Landry s'inquiète du français dans le commerce
Mots clés : affichage, commerce
«Attention, il ne faut pas que ça dérive», dit-il aux gens d'affaires montréalais
Le premier ministre Bernard Landry invite les gens d'affaires à plus de respect du français, notamment dans l'affichage, afin de ne pas obliger le gouvernement à rouvrir le débat linguistique.«Alors, attention. Il ne faut pas que ça dérive», a prévenu le premier ministre.
Plus tard, il a précisé aux journalistes qu'il s'agissait non pas d'un avertissement, mais plutôt d'une invitation devant une situation que les médias rapportent de plus en plus souvent. Des entreprises comme Second Cup, Home Depot, Children's Place ou Future Shop sont de plus en plus présentes dans le paysage montréalais. Au moins deux multinationales ont toutefois francisé leur bannière: Business Depot (Bureau en gros) et Kentucky Fried Chicken (Poulet frit Kentucky).
«Il me semble qu'il y a des gens d'affaires qui auraient intérêt à être plus sensibles à l'équilibre linguistique. Il y a comme une forme de négligence. On a bien vécu depuis la loi 101. Si les gens d'affaires réalisent que ce relatif équilibre était bon pour tout le monde, ils ont le devoir de le préserver. Sinon, ça finit par des interventions gouvernementales», a affirmé Bernard Landry.
Ainsi, le premier ministre table d'abord et avant tout sur la capacité de la communauté des affaires de régler ses problèmes elle-même. M. Landry estime que les franchisés de grandes chaînes étrangères doivent faire comprendre à leurs dirigeants qu'un effort est nécessaire pour traduire leur raison sociale.
Le Conseil de la langue française a déjà analysé cette situation, dans un avis au gouvernement à l'automne 2000, et en était venu à la conclusion que Québec n'avait aucun recours pour imposer le français. Raisons sociales et marques de commerce sont étroitement liées et sont ainsi à l'abri des obligations de la Charte de la langue française.
Selon l'entourage du premier ministre, la préoccupation du français est ressortie lors d'une rencontre récente entre M. Landry et des militants du Parti québécois de la région montréalaise. Il est vrai que, depuis déjà quelques années, les revendications des instances régionales au sein du PQ sur le raffermissement des lois linguistiques se font pressantes. Ainsi, le message aux gens d'affaires visait vraisemblablement aussi à démontrer aux troupes péquistes que le gouvernement a le dossier à l'oeil.
Pourtant, des militants péquistes se butent depuis quelques années au discours de la modération qui a cours tant à la tête de leur parti qu'au sein du gouvernement. D'ailleurs, en octobre dernier, le président de Montréal-Centre, Mario Beaulieu, avait quitté sa fonction, déçu que les problèmes linguistiques (l'affichage commercial et la bilinguisation de Montréal, par exemple) aient peu d'écho au PQ.
Déséquilibre fiscal
Par ailleurs, Bernard Landry a assuré que son gouvernement n'entendait pas faire de déficit, ni augmenter les impôts ni réduire les services aux citoyens, mais qu'il fallait pour cela que Ottawa consente à transmettre au Québec les sommes équivalentes au déséquilibre fiscal, soit 50 millions par semaine.
«Nous ne voulons pas retourner au déficit zéro. On a eu le bonheur de baisser les impôts au Québec de 11 milliards. Voulez-vous qu'on les hausse?», a demandé M. Landry à l'auditoire. «Je ne peux pas lancer un appel plus pathétique. Le gouvernement national du Québec a besoin de votre support. Nous avons besoin que le gouvernement central du Canada reconnaisse la tragédie qui est en train de se préparer. [...] Comme citoyen, il faut faire face à certaines responsabilités», a-t-il ajouté.
Invité par les journalistes à expliquer quelle solution le gouvernement pourrait présenter pour régler le problème des finances publiques, si Ottawa devait demeurer sur ses positions, M. Landry a tranché qu'il n'y avait pas d'autre option. «Je ne peux pas comprendre qu'ils ne comprennent pas», a-t-il fait valoir.
Selon le premier ministre, le déséquilibre fiscal entraîne un déséquilibre démocratique, car la population montre Québec du doigt, comme l'auteur de ses maux, alors qu'il faudrait viser le gouvernement de Jean Chrétien.

