Une «dernière chance» pour la paix

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AFP
Édition du samedi 09 et du dimanche 10 novembre 2002

Mots clés :

- Le Conseil de sécurité adopte à l'unanimité la résolution américaine; - Les inspecteurs de l'ONU débarqueront à Bagdad le 18 novembre

C'était jour de prière, hier, dans les mosquées de Bagdad. Sur la scène politique, la Ligue arabe a fait savoir qu'elle respectera les décisions des Nations unies après le vote de la résolution 1441. La résolution sera examinée aujourd'hui par les chefs de diplomatie arabes lors de consultations et demain lors d'une réunion extraordinaire au Caire.

Photo: Agence Reuters

New York - Le compte à rebours pour la survie du régime irakien de Saddam Hussein a commencé hier avec l'adoption unanime par le Conseil de sécurité de l'ONU d'une résolution américaine lui imposant l'élimination, selon un échéancier strict, de toutes ses armes de destruction massive sous peine de «graves conséquences».

Le vote de cette résolution, survenu après deux mois de tractations extrêmement ardues entre Washington et les autres membres du Conseil de sécurité, n'a suscité aucune réaction immédiate de Bagdad, mais avant le vote, le ministre irakien du Commerce, Mohammad Mehdi Saleh, avait accusé Washington de chercher un prétexte pour attaquer l'Irak.

Le chef des inspecteurs de l'ONU (COCOVINU), Hans Blix, a annoncé qu'il se rendra à Bagdad le 18 novembre. Une première équipe de vingt inspecteurs, douze au titre de la COCOVINU et huit au titre de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AEIA), devrait se rendre à Bagdad avec lui si l'Irak accepte de se plier à la résolution, selon la porte-parole de l'AIEA à Vienne.

Quelques minutes après le vote, le président George W. Bush a lancé de Washington un ultime avertissement à Saddam Hussein, l'enjoignant de coopérer avec les inspecteurs de l'ONU rapidement et de manière inconditionnelle, faute de quoi il subira les conséquences «les plus sévères».

«Si l'Irak n'obéit pas, les États-Unis et d'autres pays le désarmeront», a menacé M. Bush.

«Le monde s'est uni pour dire que le régime hors la loi de l'Irak ne sera pas autorisé à développer ou à détenir des armes chimiques, biologiques ou nucléaires [...]. L'Irak peut être certain que le jeu habituel de tricherie et d'esquive, qui a été toléré autrefois, ne sera plus toléré», a ajouté le président américain.

Peu après, le premier ministre britannique Tony Blair a renchéri depuis Londres: Bagdad ne doit avoir «aucun doute» sur le fait qu'il sera désarmé «par la force» s'il refuse de se plier à la résolution de l'ONU.

Le président français Jacques Chirac a quant à lui estimé que la résolution offre «une chance au désarmement de l'Irak dans la paix» et a mis Bagdad en garde contre tout manquement à ses obligations de désarmement.

De nombreux autres pays ont exprimé leur satisfaction devant ce vote unanime, que les Irakiens avaient pu suivre sur les ondes de radios étrangères.

Avant l'adoption de la résolution, Bagdad avait une nouvelle fois critiqué le projet, maintenant le flou sur la suite qu'il compte lui donner. Le ministre du Commerce, Mohammad Mehdi Saleh, avait accusé Washington de chercher un prétexte pour attaquer l'Irak. Et, qualifiant le texte d'«arbitraire», le quotidien officiel irakien al-Iraq jugeait hier qu'il s'apparente à une «résolution de guerre».

Selon des responsables américains, la Syrie, seul pays arabe membre du Conseil de sécurité de l'ONU, n'a fait savoir à Washington qu'elle appuierait le projet de résolution qu'une heure avant le vote.

La Ligue arabe a fait savoir de son côté qu'elle respectera les décisions des Nations unies après le vote de la résolution 1441.

La résolution sera examinée aujourd'hui par les chefs de diplomatie arabes lors de consultations et demain lors d'une réunion extraordinaire au Caire. Le ministre irakien des Affaires étrangères, Naji Sabri, devrait participer à ces discussions.

La résolution, qui a été coparrainée par la Grande-Bretagne, avait été remaniée à plusieurs reprises sous la pression de Paris et de Moscou, qui ont obtenu qu'en cas de manquement de Bagdad à ses obligations, le Conseil de sécurité se réunisse immédiatement pour discuter de la conduite à adopter.

Mais les dirigeants américains ont toujours averti qu'ils n'hésiteront pas à agir unilatéralement si l'ONU devait rester sans réagir en cas d'obstruction irakienne.

La résolution renforce considérablement les conditions d'inspections du désarmement en Irak, qui ont cessé en 1998. Elle prévoit notamment la mise en place d'un «régime d'inspection renforcé», avec un accès sans restriction pour les inspecteurs à toute personne et tout site, y compris les palais présidentiels.

Le Conseil de sécurité a souligné que l'Irak continue de violer les résolutions de l'ONU et lui donne «une dernière possibilité de s'acquitter» de ses obligations.

Toute nouvelle violation sera rapportée au Conseil de sécurité, qui se réunira «immédiatement [...] afin d'examiner la situation». Le texte menace Bagdad de «graves conséquences» dans cette hypothèse.

Bagdad a sept jours pour accepter la résolution et aura ensuite 23 jours pour révéler aux inspecteurs tous ses programmes d'armes de destruction massive.

La résolution 1441 prévoit que la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'ONU et l'AIEA commencent leurs inspections d'ici 45 jours, c'est-à-dire d'ici le 23 décembre.

Les cours du pétrole ont légèrement progressé hier, le vote de la résolution étant accueilli sans surprise par les marchés.

«Je ne m'attends pas à une brusque hausse», a indiqué à Londres un analyste de la Barclays, Kevin Norrish, en jugeant toutefois que les perspectives de guerre sont «toujours très probables».


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