Les sans-terre se feront entendre

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Libération
Édition du samedi 31 août et du dimanche 01 septembre 2002

Mots clés : manifestations

Deux grandes manifestations auront lieu aujourd'hui dans les rues de Johannesburg

Johannesburg -- «Terres, nourriture, emplois»: imprimé en grandes lettres noires sur des T-shirts rouges, le slogan du Mouvement du peuple sans terres (LPM) résume la colère des Sud-Africains à l'égard du Congrès national africain (ANC, au pouvoir).

Toute la semaine, des dizaines de bus ont convergé vers Shareworld (le monde du partage), nom donné à l'occasion du sommet à un parc d'attractions désaffecté. Aux portes de Soweto, à deux pas du Forum des ONG, se tient, en marge de tout, le «contre-sommet» de la Terre. Ils sont plus de 5000 à camper, depuis le 19 août, dans ce qui ressemble à un village fantôme mexicain. Des guetteurs, postés aux abords des lieux, veillent aux éventuels mouvements de la police, sur les bretelles d'autoroutes avoisinantes. Ce sont eux, les sans-terre, ainsi qu'une myriade d'ONG sud-africaines, qui veulent replacer au coeur du sommet les «nettoyés des rues» du site de la conférence, qui formeront l'une des deux marches prévues aujourd'hui.

«Nous sommes près de 10 000, prêts à nous faire entendre», affirme Philip Morokeng, un jeune militant de Johannesburg, lors d'une réunion improvisée sur le parking de Shareworld. «Amandla!» («Le pouvoir!»), lance un orateur. «Ewethu!» («Au peuple!»), répond la foule, le poing droit levé, comme au temps de la lutte contre l'apartheid.

Philip, 21 ans, chômeur, a quitté la Ligue des jeunes de l'ANC l'an dernier. Son parti n'a pas rempli ses promesses. «Où sont les maisons? Où sont les terres? Où sont les emplois?». Vieillards aux vestes élimées, femmes enroulées dans des couvertures, groupes de jeunes en train de danser au son d'une radioÉ Le Comité national des terres (NLC), l'ONG sud-africaine qui soutient le mouvement des sans-terre, a reçu 110 000 euros de la Fondation américaine Ford pour louer les lieux, organiser le transport et nourrir les militants pendant le sommet.

«Nous sommes là parce qu'il n'y a pas de développement durable sans terres», résume Hennie Nell, métis, responsable du LPM dans la province du Cap. Les lenteurs de la réforme agraire exaspèrent. Huit ans après l'arrivée de l'ANC au pouvoir, près de 50 000 fermiers blancs accaparent toujours 80 % des terres arables. Dans les villes, des milliers de personnes s'entassent dans des bidonvilles, en attente d'hypothétiques «maisons du gouvernement» promises aux pauvres par l'ANC.

«Tous les ingrédients pour une situation à la zimbabwéenne sont là, assure Andile Mngxitame, membre du NLC. Le gouvernement doit prendre au sérieux la situation.» Pour le moment, les autorités redoutent surtout l'essor des sans-terre, un mouvement similaire à celui du Brésil. Les deux pays ont un point commun: tous deux connaissent les plus forts taux d'inégalités sociales.


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