Landry gagne sans miser

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Robert Dutrisac
Édition du lundi 09 septembre 2002

Mots clés : pq

Le PQ accepte l'absence d'un échéancier référendaire

Bernard Landry et sa compagne Chantal Renaud, hier, à Gatineau. Les péquistes ont apporté leur entier appui au premier ministre.

Photo: Jacques Nadeau

Gatineau -- Les péquistes ont resserré les rangs derrière leur chef Bernard Landry même si le premier ministre, après la forte tentation de la semaine dernière, a évité de s'enferrer dans l'obligation de tenir un référendum sur la souveraineté d'ici à 2005.

Lors d'un Conseil national qui s'est admirablement déroulé pour lui en fin de semaine, Bernard Landry a réussi à souffler sur la flamme qui anime les convictions des militants, tout en gardant sa pleine marge de manoeuvre quant à la tenue d'un prochain référendum. «J'ai dit que c'est le peuple qui établit le calendrier démocratique au Québec», a-t-il précisé lors de la conférence de presse clôturant la grand-messe péquiste. Pas question de forcer le jeu.

Samedi, dans un passage de son discours dont tous les mots avaient été soigneusement pesés, le chef du Parti québécois avait appelé à la mobilisation de ses troupes pour que le Québec soit souverain à temps pour le Sommet des Amériques de Buenos Aires en 2005. Il annonçait le déclenchement d'un compte à rebours de 1000 jours pour l'accession du Québec à la souveraineté. «Cette mobilisation doit se faire et réussir. Si tel est le cas, c'est avec enthousiasme que je tiendrai un référendum dans notre prochain mandat», a dit M. Landry. Mais ce calendrier sera également déterminé par «la volonté de notre peuple».

Cette formule des 1000 jours pour arriver à la souveraineté a séduit plusieurs militants. «Il n'y en a plus que 999», a lancé, hier, M. Landry dans son discours de clôture. «C'est une belle image symbolique», a décrit la première vice-présidente du PQ, Marie Malavoy.

«Adieu tristesse», celle de la défaite référendaire de 1995, soulignant la force de l'option souverainiste. «Il n'y a pas mouvement politique plus puissant au Québec» même si «certaines des composantes de ce mouvement se cherchent». Il a mis en garde les Québécois qui seraient tentés d'appuyer Mario Dumont. Robert Bourassa «a incarné, dans ses malheurs politiques, le fait de tourner en rond dans ce cercle vicieux d'une nation non décidée. Est-ce qu'un de ses émules, plusieurs années après sa mort, va nous réentraîner dans le même dilemme ?», a-t-il lancé.

Mercredi dernier, le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales, Jean-Pierre Charbonneau, avait vendu la mèche relativement à des discussions au conseil des ministres. Selon lui, le premier ministre devait annoncer cette fin de semaine qu'il prendrait l'engagement ferme de tenir un référendum dans un prochain mandat. C'était sans compter la vive opposition de trois ministres «poids-lourds» du gouvernement, Pauline Marois, François Legault et André Boisclair, qui ont plaidé pour qu'il ne prenne pas un tel engagement.

Lors du Conseil exécutif national vendredi, qui réunit la permanence du parti et les présidents des associations péquistes, les échanges ont été houleux. Mais les tenants de l'engagement ferme à tenir un référendum ont cédé. En fin de semaine, les Luc Thériault, de Montréal Ville-Marie, et Pierre Tadros, de Mercier, se faisaient tout miel, adoptant un ton doucereux, conciliant et compréhensif, tandis que Mario Beaulieu, de Montréal-Centre, qui s'est fait discret, s'est rallié, laissant percer toutefois un sentiment de résignation.

Afin d'alimenter la mobilisation, le PQ tiendra un congrès d'orientation les 7, 8 et 9 mars 2003 à Montréal. Bernard Landry a annoncé également la réactivation du Conseil de la souveraineté, qui réunit les acteurs de la société civile et qu'avait mis sur pied Jacques Parizeau en prévision du référendum de 1995.

Mais, contrairement à Jacques Parizeau, Bernard Landry se refuse à engager de l'argent public dans la promotion de la souveraineté. C'est le parti et la société civile qui financeront le Conseil de la souveraineté. Ravalant difficilement son dégoût et son indignation, le premier ministre s'en est pris à Jean Chrétien qui consacre de l'argent des taxes des Québécois «pour me rentrer dans la gorge la non-existence de ma nation».

Une seule proposition, défendue par la circonscription de Louis-Hébert que représente le ministre de la Justice, Paul Bégin, est venue brouiller la mer étale de l'assentiment béat. Cette proposition, éliminée par un dépôt, l'assemblée refusant d'en débattre, réclamait la tenue d'un référendum dans les deux ans suivant la réélection du PQ. Le Comité des jeunes, qui a présenté une proposition dans le même sens, l'a modifiée pour la rendre inoffensive et elle fut adoptée à l'unanimité. M. Bégin est «un militant exceptionnel» et un «souverainiste pressé», a dit le premier ministre.

Parmi les autres propositions présentées à ce conseil national, on note la résolution de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine qui demandait au gouvernement de ne pas fermer Murdochville. Le premier ministre a appuyé cette proposition. Bien que la décision du gouvernement ne soit pas encore prise, «je vous dis quel est notre penchant», a indiqué M. Landry.

Dans la même veine que la réflexion sur le modèle québécois du président du Conseil du trésor, Joseph Facal, le Comité national des jeunes, avec l'appui de François Legault, a fait adopter une proposition sur la social-démocratie dont «le principe fondamental de justice sociale reposerait davantage sur la performance, l'imputabilité et la proximité aux citoyens [...]».

Les militants ont également adopté une proposition du CNJ voulant que le gouvernement étudie la possibilité d'assurer la totalité du financement des partis politiques. L'assemblée a cependant rejeté une proposition qui préconisait de retenir au Québec la TPS perçue au nom du fédéral et une autre qui réclamait l'adoption d'une loi sur la réforme des institutions démocratiques avant les prochaines élections.


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