Sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail - La bataille de la santé - Les Québécois désavouent Landry

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Kathleen Lévesque
Édition du samedi 14 et du dimanche 15 décembre 2002

Mots clés :

Deux Québécois sur trois pensent que le Québec doit accepter l'argent d'Ottawa même au prix d'une intervention fédérale

Le message des Québécois dans le litige Québec-Canada sur le financement de la santé est «un désaveu de la déclaration de guerre de Bernard Landry».

Le politicologue Christian Dufour, de l'ENAP, et John Parisella, président de la firme BCP, estiment que la position tranchée du gouvernement du Parti québécois n'a pas d'écho dans la population en regard des résultats du sondage Léger Marketing-Le Devoir-The Globe and Mail. Près des deux tiers des Québécois considèrent que le gouvernement Landry devrait accepter l'argent d'Ottawa tout en permettant à ce dernier d'intervenir en santé. Cette position apparaît d'autant plus dure pour Bernard Landry et son équipe qu'elle est exprimée en sachant que la santé est une compétence provinciale et que le gouvernement du Québec juge inacceptables d'éventuelles conditions imposées par le fédéral.

«Ça apparaît comme un désaveu de la déclaration de guerre de Bernard Landry. [...] La réaction de M. Landry est trop rigide. Il s'est placé dans une position de vulnérabilité. De dire "jamais" m'apparaît un peu excessif. Il ne se donne aucune marge de manoeuvre pour négocier d'éventuelles conditions. Le Québec a toutefois raison d'être réticent devant la volonté du fédéral de déterminer les priorités en santé, surtout que la commission Romanow a reconnu le déséquilibre fiscal puisqu'elle recommande un réinvestissement très important du gouvernement fédéral dans le domaine», commente Christian Dufour.

Pour John Parisella, le non absolu de M. Landry alimente une polémique dans laquelle la population refuse d'embarquer. L'heure est aux corrections. «La population veut des solutions, pas des chicanes. Les gens veulent un vrai règlement aux problèmes de la santé. Ils s'inquiètent de ne pas avoir accès à un médecin sept jours sur sept, à la technologie pour diagnostiquer les maladies», fait-il valoir.

Ce dernier nuance toutefois son propos en identifiant un double message dans le sondage Léger Marketing: un message au gouvernement du Québec, qu'il faut obtenir plus d'argent même en pliant l'échine, et un autre destiné à Jean Chrétien, pour qu'il freine ses envies d'intrusion en santé.

Soixante-six pour cent des Québécois jugent que le gouvernement provincial est plus en mesure que le fédéral de gérer le système de santé. «Les gens font donc la distinction entre la livraison des services, qui relève des provinces, et la participation financière que doit faire le fédéral, estime M. Parisella. Et s'il doit y avoir des conditions, eh bien, les gens semblent dire qu'ils sont prêts à un compromis. De toute façon, les politiciens doivent comprendre que ce sont des corrections que les gens veulent.»

Selon le sondeur Jean-Marc Léger, même si le discours sur le déséquilibre fiscal du gouvernement Landry pour tenter de forcer le fédéral à injecter de nouveaux fonds dans la santé semble rejoindre les préoccupations des électeurs, ces derniers veulent d'abord et avant tout des solutions concrètes. «Les Québécois sont tellement obnubilés par les problèmes de santé qu'ils ne veulent pas régler quelque chose de structurel. Ils veulent des changements immédiats. Qu'on accepte l'argent et on discutera après», comprend M. Léger des résultats du sondage.

Mais de façon paradoxale, les Québécois veulent régler le financement de la santé à tout prix, pourvu qu'il y ait un parti politique pour tenir tête au fédéral. Le respect des pouvoirs et des compétences du Québec en matière de santé semble être un enjeu important pour les prochaines élections provinciales. Une majorité de Québécois (61 %) appuierait un parti politique qui en ferait un atout majeur de sa campagne électorale.

«C'est l'effet d'un peuple minoritaire. Les gens disent vouloir voter pour un parti qui va défendre la compétence provinciale en matière de santé mais, d'autre part, ils sont prêts à donner un certain contrôle à Ottawa qui a la main sur le portefeuille», suggère M. Léger.

Toujours sur cette voie quelque peu paradoxale, 66 % des Québécois disent non à la volonté de la commission Romanow d'uniformiser le système de santé à travers le pays. Ils considèrent préférable d'avoir des systèmes de santé différents d'une province à l'autre. Les électeurs péquistes sont 85 % à prôner cette façon de voir, contre 63 % à l'ADQ et 59 % chez les libéraux.


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