Selon la PC - Chrétien, homme de l'année
Mots clés :
Ottawa -- Jean Chrétien a beau avoir une réputation de bagarreur, les 12 derniers mois lui ont donné du fil à retordre comme jamais.
Ses querelles amères avec celui qui lui succédera vraisemblablement, Paul Martin, les nombreux remaniements ministériels entourés de scandales, ses démêlés avec un caucus indiscipliné et une forte ambition de léguer un «héritage» sont autant d'éléments qui ont propulsé Jean Chrétien à l'avant plan des bulletins de nouvelles, jour après jour.
En cette fin d'année, M. Chrétien continue de se montrer insoumis, rejetant du revers de la main les appels pressants de plusieurs de ses députés, qui souhaitent le voir partir avant février 2004. Il n'a rien à perdre, de toute façon: les sondages d'opinion indiquent toujours que les libéraux conservent la faveur populaire.
«Nous avons terminé l'année sur la bonne note», a déclaré le premier ministre lorsqu'on lui a demandé de commenter les résultats du sondage. «Et l'an prochain sera une bonne année parce que nous nous concentrerons sur les soins de santé et l'économie.»
Jean Chrétien a récolté 52 des 149 votes inscrits par des rédacteurs en chef de journaux et des directeurs de l'information de médias électroniques de tout le pays.
M. Martin, qui a forcé la main au premier ministre en refusant de mettre un terme à sa campagne pour lui succéder, a reçu 33 votes. Et même si les politiciens dominent traditionnellement le vote annuel de la personnalité de l'année, des Canadiens impliqués dans un autre genre d'intrigue politique -- les patineurs olympiques Jamie Salé et David Pelletier --, se sont hissés au troisième rang avec 27 votes.
Noreen Rasbach, rédactrice en chef du Kingston Whig-Standard, soutient que le manque de contrôle du premier ministre -- sur le moment de son départ et sur son caucus -- marquera l'histoire. «Cela traduit un incroyable échec de leadership politique, du moins à l'échelle du parti, dit-elle. C'est sans précédent dans l'histoire canadienne.» «Seuls les Osbourne sont aussi divertissants que lui», lance pour sa part Jami Hendrix, directeur de l'information d'une station de radio d'Edmonton. «La faiblesse de l'opposition en Chambre permet aux libéraux de faire ce qu'ils veulent -- même de trébucher -- tout en dirigeant le pays», précise-t-il.
Certains journalistes ont souligné la détermination de M. Chrétien de laisser sa marque malgré le chaos interne de son parti, en abordant de front des dossiers difficiles comme la santé, les gaz à effet de serre et le financement des partis politiques. «Même si certaines des choses qu'il a réalisées ont reçu un accueil négatif, le registre des armes à feu, par exemple, plusieurs de ses réussites sont remarquables», estime Don McCurdy, directeur de la rédaction du Kitchener-Waterloo Record.
En janvier dernier, le «p'tit gars de Shawinigan», qui a fait élire trois gouvernements majoritaires consécutifs, ressemblait en tous points à l'homme qui déciderait de son destin jusqu'à la fin. C'était avant une réunion cruciale du cabinet, à la fin mai, au cours de laquelle M. Chrétien a demandé à ses ministres de cesser leurs campagnes clandestines pour le remplacer.
M. Martin a refusé et M. Chrétien l'a démis de ses fonctions, ce qui a déclenché une tempête chez les supporters d'arrière-ban de l'ancien ministre des Finances. La politique fédérale allait être chamboulée pour le reste de l'année.
En perdant un vote aux Communes et en étant forcé d'en annuler un autre, Jean Chrétien a fait face à la dissension au sein de ses troupes sur la plupart des questions parlementaires.
Même les députés les plus loyaux au premier ministre lui ont causé des ennuis. M. Chrétien a dû démettre ou rétrograder plusieurs ministres ébranlés par des allégations de népotisme et de conflit d'intérêts, sans compter qu'une fidèle conseillère s'est vue obligée de partir après avoir traité le président américain, George W. Bush, de «crétin».
L'aptitude du gouvernement Chrétien à gérer efficacement l'État a été sérieusement mise en doute par les révélations de réclamations frauduleuses de TPS totalisant des centaines de millions de dollars et des ahurissants dépassements de coûts du registre des armes à feu, qui coûtera un milliard au lieu des deux millions prévus. Le tout a été contrebalancé par des initiatives audacieuses touchant des dossiers chauds: la ratification du protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre, la préparation d'une loi sur la décriminalisation de petites quantités de marijuana et le projet sérieux d'interdire les dons de sociétés et de syndicats aux partis politiques fédéraux. Les partisans de M. Chrétien refusent néanmoins de qualifier l'année 2002 de pire cauchemar dans une carrière tumultueuse qui dure depuis près de 40 ans.
«Il n'y a pas de doute qu'il y a eu des moments indésirables cette année», reconnaît Warren Kinsella, un stratège libéral et ancien conseiller du premier ministre. «Mais c'est un boxeur, un batailleur, ajoute-t-il. Il sait qu'il doit perdre certains rounds. Mais il est toujours debout.»

