Le néo-réalisme péquiste
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Après tout le soin que son ministre des Affaires intergouvernementales, Jean Pierre Charbonneau, avait mis à préparer un nouveau psychodrame, Bernard Landry a dû être le premier surpris de voir les délégués au Conseil national du PQ avaler aussi facilement sa nouvelle version des «conditions gagnantes».
À l'issue de la réunion, personne n'avait cependant l'impression qu'une quelconque décision avait été prise sur ce que le premier ministre devrait dire à l'ouverture du conseil national. En déclarant aux journalistes qu'il fallait s'attendre à une prise de position ferme sur la tenue d'un référendum sur la souveraineté, M. Charbonneau a asséné tout un choc à Pauline Marois, en voyage en Belgique, qui s'est empressée de battre le rappel de ceux qui ne veulent à aucun prix que le gouvernement s'enferme dans un quelconque échéancier. M. Landry leur a finalement donné raison, mais peu importe comment il allait dorer la pilule, son discours au conseil national risquait maintenant d'être interprété comme un recul.
Bien entendu, tout le monde a bien vu l'énorme «si» qui obstrue l'horizon de 2005 évoqué par le premier ministre. À partir du moment où «la volonté de notre peuple» demeure le facteur déterminant, la position de M. Landry est identique à celle de Lucien Bouchard, mais les militants péquistes ont bien compris qu'à moins de vouloir saborder leur parti, ils devraient s'en contenter.
La proposition de l'association de Louis-Hébert, qui exigeait la garantie qu'un référendum serait tenu dans les deux années qui suivraient la réélection du PQ, était surtout un baroud d'honneur et un témoignage de solidarité avec son député-ministre, Paul Bégin.
Pour être de bon compte, le premier ministre avait renoncé à ses considérations habituelles sur sa nouvelle union confédérale à l'européenne ou à toute autre forme de partenariat avec le reste du Canada. Il a simplement parlé de souveraineté, sans ces fioritures qui agacent bon nombre de militants.
Au cours des dernières années, ils ont cependant entendu trop de déclarations de bonnes intentions pour prendre pour argent comptant son apparente détermination à s'atteler une fois pour toutes à la promotion de la souveraineté. On attend de lui des gestes concrets. Déjà, son refus réitéré d'investir le moindre sou provenant des fonds publics dans la résurrection du Conseil de la souveraineté risque d'en refroidir plusieurs.
Chose certaine, les éléments du plan d'action dont M. Landry a esquissé les grandes lignes s'inscrivent d'emblée dans la perspective d'un «bon gouvernement» provincial. Si on en croit son échéancier, c'est bel et bien au sein du système fédéral que le Québec atteindrait le plein emploi, que chacun aurait accès à un médecin de famille 24 h sur 24, 365 jours sur 365, et que le Québec deviendrait un des meilleurs endroits au monde pour élever des enfants. Comme disait René Lévesque, le Canada n'est quand même pas le goulag.
C'est d'ailleurs là le terrible paradoxe auquel les gouvernements souverainistes semblent irrémédiablement condamnés: faire la preuve de l'inutilité de leur projet. En 1994, avec 14 % de chômage et six milliards de déficit, les Québécois n'avaient pas les moyens de leurs rêves, a déclaré M. Landry. Pourtant, un an plus tard, la moitié d'entre eux ont voté en faveur de la souveraineté.
En 1996, Lucien Bouchard avait fait le pari que l'élimination du déficit libérerait les Québécois de leur insécurité. Aujourd'hui, il n'y a plus de déficit et M. Landry s'enorgueillit à juste titre d'un taux de chômage qui a été abaissé à 8 %. Or, la souveraineté paraît plus éloignée que jamais.
Le nouveau réalisme qui semble animer le PQ s'est manifesté d'une autre manière, peut-être plus profonde, au conseil national. En juin dernier, l'intervention spectaculaire du président du Conseil du trésor, Joseph Facal, qui réclamait à son tour la révision du «sacro-saint modèle québécois», avait ulcéré le premier ministre, qui s'était senti personnellement attaqué.
En fin de semaine, M. Landry a non seulement passé l'éponge, mais il a même intégré la révision réclamée par M. Facal dans son horizon 2005. Il reste à voir jusqu'où iront les «remises en question» dont il reconnaît maintenant la nécessité et cette nouvelle culture qu'il veut inculquer à l'État québécois, mais le PQ ne nous a pas habitués à ce langage, qu'on entend depuis des années à l'ADQ.
Hier matin, un des principaux ténors de l'aile néo-réaliste au sein du cabinet, François Legault, est intervenu en faveur d'une redéfinition de la social-démocratie qui reposerait davantage sur l'efficacité et la performance. Un amendement qui proposait d'inclure le droit à l'égalité dans les critères de la social-démocratie péquiste a été rejeté. Il fallait presque le voir pour le croire.
Le président de la région de Montréal-Ville-Marie, Luc Thériault, s'est élevée contre une redéfinition aussi expéditive d'un des principes de base de la pensée péquiste, qui devrait être débattue lors d'un congrès d'orientation en bonne et due forme, mais ses objections ont été balayées. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il y a bel et bien du changement dans l'air au PQ.

