Le Forum mondial drogues et dépendances se tient à Montréal - Le point sur les toxicomanies

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Brian Myles
Édition du mardi 24 septembre 2002

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Un ambitieux Forum mondial aux résultats incertains

Le démon de la drogue hante un colloque international qui s'est ouvert hier à Montréal. Réunissant 700 participants, le Forum mondial Drogues et dépendances s'est donné l'impossible mission de réconcilier d'ici à vendredi toutes les approches possibles, de la prévention au traitement, sans oublier la répression. Le doute plane.

L'abus de drogue, c'est d'abord une histoire personnelle que Paul Okalik a résumée mieux que toutes les sommités réunies hier à Montréal pour le lancement du Forum mondial Drogues et dépendances. «Mon nom est Paul, et je suis un alcoolique en rémission.»

Voilà maintenant 11 ans que le premier ministre du Nunavut a rompu avec la bouteille, mais surtout avec le mode de vie d'alcoolique, cette absence de repères et d'espoir qui afflige la population du Nunavut. Et de Montréal, Genève ou Madrid. «Je suis content qu'on en discute à l'échelle internationale parce que l'abus d'alcool ou de drogue transgresse la réalité des Autochtones. D'autres communautés ont des problèmes», a résumé M. Okalik en entrevue.

L'organisation du Forum mondial sur les drogues a saisi la dimension universelle de l'abus de drogues, qu'elles soient légales ou illégales. Mondialisation oblige, elle a invité des experts de toutes tendances pour faire le point sur une réalité transgressant les frontières et les cultures. Des Moscovites parlent de l'épidémiologie d'alcool en Russie. Des experts de la Suisse font le point sur les sites d'injection assistée. De réputés professeurs américains et britanniques recensent les défis du nouveau siècle dans la lutte contre le tabagisme. Les policiers de la SQ, de la GRC ou du SPVM vantent les mérites de leurs programmes de prévention axés sur la peur de la sanction pénale.

Ce brassage philosophique en 207 ateliers distincts doit générer vendredi une série de recommandations communes pour adopter «une approche intégrée et équilibrée» en matière de drogue. Le mandat est large, peut être trop. Les intentions sont floues et alimentent le scepticisme de la criminologue Marie-Andrée Bertrand.

Le titre même du Forum, associant les drogues aux dépendances, fait rager la réputée professeure en criminologie de l'Université de Montréal. «Quel alliage!, s'exclame-t-elle. Intituler un forum mondial de la sorte, c'est accréditer cette idée que tout usager devient toxicomane.» Rien n'est plus faux. Il existe des nuances entre l'usage et l'abus de drogue que Mme Bertrand s'est employée à décrire tout au long de sa carrière. Certes, la drogue brise des vies. Mais pas toutes. Elle compte des usagers occasionnels, capables de se contrôler, et d'autres qui n'y arrivent pas en plongeant dans un cycle infernal de surconsommation.

Selon Mme Bertrand, les drogues devraient être légalisées et faire l'objet d'une réglementation stricte. L'État n'a pas à sanctionner la consommation au moyen du droit pénal. C'est une affaire personnelle, dit-elle. Ce discours légaliste a trouvé des échos dans le rapport du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, qui a suggéré récemment de légaliser la marijuana. Le sénateur Pierre-Claude Nolin suit d'une oreille attentive le forum sur les drogues. Même s'il partage en partie le scepticisme de Marie-Andrée Bertrand, il réserve ses commentaires pour son allocution de jeudi.

M. Nolin et consorts ont relancé le débat sur la pertinence de maintenir le régime de prohibition à l'égard des drogues. Mais ce retentissant débat, qui trouve une place sur toutes les tribunes, occupe une faible place de la forum.

Mis à part les aveux de Paul Okalik et un témoignage inspiré de la reine Noor de Jordanie sur l'importance de la prévention, la séance d'ouverture a servi de prétexte à un défoulement des porte-parole institutionnels sur les méfaits attribués aux drogues, «l'un des fléaux les plus anciens de l'humanité», pour reprendre l'expression de Pierre J. Jeanniot, président du conseil d'administration du Forum sur les drogues. Le flot et le ton des débats risquent de faire le jeu du statu quo, craint Mme Bertrand.


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