Un geste politique

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Jean-Robert Sansfaçon
Édition du vendredi 13 décembre 2002

Mots clés :

On ne pourra dénoncer avec assez de vigueur le comportement de Natation Canada et de son entraîneur en chef, Dave Johnson, à l'endroit de la nageuse Jennifer Carroll, qui s'était présentée sur un podium des Jeux du Commonwealth avec un petit fleurdelisé à la main.

En août dernier, l'entraîneur écrivait: «Ce geste n'était pas professionnel; il était égoïste, irresponsable, fâcheux, le plus embarrassant que j'aie vu par un nageur canadien pendant toutes mes années dans le sport. Un tel geste a rendu malade une équipe déjà fragile et il est impardonnable.» Il concluait en recommandant la suspension de la nageuse pour une période de six mois.

Comme l'a souligné le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, une telle condamnation est discriminatoire. Députés et ministres québécois l'ont tous dénoncée, heureusement. Car même si Natation Canada n'a pas osé suspendre l'athlète, il lui a ordonné de s'excuser. Jennifer Carroll s'est exécutée, mais elle a refusé de pousser l'humilité jusqu'à présenter des excuses à cet entraîneur délirant.

L'affaire n'est pas aussi banale qu'elle y paraît. Natation Canada n'est pas une organisation locale mais pancanadienne, de haut niveau, financée par Ottawa. La lettre et l'appui de principe accordé par Natation Canada constituent des gestes politiques méprisants à l'endroit des Québécois. Quand ces gens prétendent que leur réaction aurait été la même à l'endroit d'un athlète de l'Ontario, ils mentent. À preuve, l'entraîneur a lui-même comparé Jennifer Carroll aux athlètes noirs américains qui avaient brandi le poing lors des Jeux de Mexico, en 1968. Jamais il n'aurait fait une telle comparaison pour un athlète ontarien. Et Jennifer Carroll étant anglophone, la réaction de Johnson s'apparente à un geste de vengeance à l'endroit d'une compatriote prétendument traître à son pays. Il fallait lui donner une leçon, l'avertir que les traîtres ne méritent pas de nager sous le drapeau canadien.

Les propos de l'instructeur Johnson sont à la mesure de la campagne anti-Québec conduite jour après jour dans la presse anglophone. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si presque tous, y compris notre militante Gazette, ont mis l'accent sur le fait que Jennifer Carroll aurait enfreint la règle qui interdit aux athlètes d'afficher leurs liens avec une organisation. Qu'on leur interdise de faire la promotion d'un commanditaire, c'est une chose, mais qu'on leur interdise de manifester leur fierté nationale, c'en est une autre. Et s'il est un domaine où les drapeaux flottent au vent des excès de fierté, c'est bien la compétition olympique!

Natation Canada prétend que Jennifer Carroll fait tout un plat pour rien puisqu'elle n'a pas été suspendue. Ce que ne dit pas l'organisme mais que Jennifer Carroll apprendra au fil du temps, c'est que sans un changement en profondeur à la direction de l'organisation, ses chances sont minces de participer aux prochains Jeux olympiques. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. Pour mettre fin à la discrimination et à l'arbitraire, le secrétaire d'État fédéral au Sport amateur, Paul DeVillers, doit faire le grand ménage à la tête de Natation Canada.

jrsansfacon@ledevoir.ca


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