Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail - Québec doit se plier aux conditions d'Ottawa
Mots clés : compromis, argent
Les électeurs sont prêts à un compromis pour obtenir plus d'argent en santé
Devant les problèmes d'argent qui gangrènent le système de soins de santé, près de deux Québécois sur trois affirment que le gouvernement de Bernard Landry doit se plier aux conditions du fédéral pour obtenir une aide financière.Ce sont majoritairement des électeurs libéraux (79 %) qui souhaitent que Québec mette de l'eau dans son vin. Chez les personnes qui ont l'intention de voter pour l'Action démocratique du Québec, 63 % estiment aussi que le gouvernement Landry devrait accepter les conditions fédérales. Cette position est partagée par 42 % des péquistes.
À partir de ces résultats, Jean-Marc Léger, de Léger Marketing, fait l'analyse que l'intrusion du gouvernement fédéral dans un domaine de compétence provinciale apparaît comme un moindre mal pour les Québécois, qui estiment qu'il faut de nouveaux investissements coûte que coûte. «L'ampleur du débat sur la santé fait en sorte que les gens sont prêts à outrepasser leurs convictions nationalistes. Le pouvoir de l'argent a plus d'impact que le pouvoir des convictions», fait valoir M. Léger.
Ce sondage survient deux semaines après le dépôt du rapport de la Commission sur l'avenir des soins de santé au Canada, dans lequel l'unique commissaire, Roy Romanow, recommande qu'Ottawa verse 15 milliards supplémentaires aux provinces en trois ans. Cependant, en contrepartie de l'ouverture du gousset fédéral, le rapport Romanow lie des conditions dont on ignore pour l'instant la teneur.
Mais si les Québécois sont prêts à faire des concessions sur le plan financier, ils sont divisés en ce qui a trait au droit de regard d'Ottawa en matière de santé. Près d'un Québécois sur deux (48 %), dont 44 % de francophones, se dit d'accord pour que le fédéral exerce un plus grand contrôle sur l'organisation des soins de santé, par exemple en décidant dans quels secteurs du système de soins l'argent versé sera dépensé . À l'inverse, 49 % des répondants ne sont pas d'accord.
Chose certaine, les gouvernements provinciaux sont davantage en mesure que le fédéral de gérer le système de santé, selon les deux tiers des Québécois. Parmi les 20 % de gens qui croient le contraire, on compte 35 % d'électeurs libéraux, 17 % d'adéquistes et seulement 8 % de gens appuyant le Parti québécois.
«Sur le fond des choses, les gens veulent donc que le Québec continue de gérer la santé. Mais advenant qu'Ottawa refuse de payer, le peuple dit: on se met à genoux et on accepte l'argent du fédéral», affirme Jean-Marc Léger.
Selon lui, il s'agit d'un coup dur pour la stratégie du gouvernement Landry, qui martèle sur toutes les tribunes l'ampleur du déséquilibre fiscal (50 millions par semaine pour le Québec) et qui somme Ottawa de faire un transfert de fonds sans aucune condition. Dans l'éventualité où le gouvernement du Canada n'injecterait pas d'argent dans le domaine de la santé, la menace du gouvernement Landry d'augmenter les impôts ne reçoit qu'un très faible appui (7 % de la population). «C'est un véritable rejet de la stratégie péquiste. Les Québécois préfèrent la stratégie adéquiste ou, à la limite, celle des libéraux», souligne M. Léger.
En effet, la proposition de l'ADQ de sabrer dans les dépenses de la fonction publique est retenue par la majorité, soit 59 %. L'idée avancée par le PLQ de réduire les budgets des autres ministères pour financer le système de santé se classe deuxième, avec
22 %. Seulement 4 % des répondants se disent favorables à une hausse du déficit. Toutefois, la réduction des services n'a pas été soumise comme option.
Par ailleurs, la gratuité totale des services de santé semble être remise en question: 46 % des répondants croient que le gouvernement devrait permettre l'accès aux soins de santé privés. Il y a tout de même 51 % de la population qui opte pour le maintien de la gratuité, comme le propose d'ailleurs le rapport Romanow. C'est chez les adéquistes
(61 %) qu'on retrouve la plus forte proportion de gens qui affirment souhaiter que la population puisse payer pour avoir un accès plus rapide aux soins de santé dans le secteur privé. Chez les électeurs libéraux, ils sont 44 % à choisir cette voie, contre 38 % du côté des électeurs du Parti québécois.
Somme toute, Jean-Marc Léger voit une certaine forme de fatalisme dans le compromis des Québécois, un fatalisme nourri par l'intransigeance du premier ministre Jean Chrétien à l'endroit du Québec. «Le gouvernement fédéral a gagné tellement souvent depuis 1995 sur l'ensemble des débats... », laisse-t-il tomber.
Ce sondage a été mené auprès de 1005 personnes. La marge d'erreur maximale est de 3,4 %, 19 fois sur 20, pour un échantillon de cette taille.

