Après BNP Paribas - Un géant bancaire pourrait naître
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La banque française Crédit Agricole a fait une offre publique d'achat sur le Crédit Lyonnais

Photo: Agence Reuters
Le Crédit Agricole, premier actionnaire du Lyonnais avec 17,4 % du capital, a dévoilé hier cette offre publique d'achat -- dont on ignore encore le calendrier -- sur la banque au lion au prix de 56 euros par action, ce qui valorise la totalité du Lyonnais à environ 19,5 milliards d'euros.
L'opération créerait le numéro deux bancaire de la zone euro après BNP Paribas (en terme de résultat et de capitalisation boursière), et consoliderait la place de numéro un du Crédit Agricole en France, en terme de parts de marché. Sur la base des cours de Bourse de vendredi, leur capitalisation boursière combinée atteint 33,1 milliards d'euros contre 33,8 milliards pour BNP Paribas.
«Il s'agirait, si elle se concrétisait, de la plus importante opération bancaire de l'année en Europe et de l'une des plus importantes au monde», note le Financial Times.
Cette offre pour deux tiers en numéraire et un tiers en titres, a été acceptée par quatre grands actionnaires du noyau dur du Crédit Lyonnais, l'assureur français AGF (filiale de l'allemand Allianz), les banques allemande Commerzbank, espagnole BBVA et italienne IntesaBci qui totalisent 21,2 % du capital. Le Crédit Agricole est donc assuré d'avoir d'ores et déjà quelque 38,6 % du capital du Lyonnais.
En soumettant cette opération au conseil d'administration du Lyonnais dès dimanche, le Crédit Agricole a pris de court BNP Paribas, qui était entré par surprise au capital du Lyonnais fin novembre, en reprenant la part de l'État mise aux enchères (10,9 %), avant de ramasser 5 % de plus sur le marché. Depuis, BNP Paribas cherchait à ouvrir le dialogue avec le Lyonnais. Mais celui-ci, tout en reconnaissant que la demande de BNP Paribas était «amicale», avait indiqué la semaine dernière, qu'il privilégiait un rapprochement avec le Crédit Agricole.
Après des mois de négociations et tergiversations, le Crédit Lyonnais et le Crédit Agricole semblent s'être mis d'accord sur un schéma de rapprochement qui préserverait les deux marques, mais fusionnerait les banques d'investissement. Les deux banques ont eu respectivement dimanche soir leur conseil d'administration pour avaliser le projet. Lors du conseil du Lyonnais, seuls l'administrateur représentant l'assureur Axa, allié de longue date de BNP Paribas, et deux représentants des salariés sur trois se sont abstenus, les autres votant pour, a précisé une source proche du dossier.
Une inconnue
L'attitude de BNP Paribas reste la grande inconnue car la banque, qui a réussi la fusion de BNP avec Paribas en 1999, n'a peut-être pas dit son dernier mot «et garde pour le moment toutes les options ouvertes», selon une source proche du dossier. Ayant acheté ses titres Crédit Lyonnais au prix moyen de 55 euros par action, BNP Paribas peut décider d'apporter ses actions à l'opération du Crédit Agricole avec une petite plus-value. Mais avant de prendre une telle décision, elle regardera dans les détails l'offre du Crédit Agricole, «la qualité de son projet, le prix et surtout les garanties sociales», a précisé cette source.
Le projet actuel prévoit la suppression de 4000 à 5000 emplois en trois ans, la plupart à l'étranger. «Il n'y aura pas de départ contraint en France», a assuré René Carron, qui compte sur les départs naturels pour remplir cet objectif. Rien ne devrait changer dans l'immédiat pour la plupart des 22 millions de clients français: les agences bancaires des particuliers ne devraient pas changer d'enseigne. Le Crédit Lyonnais, plutôt implanté en ville, viendra compléter le réseau du Crédit Agricole, plus fort dans les zones rurales. C'est dans les activités pour les professionnels que les deux groupes veulent réaliser des économies, selon les présidents des deux établissements.
Le Crédit Lyonnais, qui avait quasiment fait faillite en 1993 après la gestion hasardeuse et les pertes catastrophiques du début des années 1990, a été privatisé en 1999. L'État, qui a perdu plusieurs milliards d'euros dans l'affaire, avait conservé près de 11 % de la banque, avant de les vendre en novembre.

