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Libre Opinion - L'eau est toujours plus bleue dans le lac du voisin
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Le dévoilement de la politique nationale de l'eau du ministre de l'Environnement et de l'Eau du Québec, André Boisclair, pourrait être retardé par une influence extérieure inattendue... Sans tambour ni trompette, le Nouveau-Brunswick a en effet adopté l'an dernier la loi la plus avant-gardiste au Canada en matière de protection des bassins hydrographiques servant de réservoirs d'eau potable.
Or le Nouveau-Brunswick a justement interdit les embarcations à moteur à essence sur 26 des 30 bassins hydrographiques protégés. Les quatre autres bassins limitent la puissance à dix chevaux pour des moteurs exclusivement à quatre temps. Confiante dans la suprématie de ses instances en matière de protection de l'eau potable, la ministre de l'Environnement et des Gouvernements locaux, Kim Jardine, a passé outre à la compétence fédérale sur la navigation, qui faisait tant hésiter notre gouvernement souverainiste à mettre en application le rapport Boucher, et elle est allée encore plus loin. En toute logique, les atterrissages et les décollages d'hydravions sont également interdits, sauf en cas d'urgence. La circulation des motoneiges sur la surface gelée de ces plans d'eau est aussi prohibée durant la saison hivernale afin d'éviter la contamination par les hydrocarbures à la fonte des neiges.
Les 30 bassins hydrographiques désignés approvisionnent en eau potable environ
300 000 personnes réparties dans 21 municipalités et touchent globalement 4 % du territoire de la province. De quoi inspirer le Québec dans sa volonté d'augmenter la superficie de ses aires protégées, dossier dans lequel nous cumulons du retard par rapport à nos voisins. Sans compter que les plans d'eau potable ne bénéficient ici d'aucun statut particulier de protection et que le concept d'«aires protégées» ne semble pas nécessairement exclure les très polluants loisirs motorisés au Québec, notamment les sentiers de motoneige dans nos parcs.
Les bassins hydrographiques néo-brunswickois sont divisés en trois zones. La zone A comprend tous les cours d'eau du bassin versant; la zone tampon B est une bande de terrain de 75 mètres en bordure de ces cours d'eau; enfin, la zone C définit la superficie de terrain restante du bassin versant. Dans la zone B, le développement domiciliaire est stoppé avec l'objectif de conserver le maximum de végétation pour filtrer le ruissellement et éviter une augmentation du nombre d'installations septiques. Les nouveaux projets de développement industriel et commercial sont aussi arrêtés. Pas de nouveaux aménagements touristiques destructeurs, comme les terrains de golf ou de camping, aucune nouvelle exploitation agricole, etc.
Jonathan Burtt, coordonnateur du programme de protection des bassins hydrographiques, confirme par ailleurs que l'aménagement d'un site d'enfouissement est interdit dans la zone C. De quoi réjouir les Estriens qui militent contre l'agrandissement d'un site d'enfouissement qui contamine déjà le lac Lovering, lui-même dans le bassin versant du lac Memphrémagog et qui alimente en eau potable plus de 150 000 personnes dans la région estrienne. Dans un tel contexte, comment accepter le projet du promoteur d'y enfouir 300 000 tonnes de déchets par année au cours des 30 prochaines années?
Sans le prévoir, la ministre Jardine a décidé de l'ordre du jour politique du ministre Boisclair. Le Conseil régional de l'environnement de l'Estrie (CREE) vient d'adopter une résolution enjoignant à ce dernier d'en faire autant que Mme Jardine. D'autres organismes des Cantons-de-l'Est et de tout le Québec adopteront bientôt des résolutions similaires. Pour être crédible dans sa politique de l'eau, M. Boisclair devra faire un amalgame du rapport Boucher et de la Loi sur l'assainissement de l'eau du Nouveau-Brunswick, la nouvelle référence en matière de gestion de l'eau par bassin versant au Canada.

