Culture québécoise - Définition du paysage

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Normand Thériault
Édition du samedi 02 et du dimanche 03 novembre 2002

Mots clés :

Ils sont 64 universitaires. Ils ont uni leurs efforts pour dire ce qu'est la culture québécoise devenue. Au-delà de l'énumération des noms et des oeuvres, des propositions tracent la configuration d'un milieu culturel.

L'objet a longtemps été dressé dans les vastes plaines de neige et de glace du Nord sans que personne, sauf les premiers concernés, n'y prête attention. Au mieux, la construction de pierre, qui n'avait point alors le statut de sculpture, était objet de curiosité pour les rares aventuriers du Sud qui parcouraient le territoire. Quand on parlait d'art -- d'«art esquimau» disait-on alors --, on faisait référence à ces objets sculptés en pierre douce qu'avaient mis sur le marché les différentes coopératives établies dans l'immédiat après-guerre.

Aujourd'hui, l'inukshuk est devenu une pièce de musée. Ces personnages de pierre plus grands que nature que les Inuits érigent comme autant de repères spatiaux se retrouvent donc autant à Washington qu'à Ottawa. Ainsi, quand il fut discuté du programme pour une oeuvre d'art lors de la rénovation du Musée McCord, le directeur d'alors, Luke Rombout, et les autres membres du comité furent unanimes pour commander à des sculpteurs «anonymes» l'érection d'une telle pièce qui, depuis, marque le parcours sur la rue Sherbrooke à Montréal.

Propos et propositions

S'il fallait rapidement définir l'originalité du travail qui a mené à l'élaboration du Traité de la culture, que viennent de mettre en circulation les Éditions de l'IQRC (l'ancien Institut québécois de recherche sur la culture, aujourd'hui intégré à l'INRS urbanisation, culture et société), ce serait dans ce constat que la culture québécoise est plus vaste que les seuls débats et oeuvres issus des milieux artistiques et culturels francophones. Pour sûr, il est depuis un certain temps admis que tant le théâtre juif des années 1930 que la littérature anglophone de Montréal (de Layton à Yann Martel) doivent être considérés comme des volets majeurs dans le paysage québécois, mais jamais il n'avait été aussi clairement dit dans un ouvrage-synthèse que cet art et cette culture sont le fait d'un pluralisme, d'objets nés de sources diverses, mais rassemblés par leur présence dans un même lieu de production, à savoir dans ce cas-ci le territoire québécois. Le présent traité abolit les frontières entre une culture canadienne-française et une culture anglo-québécoise, pour proposer une définition qui recouvre tout le paysage québécois.

Pourtant, au départ, l'objet n'était pas destiné à faire affirmation sur ce sujet. Quand il fut décidé de produire un ouvrage portant sur ces secteurs d'activité québécois, qui englobent autant les arts que l'industrie des communications, le projet était de dresser le bilan des recherches menées dans ce secteur. «Avec l'objectif de faire connaître, d'un domaine à l'autre, les résultats des recherches, un mouvement qui s'inscrit dans la foulée actuelle qui se veut de plus en plus multidisciplinaire», ajoutera à ce sujet Denise Lemieux, elle qui fut l'instigatrice et la directrice des travaux qui ont mené à la réalisation de ce traité.

Textes universitaires

L'ouvrage est savant. Les 64 collaborateurs, dans les 55 textes qui composent le volumineux ensemble de 1089 pages, ont travaillé dans une optique commune: il ne s'agissait pas de proposer une définition de la culture québécoise, mais plutôt de faire l'inventaire de la recherche qui la concerne. Naturellement, lors d'un tel exercice, il découle à la conclusion d'une lecture, si rapide soit-elle, qu'une société a été décrite, que des secteurs ont été cernés et qu'il y a dans toutes ces pages de multiples définitions de l'art et de la culture.

Toutefois, pour être fidèle aux propos de ces universitaires, il faut retenir que s'il y a ici manque, cela est dû à une spécialisation récente de la recherche qui fait en sorte que trop de secteurs, d'oeuvres, d'artistes ont à ce jour fait peu ou pas du tout l'objet d'études. À lire ce traité, il serait permis à l'occasion de commenter en se disant en effet que «trop reste encore à faire».

Ce traité a toutefois le mérite de déposer un corpus qui donne assises à une histoire culturelle du Québec. Il fait ouvrage de référence car si l'on inclut les titres auxquels les divers articles renvoient ou qu'ils citent, il y a là une définition du paysage qui est à la fois universitaire et culturelle. Plus tard, le répertoire étant plus avancé, quand les bilans auront été complétés, les luttes qui pendant des siècles ont marqué la vie artistique pourront avoir aussi lieu sur la place publique universitaire, dans une confrontation des idéologies. Pour l'heure, demeurent à être complétés les bilans historiques.


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