Chute de 7 % des ventes de CD cette année - Sus aux pirates !

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Le Monde
Édition du vendredi 13 septembre 2002

Mots clés : piraterie

Les éditeurs de musique renforcent leur lutte contre le téléchargement

Les majors ne se contentent plus d'attaquer les structures permettant le téléchargement gratuit de musique ou de vidéo. Ils veulent décourager les internautes en les poursuivant individuellement et proposent sur le Net un accès payant à leurs catalogues.

La guerre contre les «pirates» de la musique en ligne s'intensifie. La mort du site Napster en ce début de mois de septembre n'empêche pas la puissante Recording Industry Association of America (RIAA), qui réunit les majors de la musique, de réfléchir à des initiatives dirigées non plus vers les structures d'échanges, mais vers les internautes eux-mêmes. Les maisons de disques pourraient prochainement inonder les systèmes d'échanges de fichiers vides ou non fonctionnels.

Le but de cette action serait dans un premier temps de décourager et de frustrer les internautes qui téléchargent gratuitement de la musique ou de la vidéo par le biais de systèmes comme Gnutella ou Grokster. Derrière cette initiative se cache aussi une volonté de poursuivre individuellement les pirates. Car, selon la RIAA, des fichiers mouchards, «déguisés» en chanson de Michael Jackson ou en sonate de Scriabine, pourraient conduire les majors à identifier les internautes et, éventuellement, à les poursuivre en justice.

Nouvelle stratégie

Certains labels seraient favorables à ce que les fournisseurs d'accès à Internet participent à la lutte, soit en communiquant les adresses IP (Internet Protocol) des ordinateurs des contrevenants, soit en bloquant purement et simplement les protocoles informatiques des systèmes incriminés.

Même si aucune décision ferme n'a encore été prise par les majors et s'il est illusoire de vouloir poursuivre en justice plusieurs millions de personnes, cette annonce marque un changement de stratégie. Jusqu'à présent, pour enrayer le phénomène de piratage sur Internet, les maisons de disques se sont engagées dans une lutte sans merci contre les entreprises qui fournissent ces services d'échanges gratuits. Après Napster, dont un juge américain vient de prononcer la liquidation, Kazaa et Audiogalaxy ont eux aussi été récemment visés par des actions en justice.

Mais malgré ces victoires, l'industrie du disque reste confrontée à un phénomène de piratage impossible à endiguer. Certains systèmes dits «de pair à pair» -- comme Gnucleus -- ne sont pas centralisés autour d'un site exploité par une entreprise, et leurs développeurs travaillent de façon «collaborative» et bénévole via la Toile. Ils n'offrent donc aucune prise juridique aux majors.

En outre, les programmes d'échanges sont chaque jour plus complexes. Archétype de cette nouvelle génération de logiciels, FreeNet propose aux internautes de son réseau des échanges cryptés par le biais d'un protocole rendant à peu près impossible leur identification. De plus, le système réplique automatiquement sur les machines de différents utilisateurs les fichiers les plus recherchés.

Se connecter au réseau FreeNet implique donc, en quelque sorte, une perte de souveraineté sur le disque dur de sa machine, où sont dupliqués des fichiers non requis par l'utilisateur. Les développeurs de ces systèmes font en sorte de rendre leurs interfaces plus accessibles aux moins initiés. Et leur utilisation se répand.

Napster remplacé

Malgré la fermeture du célèbre Napster, les professionnels de la musique s'accordent à dire que, chaque mois, plus de 500 millions de fichiers sont illégalement téléchargés dans le monde. Des chiffres que les majors mettent en relation directe avec la baisse des ventes d'albums dans le monde.

En Europe, la Fédération internationale de l'industrie discographique (IFPI) constate une chute substantielle des ventes, notamment en Allemagne ou en Autriche. L'IFPI rappelle également qu'en 2001, en Allemagne, il s'est vendu 182 millions de CD vierges contre 185 millions de CD enregistrés. Aux États-Unis, pour les six premiers mois de 2002, la Research Industry Association of America (RIAA) vient de confirmer que les ventes de CD avaient diminué de 7 % par rapport à l'année précédente. Au début de l'été, le directeur d'Universal Music a notamment déclaré que, «si la mentalité actuelle d'accès gratuit à la musique persiste, les maisons de disques ne pourront plus réinvestir 15 % de leurs revenus dans la découverte et le développement des artistes».

Pour l'heure, les maisons de disques peinent à proposer une alternative crédible aux offres gratuites. Cette situation pourrait toutefois s'améliorer dans les prochaines années. Après avoir tenté de jouer leur carte en solitaire, EMI, Bertelsman, EMI, Sony et Universal Music se montrent de plus en plus intéressés par des partenariats. Listen.com, un service d'abonnement musical payant, dispose ainsi d'une discothèque virtuelle de 175 000 titres issus des catalogues des cinq majors.

Les consortiums Pressplay (Universal, Emi, Sony) et MusicNet (BMG, EMI, Warner) montent également en puissance. Déjà disponibles aux États-Unis, ces plates-formes de distribution de musique payantes sont accessibles par le biais de grands portails comme Yahoo! ou AOL. Leur arrivée en Europe, initialement prévue pour l'automne 2002, a toutefois été reportée au début de 2003. Pour expliquer ce retard, les majors évoquent des difficultés dans la numérisation de leur catalogue et, surtout, dans la gestion des droits numériques.


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