1000 jours proposé en septembre dernier par Bernard Landry aux militants du Parti québécois. Cela n'aide en rien la cause du Québec et son rapport de force au sein du Canada, estime M. Brien. De même, le discours péquiste voulant le projet souverainiste n'en soit qu'à 30 000 votes de la victoire fait sourire Pierre Brien qui y voit surtout un discours de motivation et de pensée magique.
«Tant et aussi longtemps que le Parti québécois va se penser propriétaire de l'idée de la souveraineté, ça va être davantage un obstacle à sa réalisation qu'un geste positif pour être rassembleur», a tranché M. Brien.
Le ministre André Boisclair s'est désolé des explications de M. Brien. Selon lui, l'échéancier de 1000 jours force l'action sur le terrain et fait du discours souverainiste autre chose qu'une «incantation». «C'est un calcul à courte vue que de penser que c'est en abandonnant une idée qu'on la fait avancer. [...] À la gêne que semble avoir M. Brien, j'oppose la confiance et la clarté», a soutenu M. Boisclair.
Ce dernier estime de plus que le principal gagnant du passage de M. Brien à l'ADQ, c'est Jean Charest. «Les souverainistes présentent une image de désordre. C'est l'impression qui restera de la démission de M. Brien, et c'est ce qui donne de nouvelles munitions à nos adversaires libéraux qui nous regardent sourire en coin», analyse-t-il.
De fait, Pierre Brien n'attaque pas la légitimité de l'option souverainiste et dit même toujours la souhaiter. Mais il se joint à un parti qui a mis la question constitutionnelle sur la voie de service pour se concentrer sur les réformes de l'État. M. Brien, lui, s'est montré enthousiaste devant la réunion des deux anciennes familles politiques au sein de l'ADQ pour le changement.
Pierre Brien est le troisième député bloquiste à faire le saut en politique québécoise depuis un an. Michel Bellehumeur a mordu la poussière contre l'adéquiste Sylvie Lespérance lors de l'élection partielle dans Joliette et Stéphan Tremblay est devenu député péquiste dans Lac-Saint-Jean. Gilles Duceppe ne voit pas pour autant d'hémorragie parmi ses troupes. «Je ne vois pas de gens qui se sentent attirés par l'ADQ. Je n'en vois pas d'autre, mais vous savez, en politique, les choses peuvent changer. Il s'agit de décisions individuelles», a dit M. Duceppe.

