Technologie: Apple au sommet de son art
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Une fois les réflecteurs éteints et les caméras dispersées, que reste-t-il du beau discours de Steve Jobs au récent Mac World? Une photo, jolie photo, et surtout une tendance forte vers le respect des normes et l'adoption de standards ouverts.
Toutefois, après cette séance où il nous a laissés pantelants, le souffle coupé, en plein délire post-orgasmique, on se surprend à allumer une clope pour ensuite réfléchir aux performances de l'amant. «Maudit vendeur!» Il nous a encore eus.
Car Steve Jobs est le roi des présentations devant de larges foules. Après cette performance, tous les disciples ainsi que les ambivalents personnages qui, comme moi, carburent à voile et à vapeur, nous étions prêts à nous agenouiller, à nous convertir à tout jamais à l'autel de la Sainte Pomme et à bouter dehors le moindre objet pouvant être associé à l'oncle Bill.
Cependant, plus les minutes passaient, et plus nous avions l'impression que notre amant nous avait donné cette solide performance, pour impressionner en réalité des voyeurs qui devaient nous observer par le petit bout de sa lorgnette, j'ai nommé les investisseurs et oncle Bill lui-même.
Une pointe d'amertume
Le dernier MacWorld avait laissé aux aficionados de la Pomme un goût passablement amer dans la bouche. La suppression totale et définitive des services gratuits iTools, remplacés par un .Mac pratique certes, mais tarifié à 100 $US par année, les disciples ne l'avaient pas toujours digéré.
De plus, devant une entente de cinq années avec Microsoft échue depuis quelques mois, à une lignée à bout de souffle et à des analystes financiers qui ne faisaient pas de la Pomme une recommandation pour les investisseurs, ce bon Steve se devait de réagir et frapper fort à ce MacWorld. Et, en décodant bien son allocution, on s'aperçoit qu'il y avait plusieurs messages que le révérend père Ste iJobs 1er tentait de faire passer.
Primo, affirmer haut et fort que le concept de mode de vie numérique (digital hub) est bel et bien là long terme. Avec l'intégration de ses iApps -- iPhoto, iTunes, iMovie et iDVD -- sous la dénomination iLife, Steve Jobs affirmait ainsi le leadership et l'avance certaine d'Apple dans ce domaine, alors que Microsoft piétine lamentablement pour tenter d'égaler les prouesses de la Pomme. De plus, continuant à frapper l'adversaire déjà au plancher, Jobs dévoile une déclinaison grand public de son progiciel de montage vidéo, Final Cut Express. Mission réussie, personne, sauf Apple, n'a atteint une telle maîtrise de ce concept. Gageons que le concept iLife sera un «kolossal» succès que tous tenteront de reprendre, sans toutefois arriver à la cheville de la Pomme.
Secundo, impressionner la galerie avec de nouveaux ordinateurs au look d'enfer et bourrés des toutes dernières caractéristiques techniques possibles. Un portable de 17 pouces braves gens, je vous laisse imaginer le monstre sur vos genoux. Toutefois, les choses se gâtent lorsque, une fois passé l'enthousiasme du moment, et en regardant un peu autour de nous, on s'aperçoit que la Pomme ne fait qu'ajouter un petit pouce à son écran, Sony et Toshiba faisant déjà dans le 16 pouces, tout en gardant en son coeur la même puce à bout de souffle qu'est le G4.
Certains, tel votre pas très humble, diront que pour la quasi-totalité de nos besoins, une telle puce suffit amplement, mais ce n'est pas ainsi que le marché fonctionne. Il demande plus de puissance, en faisant les comparaisons avec le monde du PC où les puces à 2 et 3 GHz sont choses du commun.
Tertio, en introduisant un nouveau fureteur, Safari, et surtout, une application de présentatique à la PowerPoint, Keynote, Jobs envoie un message très clair aux investisseurs et à Tonton Billou: nous sommes maintenant capables de nous passer de Microsoft. Je ne serais d'ailleurs pas surpris qu'au prochain MacWorld cette année, Jobs sorte de sa besace une nouvelle déclinaison de sa suite bureautique AppleWorks, une application qui n'a subi aucune mise à jour depuis fort longtemps. Certaines rumeurs parlent même de la prochaine version d'AppleWorks comme d'un «Office-killer».
L'année des normes
Mais le véritable enjeu qui se dessine derrière ce discours de Jobs, et sur lequel le principal intéressé n'a mis que peu d'accent, vise les normes et les standards. Depuis quelque temps, ma petite boule de cristal personnelle m'indique que l'année 2003 sera l'année des normes, de l'ouverture et de l'abandon de licences propriétaires et restrictives que nombres d'usagers et de directeurs de services informatiques commencent à trouver contraignantes.
À un certain moment, lors de son allocution, Jobs a clairement annoncé qu'Apple, une firme pourtant reconnue dans le passé pour avoir jalousement et quasiment à l'excès défendu son code hautement propriétaire, bref, que la Sainte Pomme jouait de plus en plus la carte de l'Open Source. «We love Open Source». Et comment!
Lancement d'un fureteur basé sur un moteur en code source libre, profession de foi pour que celui-ci devienne un modèle en matière de respect des normes, ouverture du code du format de fichier de son application Keynote, adoption de la nouvelle norme sans fil 802.11g, une déclinaison rétro compatible avec la norme actuelle 802.11b, comme déclaration d'amour envers l'Open Source, on ne peut pas faire mieux. Déjà que le coeur du Mac OS X provient d'un noyau Open Source et que sa technologie de réseautique, Rendez-Vous, est aussi basée sur du code source libre qui, maintenant que la Pomme l'a amélioré, peut profiter à toute la communauté.
Il ne reste plus à Apple, après ce MacWorld, à nous indiquer quel sera le moteur qu'elle utilisera sous le capot de ses prochains ordinateurs. En cela, Jobs fut d'une discrétion totale. Rien, pas un mot sur la chose. Or, Apple n'a pas le choix, avec son G4 à bout de souffle, il se doit de dire au marché qui, de Motorola, d'IBM ou de AMD, deviendra le fondeur de choix des prochaines puces qui battront la chamade au coeur des futurs Mac.
En continuant à faire acte de foi envers les normes ouvertes, en améliorant et en redonnant à la communauté les améliorations apportées au code source, en se faisant le champion du concept du mode de vie numérique, tout en indiquant quel sera le prochain moteur des Mac, il ne fait aucun doute qu'Apple continuera à jouer son rôle de meneur de l'industrie. En espérant que le tout puisse enfin se métamorphoser en chiffres de vente plus attrayants pour les investisseurs.
mdumais@ledevoir.com

